Foire de Libramont: "Le secteur agricole n'est pas dans une très bonne situation économique"

L’agriculture wallonne était au cœur du dossier d’Écomation ce jeudi, jour d’ouverture de la Foire de Libramont. Une agriculture wallonne qui est, comme d’autres, exposée à la volatilité des prix internationaux et pour laquelle les exportations sont souvent le moteur de la croissance.

Pour Philippe Baret, doyen de la faculté des bioingénieurs de l’UCLouvain, cette course aux exportations, en particulier avec d’autres pays qui ont une réglementation sanitaire plus souple que la Belgique, mène l’agriculture wallonne dans le mur. Comment réinventer cette agriculture ? Comment définir une stratégie pour tirer le meilleur des spécificités wallonnes ?

"Aujourd’hui, le secteur agricole n’est pas dans une très bonne situation économique, observe Philippe Baret. On sait notamment que le secteur de la viande bovine subit une très forte crise des prix et le secteur laitier va un peu mieux, mais les prix restent très bas. Ce qui est surtout terrible pour le secteur agricole, c’est l’incapacité à prévoir l’évolution des prix et une grande volatilité des marchés. C’est ça qui pose donc le plus problème et c’est très difficile pour un agriculteur qui doit par exemple anticiper une rotation sur cinq ou six ans — un élevage ne se change pas en quelques années — de s’adapter à un monde qui est extrêmement volatil."

Risque de fuite en avant

Dans ce contexte tendu, pas facile de générer des revenus stables. "Malheureusement, poursuit le spécialiste, la meilleure solution pour le moment est d’être sur des très gros volumes. Parce qu’à ce moment-là, avec des marges très faibles, on peut arriver à maintenir son revenu et on a aussi beaucoup plus facilement le soutien des banques. Il y a donc finalement une course à l’agrandissement qui est peut-être une fuite en avant et qui, pour moi, n’est en tout cas pas vraiment réfléchie. Est-ce que c’est ça que le monde agricole wallon souhaite ? Je ne le pense pas. Mais est-ce que le monde agricole wallon a un choix aujourd’hui ? Je n’en suis pas certain."

Autres problèmes propres à nos régions : "En Wallonie le prix de la terre est cher. On respecte les normes sanitaires et le prix du travail est élevé. Faire la compétition avec des pays beaucoup plus souples sur les conditions sanitaires par exemple nous mène vraiment dans une impasse. Ma conviction est qu’il y aurait une réflexion possible sur une stratégie pour l’agriculture wallonne qui serait basée sur les spécificités de la Wallonie."

Philippe Baret plaide donc pour une agriculture wallonne plus centrée vers les marchés locaux. Il tempère : "Mais ça ne veut pas obligatoirement dire le circuit court. Il y a parfois une confusion chez le consommateur entre le circuit court et le local. Pour moi, ce qu’il faut, ce sont des produits faits en Wallonie selon différents modèles : un modèle bio, un modèle agroécologique, etc. Il y a des modèles qu’il faut exclure parce qu’ils sont trop dépendants des pesticides ou trop dépendants des intrants chimiques. On peut donc très bien s’orienter vers un marché local sans pour autant développer directement du circuit court ou de la vente à la ferme, ce qui n’est pas accessible à tous les consommateurs."

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