Grogne violente des taxis: le gouvernement français interdit UberPop

Les CRS face aux taximen à Paris
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Les CRS face aux taximen à Paris - © KENZO TRIBOUILLARD - AFP

Les taximen français ont manifesté avec violence ce jeudi. Ils exigeaient l'interdiction d'UberPop, une application qui met en relation un client et un chauffeur non professionnel. Le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve a annoncé, à la suite de ce mouvement émaillé de nombreux débordements et actes de violence, des mesures pour mettre en oeuvre l'interdiction de l'activité.

"J'ai donné instruction au préfet de Paris, compte tenu des troubles graves à l'ordre public et du développement de cette activité illégale, de prendre ce jour un arrêté interdisant l'activité UberPop", a expliqué Bernard Cazeneuve, cité par RFI, à la préfecture de Marseille.

Les syndicats de taxi devaient être reçus dans l'après-midi par le gouvernement français. Mais déçus des propositions sur la table, ils ont annoncé qu'ils renonçaient à cette rencontre. Les syndicats de taxis jugent en effet insuffisante la seule interdiction de l'activité de la société Uber. Ils exigent la "désactivation" pure et simple de l'application mobile.

Dans l'après-midi, le ministère de l'Intérieur a donc saisi la justice en vue de faire ordonner la désactivation de l'application.

Etant donnée la violence qui a caractérisé le mouvement, certains se sont interrogés sur cette soumission de l'exécutif français aux exigences des syndicats de taxis. 

Le Premier ministre français Manuel Valls, en visite en Colombie, a cependant "condamné avec la plus grande sévérité" les violences qu'il a jugée "inadmissibles", apprend-on sur le site du Figaro.

A peine 3000 manifestants mais énormément de violences

Opérations escargots, blocages des gares et des aéroports, voitures de transport avec chauffeur (VTC) prises pour cible, au sens littéral,... Dès l'aube, les protestataires, au nombre de près de 3000 sur l'ensemble du pays selon la police, ont multiplié les actions violentes. Une trentaine de chauffeurs de taxi bruxellois sont partis jeudi à l'aube en direction de Paris pour rejoindre le mouvement de grogne.

D'autres taximen se sont également rendus à Lille, a indiqué l'organisateur du mouvement au départ de la Belgique, sans pouvoir en préciser le nombre exact.

"Le but c'est d'occuper l'espace, parce qu'il y a un vrai ras-le-bol", a justifié Karim Asnoun, responsable du syndicat CGT de la profession. "La base attend de nous des messages forts, on est obligé de passer par cette étape de la radicalité", a renchéri Abdel Ghalfi (CFDT).

A l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, les accès à trois terminaux étaient bloqués et la circulation perturbée, comme dans plusieurs quartiers de Paris.

A la Porte Maillot, l'un des principaux points d'entrée dans Paris, des taxis ont pris d'assaut et incendié les vans de deux conducteurs de VTC, provoquant l'intervention de forces anti-émeutes et des pompiers, dans une odeur âcre de fumée, avec claquement de pétards et fracas de poubelles renversées.
 

"Pourquoi pas demain des Uber plombier, Uber électricien?"

Des actions similaires ont été menées à Lyon (centre-est), Marseille (sud), Toulouse et Bordeaux (sud-ouest) notamment. "Pourquoi pas demain des Uber plombier, Uber électricien? Et tout le monde fera n'importe quoi", a dénoncé Gérald Giraud, un manifestant lyonnais.

Engagé depuis plusieurs mois dans un bras de fer avec l'Etat, Uber revendique 400 000 utilisateurs d'UberPOP en France, où le nombre des taxis est faible. Mais ses chauffeurs sont des particuliers sans la formation requise pour leur agrément et ils ne paient ni cotisations sociales ni impôts.

Les syndicats de taxis ont appelé au "calme", alors que le climat s'est tendu avec plusieurs agressions récentes de clients ou de chauffeurs UberPOP.

Craignant que ses chauffeurs professionnels soient assimilés à des conducteurs UberPOP, la société de VTC Allocab avait même demandé jeudi à ses employés de laisser au placard leurs costumes et de faire asseoir leurs clients à l'avant de leurs véhicules.

Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a demandé jeudi au préfet de police de Paris de prendre un arrêté interdisant l'activité du service.

Une entreprise qui questionne toute l'Europe

Uber est visé depuis fin 2014 par une enquête judiciaire à Paris, pour organisation illégale d'un "système de mise en relation de clients avec des personnes qui se livrent au transport routier" de passagers "à titre onéreux".

Selon une loi française récente, les conducteurs qui ne sont pas enregistrés comme chauffeur de taxi ou VTC encourent jusqu'à un an de prison, 15 000 euros d'amende, la suspension du permis et la confiscation du véhicule.

La France n'est pas le seul pays d'Europe, où l'activité d'Uber fait polémique. L'entreprise est interdite d'exercer en Allemagne et fait aussi l'objet de procédures judiciaires aux Pays-Bas et en Espagne. La Commission européenne a indiqué mardi plancher sur "une régulation appropriée".

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