Geert Noels: " Les banques centrales encouragent un capitalisme malsain "

 

Geert Noels, économiste et patron de la société de Gestion du patrimoine Econopolis, était l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 13 juin à 9h10 sur La Première et ce dimanche 14 juin sur La Trois. Il aborde les conséquences économiques de la crise sanitaire en Belgique et en Europe.

 

Rapports de force

Economiste influent, Geert Noels fait partie du groupe d’experts qui conseille le gouvernement flamand en matière de relance économique pour l’après crise Covid. Au niveau belge, la relance s’annonce déjà très compliquée avec une dépression de 10% du PIB attendue cette année. 50 milliards de création de richesse en moins… Un coup dur pour le pays dont le portefeuille souffre plus encore qu’on ne l’imaginait, selon Geert Noels. " On est aussi touché que l’Italie, l’Espagne et la France. On doit vraiment se rendre compte qu’il y a une certaine urgence dans ce pays. On n’est plus en situation de luxe ici, on est en très grande difficulté. Et si ça continue et qu’on retombe, on sera dans une situation encore beaucoup plus difficile. " Une alarme que l’économiste voudrait faire entendre à Thierry Bodson notamment. Le nouveau président de la FGTB entend jouer la carte du rapport de force avec les politiques, ce qui inquiète Geert Noels. " Avant d’utiliser chacun son pouvoir et son effet de levier pour continuer à prendre tout le pays en otage, je crois qu’il faut quand même accepter que si ça continue, que les dégâts s’aggravent, on n’aura bientôt plus d’argent pour rien. On est en très grande difficulté en Belgique ! Quand on voit l’OCDE, le FMI, tous ceux qui font des prévisions, la Belgique est dans le groupe des pays les plus touchés. Pas uniquement au niveau sanitaire, mais aussi au niveau économique et budgétaire. " En d’autres termes, il conviendrait de ne pas tomber plus bas si on veut pouvoir compter sur une relance solide.

 

Se débarrasser des canards boiteux ?

Alors que Swissport vient de fermer boutique et que Brussels Airlines est toujours en pleine négociation, beaucoup s’élèvent pour réclamer un sauvetage public, mais pour Geert Noels, c’est un mauvais calcul. " Je crois qu’il faut toujours faire une distinction entre l’activité économique et l’entreprise qui l’organise. Il faut faire en sorte que cette activité économique d’une organisation, si elle est viable, puisse continuer après la crise. Mais il y a certaines entreprises qui ne méritent pas de soutien. Quand une entreprise est mal gérée, il ne faut pas que l’actionnaire soit sauvé par le contribuable. On voit souvent lors des crises que l’actionnaire utilise le fait qu’il emploie énormément de monde pour aller frapper à la porte du gouvernement pour demander du soutien, et ça je crois que ce n’est plus du capitalisme. Le capitalisme convenable, c’est un capitalisme dans lequel celui qui a mal géré sa société disparait, mais que l’activité, si elle est durable, puisse continuer. Qu’une autre organisation puisse la reprendre, dans la mesure où on n’organise pas de monopole. "  Un raisonnement qu’il applique aussi à l’échelle européenne. " Les banques centrales sont en train d’inonder les marchés avec des liquidités, c’est fou. Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas plus d’oppositions vis-à-vis la BCE qui est en train de sauver un certain capitalisme, certains actionnaires, des gens qui ont pris trop de risques. Alors qu’un certain assainissement serait nécessaire. La politique monétaire est en train de sauver des actionnaires qui ont pris beaucoup trop de risques. Chaque fois que madame Lagarde pompe des milliards dans le système pour sauver l’économie, les gens pensent que c’est sain. Mais je pense que c’est encourager du capitalisme malsain. "

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