Gazprom: le Bélarus payera sa dette, réunion de crise à Bruxelles

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Le Bélarus va payer d'ici deux semaines sa dette gazière à la Russie mais sera pour cela contraint d'emprunter, a annoncé lundi le gouvernement bélarusse, après la réduction dans la matinée par Moscou de ses livraisons de gaz à Minsk.

Le géant gazier russe Gazprom, en conflit financier depuis plusieurs jours avec le Bélarus, avait commencé lundi à réduire ses exportations de gaz vers ce pays, tout en continuant de négocier avec lui pour parvenir à un accord.

"La dette n'a pas été réglée et depuis 10 heures du matin (06H00 GMT) ce 21 juin nous introduisons un régime de restriction de 15% des livraisons de gaz vers le Bélarus par rapport au volume quotidien" habituel, avait déclaré le patron du groupe public russe, Alexeï Miller. En l'absence d'accord, la baisse de livraisons se poursuivra pour arriver "graduellement à 85%", avait-il prévenu.

Un responsable de la société énergétique russe Beltransgaz a aussitôt dénoncé la décision de Moscou, la qualifiant d'"illégale et infondée".

Régulièrement confrontée à des problèmes d'arriérés de paiement du Bélarus, la Russie lui avait donné jusqu'à lundi pour s'acquiter de sa dette gazière accumulée depuis le début de l'année et qui atteint, selon Gazprom, environ 200 millions de dollars.

Le Bélarus payera

"Le Bélarus prévoit de régler sa dette gazière au cours des deux prochaines semaines", a ensuite indiqué le service de presse de ce gouvernement, citant le vice-Premier ministre Vladimir Semachko.

"Nous n'avons jamais caché à nos collègues (les Russes) que nous avions des problèmes avec cette devise", a-t-il dit en allusion au dollar, monnaie utilisée pour les paiements gaziers à la Russie. "Il nous faut emprunter pour payer", a ajouté le responsable.

En échange, Minsk réclame que le géant russe Gazprom lui rembourse une ardoise de près de 220 millions de dollars pour le transit du gaz russe vers l'Europe par le territoire bélarusse, selon la même source. "La partie bélarusse demande pour sa part (à Moscou) de rembourser la dette de transit", a-t-il dit.

Les relations entre Moscou et Minsk en matière énergétique sont suivies de près par les clients européens de Gazprom, qui craignent des interruptions d'approvisionnement, 20% des importations de gaz russe de l'UE transitant par le Bélarus, le reste passant par l'Ukraine.

Le transit du gaz russe vers l'Europe n'est pas perturbé

Le transit du gaz russe vers l'Europe continue comme prévu, malgré la baisse des livraisons russes vers Minsk, a déclaré lundi le ministère bélarusse de l'Energie.

Plusieurs hauts responsables bélarusses avaient averti ces derniers jours qu'une forte réduction des livraisons russes risquait d'avoir des répercutions sur l'Union européenne (UE) dont 20% des importations de gaz russe transitent par le Bélarus et le reste par l'Ukraine.

Réunion de crise à Bruxelles

Une réunion de crise a été convoquée lundi entre experts européens et russes pour évaluer les conséquences d'un conflit gazier russo-bélarusse, susceptible de perturber l'approvisionnement de trois pays européens (Lituanie, Pologne et Allemagne), a indiqué la Commission européenne. Celle-ci ne s'attend toutefois pas à des coupures de gaz. "Nous suivons la situation de très près et nous estimons que les livraisons de gaz russe transitant par le Bélarus ne seront pas perturbées par le conflit", a affirmé une porte-parole.

Si le Bélarus devait cesser d'approvisionner l'Europe, la Lituanie serait le pays de l'UE le plus touché. L'ancien satellite soviétique "dépend à 100% du gaz russe transitant par le Bélarus et arrivant par un point unique d'entrée", selon la porte-parole.

La Lituanie a indiqué lundi qu'elle recevait pour l'instant "les pleines quantités de gaz". En cas de problème, la Lettonie voisine serait en mesure de lui livrer du gaz russe.

"Le second pays qui pourrait être affecté est la Pologne et le troisième l'Allemagne, mais seulement de manière indirecte", a encore précisé la porte-parole de la Commission.

Les Européens avaient déjà subi en janvier 2009 une interruption de deux semaines des livraisons russes, en raison d'un conflit russo-ukrainien.

Le président russe Dmitri Medvedev a demandé lundi à Alexeï Miller d'informer les clients européens de Gazprom de l'évolution de la situation.

Une source proche de Gazprom a pour sa part minimisé les risques encourus par l'Europe suite au conflit, suggérant que le Bélarus ne disposait guère de marge de manoeuvre.

"Beltransgaz n'est pas aussi flexible que (son homologue ukrainien) Naftogaz (...) Ils vont devoir chercher des accords et les chercher vite", a dit cette source à Interfax.

Le patron de Gazprom avait en outre indiqué samedi que son groupe avait la possibilité de contourner le Bélarus pour honorer ses contrats avec les clients européens, en faisant transiter le gaz par l'Ukraine et la Pologne.


AFP

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