Fraude fiscale: "Il faudra aller très loin pour ne pas se faire prendre"

Roland Gillet sur la fraude fiscale: "il faudra aller très loin avec de gros risques pour ne pas se faire prendre"
Roland Gillet sur la fraude fiscale: "il faudra aller très loin avec de gros risques pour ne pas se faire prendre" - © RTBF

L’économiste Roland Gillet, professeur à la Sorbonne et à l’ULB, était l'invité de Matin Première ce mercredi. Il revient sur l'échec des ministres des Finances européens dans la conclusion d'un accord sur un plan de lutte contre la fraude fiscale, sans être alarmiste. Pour lui, cette réglementation n'est qu'une affaire de temps.

Le Luxembourg et l’Autriche continuent à faire de la résistance sur le secret bancaire. Pour Roland Gillet, la tendance est claire et la définition d'un plan de lutte est désormais un objectif proche de sa réalisation. Il rappelle d'ailleurs que "les autorités luxembourgeoises ont déjà dit que l’échange d’informations devrait être possible en 2015."

Mais ce qui paralyse l'action du Luxembourg, c’est qu’il y ait des concurrents comme la Suisse ou le Liechtenstein qui ne garantissent pas une levée du secret immédiate. Roland Gillet précise tout de même que "la Suisse est soumise à des pressions des Etats-Unis comme de la zone euro, et que la volonté européenne est de parvenir à un accord."

En Europe, avec les révélations sur l’offshore leaks et l’avancement des Etats-Unis en matière de fraude fiscale, tout est donc en train de changer. De là à vivre, dans deux ou trois ans, dans un monde où la lutte contre la fraude est tout à fait réglementée ? "Clairement", déclare Roland Gillet, selon qui "il y aura une transparence et un échange d’information au niveau des revenus mobiliers." L'économiste ajoute et met en garde "ceux qui ne veulent pas comprendre que le monde a changé." Selon lui, "ils devront aller très loin avec des risques très élevés s'ils ne veulent pas se faire prendre."

Union bancaire: "Il faut avant tout responsabiliser les Etats"

Si Roland Gillet positive malgré l'incapacité des ministres des Finances européens à trouver un accord, les discussions sur l'union bancaire divisent encore. Et si la supervision unique fait l'unanimité, c'est la résolution unique qui fait problème. "Le danger c'est que des gens ont cru dans certains Etats qu'ils pourraient utiliser l'Europe dès qu'un problème se poserait dans une banque, même si les mesures adéquates n'avaient pas été prises dans le pays pour le résoudre."

L'économiste appelle dès lors à "une responsabilisation des Etats". Il ajoute que "Si quelque chose a été mal géré dans un pays, l'Etat doit d'abord chercher à le résoudre seul, avant que l'Europe n'intervienne. Sinon il faut accepter que l'Europe soit beaucoup plus Europe qu'elle ne l'est aujourd'hui."

Mais qui devra payer en cas de faillite ? Les déposants, comme à Chypre ? Ou doivent-ils être protégés dans l'absolu par l'Europe ? Selon Roland Gillet, il faut justement éviter de réagir comme on l'a fait à Chypre, "Où on a ouvert une boîte de Pandore en imaginant au début, même si on est revenu en arrière, qu'on toucherait aux comptes même en-dessous de 100 000 euros." Un geste aux conséquences inévitables selon lui : "Pour des gens qui, comme en Espagne, peinent à comprendre ce qu'est la solidarité européenne, ça déclenche des mouvements de méfiance à tort ou à raison. Et alors les capitaux sortent du pays pour investir dans les banques allemandes, et qui plus est dans les bons d'Etat allemands !"

Et Roland Gillet de conclure : "Même si on revient en arrière après de telles décisions, on ouvre l'idée, dans la conscience de l’épargnant, qu’il peut courir des risques même sur son dépôt en-dessous de 100 000 euros." Mais il met en garde à nouveau, pour ne pas verser dans l'excès : "Offrir la protection absolue à l'épargnant, en garantissant en plus les intérêts, alors ça devient inquiétant."

RTBF

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