Ford Genk: le patron de Ford Europe invité à venir voir le blocage

Les ouvriers en colère ont incendié une carcasse de Mondeo ce jeudi
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Les ouvriers en colère ont incendié une carcasse de Mondeo ce jeudi - © E. Boever - RTBF

Le délégué principal de la FGTB, Erik Verheyden, a fait savoir jeudi, aux portes de l'usine Ford de Genk, que l'objectif actuel était de tout garder à l'intérieur du site de l'entreprise. "J'invite Stephen Odell (le patron de Ford Europe, ndlr) à venir voir le blocage. J'évalue qu'il y a ici quelque 10 000 voitures. Cela signifie donc un sérieux capital. En outre, il y a encore beaucoup de pièces détachées", selon le syndicaliste.

"Sur le terrain se trouvent aussi environ 400 voitures de type B-Max, que des clients sont en train d'attendre. L'attention se porte aussi sur l'usine allemande de Sarrelouis, où l'usine Ford attend des pièces détachées de Genk. Nous nous attendons donc à une pression de la part de l'Allemagne, également de Cologne", a poursuivi Erik Verheyden.

A Genk, des pièces détachées sont notamment produites pour la Focus et la Fiesta, destinées à l'Allemagne et à l'Espagne. Après cette semaine, le travail reprendra les 13, 14 et 15 novembre. Ensuite viendra une semaine de chômage économique et ensuite, à nouveau, une semaine de travail. En principe, durant ces huit jours, un millier de voitures par jour peuvent à nouveau être produites, mais on ignore si cela sera le cas.

"Je suis conscient que ces 8 000 voitures représenteraient plus de valeur que les pièces individuelles qui se trouvent ici aujourd'hui. Il y a en outre encore de la place pour stocker d'autres voitures. Nous tenons cette expérience de 2003", a conclu Erik Verheyden.

Rencontre avec la direction locale

Les syndicats se sont réunis jeudi avant midi avec deux membres de la direction de Ford Genk. Cette réunion était destinée à dégager un accord concret pour les 200 personnes qui devaient venir travailler ces mercredi, jeudi et vendredi.

"Lors de cette réunion, l'émotion était palpable, également du côté de la direction locale. L'incertitude régnait pour ces 200 personnes et celle-ci devait être éliminée. Selon l'accord, les gens seront payés s'ils se manifestent auprès de leur superviseur, soit par téléphone, soit en personne à l'usine", a indiqué jeudi le délégué principal de la CSC, Eddie Martens.

"Les gens seront payés pour les journées de mercredi, jeudi et vendredi s'ils montrent qu'ils sont prêts à travailler. Ces personnes travaillent notamment dans la fabrique de roues, dans les opérations de presse et dans les équipes de maintenance. Je comprends les réactions de colère et la frustration chez les gens d'ici, mais la situation ne doit pas dégénérer. Nous nous réunirons ce soir avec les cinq syndicats pour déterminer la stratégie à suivre pour les jours et semaines à venir", a ajouté Eddie Martens.

Deux carcasses de Ford Mondeo brûlées

Une centaine de personnes se trouvaient devant l'entrée de l'usine Ford de Genk jeudi matin, vers 10h00. Une deuxième carcasse de Ford Mondeo, destinée à être brûlée pour montrer le mécontentement des travailleurs, a été déposée devant les portes de l'usine.

Les ouvriers qui auraient dû travailleur jeudi se rejoignent en petits groupes et évoquent la catastrophe qui les touche.

Parmi eux, on retrouve le bourgmestre de Riemst, Mark Vos, qui travaille comme employé au service des livraisons. Pour lui, cette fermeture est une catastrophe pour la région mais aussi pour sa propre commune, où habitent des dizaines de travailleurs de Ford.

Les trois syndicats doivent se réunir ce jeudi soir afin de coordonner leurs futures actions pour ces prochains jours et semaines.

Des pièces détachées cruciales bloquées

Une série de pièces détachées cruciales, destinées notamment à des entreprises situées à Saarlouis en Allemagne et à Valence en Espagne, sont bloquées sur le site de Ford Genk. Avant l'annonce de la restructuration, ces pièces étaient en surplus. Une partie d'entre elles a donc pu quitter effectivement l'entreprise, avant que la colère des ouvriers ne s'installe.

Ces pièces détachées, comme des pièces embouties et des moules, constituent une monnaie d'échange dont les travailleurs de Ford Genk pourraient bien se servir. Les pièces avaient déjà été chargées dans des camions, prêts à partir. Si les chargements ne quittent pas Genk, cela pourrait avoir de fâcheuses conséquences pour d'autres usines de Ford, parmi lesquelles celle de Saarlouis, qui se verrait dès lors mise à l'arrêt. Des trains, chargés de voitures finies, sont également bloqués sur le site. Les locomotives ne seraient même plus en état de rouler. C'est ce qu'on a appris jeudi matin, aux portes de l'usine en grève.

"Une task-force me fait rire"

Gaby Colenbunders, syndicaliste CSC, a passé la nuit devant l'entrée bloquée de l'usine Ford à Genk. Il a analysé les déclarations des politiciens et les informations publiées dans la presse. La création d'une task-force pour les travailleurs le fait rire. "La plupart des travailleurs sont peu diplômés. Ils travaillent avec des vis et des boulons et ne connaissent que les murs de l'usine. Personne ne se rend compte qu'il s'agit d'un bain de sang", souligne-t-il.

"Je pense que nous avions encore un avenir à Genk, mais comment cela aurait été possible avec une telle direction? C'est qui s'est passé ici, c'est plus qu'un mensonge. C'est criminel", ajoute le syndicaliste.

Des travailleurs de l'usine sont passés durant la nuit pour saluer leurs collègues. "Des travailleurs qui ne trouvaient pas le sommeil sont passés. Depuis 02h00, environ 25 personnes se trouvent devant l'usine. Des délégations de DAF et Audi doivent passer aujourd'hui en signe de solidarité", poursuit-il. Aucun signe de soutien n'est pas contre venu de Ford en Allemagne.

L'accès à la piste d'essai de Ford à Lommel bloquée

La piste d'essai de Ford Europe à Lommel est inaccessible depuis jeudi matin pour une durée provisoire de 24 heures, ont annoncé les délégués syndicaux présents devant le site de Ford à Genk. 

Une centaine de travailleurs et de syndicalistes, épaulés par des collègues de Genk, bloquent l'accès à cette piste d'essai, où sont normalement prévus des tests pour la nouvelle Mondeo.

L'action à Lommel vise à mettre sous pression la direction européenne de Ford.

"Cette action est un signal en soutien aux gens de Genk. Mais nous avons aussi évidemment des points à renégocier", a déclaré Rudi Theunissen, de la FGTB. Il a notamment été décidé à Lommel, fin 2010, de diminuer les salaires de 12% en échange d'investissements pour le site de Genk.

Les travailleurs de Lommel ne craignent toutefois pas pour leur avenir, car il s'agit de la seule piste d'essai en Europe. Et il n'y en a que cinq à travers le monde. Mais il existe toutefois de nombreux liens avec Genk : même service du personnel, même structure informatique, mêmes conventions collectives de travail, etc. "Comment va-t-on faire ? ", s'interroge le syndicaliste.

Et la concertation sociale va subir un profond changement. "Alors qu'avant nous étions 5000 autour de la table, on va se retrouver à 300", selon Rudi Theunissen. "Nous avons assez de gens qui approchent de la soixantaine; ils pourraient être remplacés par des gens de Genk", a-t-il ajouté. Bien que cela ne concernera seulement que 20 à 30 personnes.

A Lommel, on est aussi conscient de l'ironie : ils testent des véhicules issus des usines européennes de Ford. Donc également des modèles produits à Valence,

où déménagera précisément une partie de la production de Genk.

Concertation entre le gouvernement flamand et le gouvernement fédéral à 19H30

Le gouvernement fédéral et le gouvernement flamand auront, à l'initiative de ce dernier, une concertation jeudi soir à 19H30 autour de la fermeture de Ford Genk. Les deux exécutifs se retrouveront à l'hôtel Errera, le siège du gouvernement flamand à Bruxelles.

La réunion impliquera les comités restreints, rejoints par certains ministres spécialisés.

Ecolo critique l'inertie du fédéral

De son côté Ecolo joue son rôle dans l'opposition. Il appelle le gouvernement fédéral à agir d'urgence, notamment au niveau européen, pour protéger l'emploi et l'activité économique en Belgique, après les coups durs subis dans les industries d'Arcelor Mittal, Ford, Duferco et NLMK à La Louvière.

Les Verts estiment que le gouvernement Di Rupo "compte les coups sans broncher", tandis que le gouvernement wallon - dont les Verts font partie aux côtés du PS et du cdH -, a choisi de "redresser la tête et mobiliser les compétences techniques et humaines" à travers le Plan Marshall 2.Vert.

Les causes communes de ces arrêts d'activité sont à chercher, selon les Verts, dans la dérégulation de l'économie mondiale, la recherche de profits maximaux par certains investisseurs, la contraction de l'accès aux prêts bancaires ou encore la concurrence "déloyale" exercée par certains pays dans et hors Europe.

Ils demandent de conditionner les aides publiques au maintien de l'emploi, de prélever des droits sociaux et environnementaux sur les importations provenant de pays aux standards inférieurs et de mobiliser l'épargne au profit de l'économie réelle.

Ecolo réclame aussi moins de concurrence fiscale entre pays européens, une capacité de négociation renforcée des Etats au sein de l'Europe et le développement d'une "véritable politique industrielle concertée" au niveau européen.

 

Avec Belga

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