France: l'Etat mise sur la voiture verte pour sauver le secteur automobile

Le site de Peugeot-Citroën à Aulnay-sous-Bois
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Le site de Peugeot-Citroën à Aulnay-sous-Bois - © ERIC PIERMONT (AFP)

Le gouvernement a dévoilé mercredi ses mesures de promotion des voitures "propres" dans le cadre de son son plan de soutien à la filière automobile confrontée à la baisse des ventes, et dont la locomotive française PSA a annoncé de lourdes pertes.

Le plan du gouvernement, qui vient après l'annonce choc de la suppression de 8000 postes par PSA Peugeot-Citroën, prévoit d'augmenter le "bonus écologique" pour les voitures "propres" et de soutenir financièrement les acteurs du secteur.

"Ce plan porte une stratégie industrielle nouvelle en réinventant l'automobile française progressivement", a fait valoir le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg à l'issue du conseil des ministres qui a validé le plan.

Il s'agit de faire de la voiture propre "un objet de la vie quotidienne de tous les Français (...) y compris les classes populaires et moyennes qui doivent pouvoir elles aussi sortir dans un horizon assez proche de la dépendance énergétique".

En particulier, le "bonus écologique" (7000 euros contre 5000 précédemment pour les voitures électriques) doit mettre la Zoé de Renault à 13 400 euros soit "un niveau de prix comparable" à celui de la Clio ou de la 208, a-t-il souligné.

Le constructeur au losange a failli gâcher les annonces du gouvernement lorsqu'il a confirmé à l'AFP des informations selon lesquelles il repoussait à 2013 le lancement de sa Zoé, avant de rétro-pédaler dans la soirée et de dire qu'il la commercialiserait fin 2012.

Aide aux voitures hybrides

Outre les voitures électriques, qui ne représentent que 1% du marché, le plan du gouvernement donne un coup de pouce au bonus pour les hybrides, qui se situera entre 2000 et 4000 euros, dans la limite de 10% du prix de vente, et des augmentations moindres pour les moteurs thermiques les moins polluants.

Ces bonus coûteront 490 millions d'euros l'an prochain, une charge presque totalement compensée par un doublement du malus sur les voitures les plus polluantes, qui émettent plus de 180g de CO2/km.

L'Etat s'engage aussi aussi à ce qu'une voiture sur quatre qu'il achète soit hybride ou électrique, et veut convaincre les collectivités de faire de même pour arriver à environ 11 000 véhicules par an. Arnaud Montebourg souhaite aussi stimuler la filière du recyclage, un vivier potentiel d'emplois.

Sur le volet financier, environ 175 millions d'euros viendront soutenir les entreprises de la filière, notamment dans leurs investissements et leur trésorerie. Le reste est constitué de dépenses maintenues (710 millions d'euros) ou réorientées (600 millions d'euros).

Enfin, la France devrait demander à l'Union européenne de se pencher sur l'accord de libre échange UE-Corée, accusé d'ouvrir la porte de l'Europe aux voitures coréennes très compétitives.

"Pérennisation des sites"

En échange des aides, "nous demandons la pérennisation des sites", a déclaré Arnaud Montebourg, sans préciser les sites concernés, et notamment le maintien en France des laboratoires de recherche et développement.

Le plan du gouvernement "s'inscrit avec une très, très grande détermination dans le redressement de la filière automobile", a déclaré Jean-Marc Ayrault, Premier ministre.

Le président François Hollande a salué un "plan global" et "inscrit dans la durée".

Les aides à l'innovation sont une "excellente chose", a réagi Philippe Varin, patron de PSA, moteur de la filière automobile française.

Mauvais résultats financiers de PSA Peugeot-Citroën

Le groupe, qui sort de plusieurs jours de forte tension avec le gouvernement, a publié de très mauvais résultats financiers dans la matinée, qui lui ont valu d'être sanctionné par deux agences de notation.

PSA, qui a commotionné l'ensemble du secteur et le gouvernement en annonçant le 12 juillet un plan de suppression de 8000 postes et la fermeture prochaine du site d'Aulnay-sous-Bois, a subi une perte nette de 819 millions d'euros au premier semestre. A la Bourse, l'action a terminé en recul de 2,50% à 6,08 euros.

Sur le plan social, la direction a déroulé point par point en CCE ses projets de réorganisation ainsi que les réductions d'effectifs envisagées.

Entre 1300 (police) et 2000 (syndicat) salariés, venus des sites différents sites de PSA s'étaient réunis devant le siège parisien au pied d'une banderole "Non à la fermeture de PSA Aulnay", tandis que, sur fond de musique et de sifflets, certains salariés criaient "Varin assassin!"

Les élus du personnel estiment avoir dans la matinée marqué un point en demandant à l'unanimité la désignation d'un expert-comptable pour examiner les finances du groupe, ce qui suspend le processus d'information-consultation.

L'expert devrait commencer sa mission le 27 août, ce qui repousse "provisoirement la machine à licencier". "C'est un petit point, mais dans la longue guerre qu'on va mener, il n'y a pas de petits pas", a déclaré Jean-Pierre Mercier, délégué CGT à Aulnay.

"Le projet deviendra plan dans la forme qui résultera de la consultation j'espère d'ici à la fin de cette année", a déclaré Philippe Varin.

Les ouvriers d'Aulnay, à la veille de leur départ en vacances annuelles, que la mobilisation sera "forte" et "très suivie" dès leur retour le 4 septembre.

Enfin, le gouvernement a essuyé les critiques de l'opposition. "Faire l'impasse sur la baisse du coût du travail aujourd'hui, c'est criminel", a déclaré la députée UMP des Yvelines, Valérie Pécresse.

AFP

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