Fronde chez Danone : Emmanuel Faber perd la direction générale du groupe. Au détriment du bio et du durable ?

Le Patron du groupe français Danone, Emmanuel Faber, perd la direction générale du groupe. Depuis plusieurs semaines, il faisait face à une fronde de plusieurs actionnaires qui réclamaient son départ. Ce lundi soir, le conseil d’administration du leader mondial du yaourt a tranché : les fonctions de directeur général et de président du conseil d’administration sont dissociées.

Emmanuel Faber occupait les deux. Il va perdre la direction générale de Danone. Et le communiqué du groupe a beau se draper dans des termes comme la "confiance" et le "soutien unanime", c’est bien une fin de règne, fini les pleins pouvoirs pour Emmanuel Faber chez Danone.

Quand un nouveau directeur général aura été trouvé, Emmanuel Faber ne sera plus "PDG" mais "seulement" président. Derrière la fronde, une menace pour la pérennité du groupe industriel ?

"Sans justice sociale, il n’y aura plus d’économie"

Le patron s’était forgé depuis des années une image de défenseur d' un capitalisme orienté vers le long terme, plus social, plus vert aussi. Comme lors d’un discours, en 2016 lors de la remise de diplômes aux étudiants de la Haute école de Commerce de Paris, et un "sans justice sociale, il n’y aura plus d’économie", devenu référence.

Et il ne s’agit pas ici de tresser des lauriers au futur ex-patron de Danone. Sa vision ou ses paroles n’ont pas toujours résisté à l’épreuve des faits. Un plan social annoncé en décembre prévoit d’ailleurs le licenciement de jusqu’à 2000 personnes au sein du groupe. Mais cela fait des semaines que des fonds d’investissement, actionnaires du géant alimentaire attaquent Emmanuel Faber sur son bilan.

Un redressement des performances financières

Ils réclament du rendement. Ces fonds fustigent en fait, les résultats financiers de Danone, jugés trop faibles. Le chiffre d’affaires, les marges, le cours de Bourse, les retours sur investissements seraient trop bas, surtout par rapport à la concurrence – citons Unilever ou Nestlé, dans la catégorie des colosses mondiaux de l’industrie agroalimentaire.

Toute une série de projets de long terme, de développement d’offres d’aliments plutôt bio ou des alicaments, en prise directe avec des problématiques de santé publique vont devoir être sacrifiés pour faire du yaourt classique et du chiffre, puisque c’est sur ces segments-là que Danone réalise ses marges.

Et les fonds d’investissement à l’origine de la fronde, dont, Bluebell Capital, fonds basé à Londres et qui a une politique de rendement très agressive,
demandent un redressement des performances de Danone. Et "ce que va demander Bluebell Capital, aujourd’hui rejoint par d’autres fonds d’investissement beaucoup plus importants, ça va être de recentrer l’entreprise sur ses zones de profit", selon Xavier Dupret, économiste à la fondation Joseph Jacquemotte.

"Faire du yaourt classique et du chiffre"

"Ces exigences de rentabilité immédiate entrent donc en contradiction avec certains objectifs de long terme de l’entreprise. Les concilier, cela risque d’être très compliqué, tant un certain nombre d’axes de durabilité qui ont été développés par le management de Danone jusqu’à présent vont devoir passer à la trappe. Il y a donc toute une série de projets de long terme, de développement d’offres d’aliments plutôt bio ou des alicaments, en prise directe avec des problématiques de santé publique qui vont devoir être sacrifiés pour faire du yaourt classique et du chiffre, puisque c’est sur ces segments-là que Danone réalise ses marges."

Quid de la pérennité ?

"Le retour au core business est toujours le retour à la marge la plus élevée possible. Ça empêche donc, à un moment donné, des sociétés de développer d’autres projets moins rentables dans un premier temps, mais qui, en réalité, assurent la pérennité fonctionnelle de l’entreprise en tant qu’institution", souligne l’économiste.

"Et là, je crains malheureusement que si de gros acteurs qui sont des fonds d’investissement suivent Bluebell Capital, Danone n’échappera pas à une profonde restructuration qui, par ailleurs, mettra en danger sa pérennité comme grand groupe agro-industriel pour les 20 prochaines années.

Ou quand la course effrénée vers la marge la plus élevée possible et le profit le plus rapide possible, risque d’empêcher tout développement, ambitieux, de stratégie industrielle à long terme.

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