Fin du nucléaire? "Les renouvelables vont continuer à se développer, mais ne seront pas suffisants"

Fin du nucléaire? "Les renouvelables vont continuer à se développer, mais ne seront pas suffisants"
Fin du nucléaire? "Les renouvelables vont continuer à se développer, mais ne seront pas suffisants" - © pixabay.com - ColiN00B - CC0 Creative Commons

La centrale nucléaire de Tihange 1 a été remise en service ce lundi. Le réacteur était à l'arrêt depuis le 13 octobre pour maintenance. Un redémarrage avancé en raison de l'indisponibilité de plusieurs autres centrales.

Quelle est la part du nucléaire en Belgique ? Doit-on s'attendre à une hausse des énergies renouvelables dans les années à venir ? Le prix de l'électricité pourrait-il augmenter prochainement ? Pour répondre à toutes ces questions, Laurent Jacquet, directeur du contrôle des prix à la Commission de Régulation de l’Électricité et du Gaz (CREG), était l'invité de Jour Première.

Quelle est la part du nucléaire dans l’électricité que nous consommons tous les jours?

"On a les chiffres de l’année dernière, où les centrales nucléaires ont assuré 55% de la consommation en Belgique. Ensuite, on trouve les centrales au gaz (25%), toute une série de sources, notamment fioul et biomasse (à peu près 10%), puis les énergies renouvelables, les éoliennes offshore (4%), les panneaux photovoltaïques (4% aussi) et l’éolien sur terre (3%). L’année dernière est une année représentative en termes de production des centrales nucléaires. Il est clair que cette année, la production va être nettement inférieure."

Pour l’instant, on peut dire qu’elle assure la moitié de la production de notre électricité. Est-ce que ce tableau, à l’avenir, va varier? Parce qu’on sait que la sortie du nucléaire est normalement pour 2025. Donc est-ce que les autres sources vont prendre le dessus?

"Le gouvernement prépare actuellement un mécanisme qui va donner un soutien à la construction de nouvelles centrales au gaz. Il est clair que les renouvelables vont continuer à se développer, mais ils ne seront pas suffisants et ils ont le défaut d’être intermittents. Autrement dit, quand il n’y a pas de vent, l’éolienne ne produit pas. Ce mécanisme vise donc à soutenir la production et, d’une certaine manière, à donner des subsides aux investisseurs."

Vous dites que quand il n’y a pas de vent, les éoliennes ne tournent pas. Mais quand il y en a beaucoup, elles tournent beaucoup, donc on pourrait capter cette énergie. Où en est-on  ?

"On a la centrale de Coo qui a une puissance assez importante, 1300 mégawatts — c’est l’ordre de grandeur d’un réacteur nucléaire — mais elle peut produire pendant une durée limitée, le temps de vider les bassins. On a d’autres projets qui ont été installés. Ce sont des projets de batteries de grande puissance, qui vont de quelques mégawatts à 20 mégawatts, ce qui est quand même conséquent."

Ça représente la consommation de combien de ménages?

"Ce sont plusieurs villes en tout cas. Ces projets sont en phase de développement. Pourquoi ? Parce que sur proposition de la CREG, le gouvernement a réduit les taxes et les tarifs de transport d’électricité justement pour cette électricité qui est stockée."

Beaucoup de réacteurs nucléaires sont à l'arrêt. Il était question d'une hausse des prix. À quoi doit-on finalement s’attendre pour l’hiver qui n’est pas encore arrivé ?

"L’approvisionnement est garanti jusqu’à la fin de l’année parce que le gouvernement a pris toute une série de mesures. Il y a eu la fameuse chasse aux 750 mégawatts, on a redémarré des centrales qui étaient à l’arrêt. Au niveau d’Elia, on a appris que les Français allaient pouvoir nous exporter jusqu’à 1000 mégawatts, même dans des conditions hivernales sévères. Donc, jusqu’à la fin de l’année, pas trop de soucis. Par contre, en janvier-février, on doit encore attendre des confirmations qui vont venir non seulement de l’étranger sur les capacités qu’on pourra utiliser pour importer de l’électricité, mais aussi au niveau du redémarrage de Tihange 3, qui est pour le moment à l’arrêt. Et là, il faut l’autorisation de l’Agence de contrôle nucléaire."

Jusqu’à la fin de l’année, on n’a donc pas trop d’inquiétude à avoir. On va peut-être parler aussi du prix de notre électricité. On parle beaucoup de changer le contrat, de prendre un contrat fixe plutôt qu’un contrat variable, qu’est-ce qu’il faut faire aujourd’hui selon vous ?

"La recommandation qu’on peut donner aujourd’hui est de ne pas bouger. En temps normal, il faudrait effectivement éventuellement changer de contrat. Aujourd’hui, comme les prix sont à la hausse, il vaut mieux rester là où l’on est, et surtout si on a un contrat fixe, parce que ça veut dire que les prix sont bloqués jusqu’à l’échéance du contrat. Alors, si vous devez absolument changer de fournisseur parce que votre contrat est arrivé à échéance, on vous recommande de prendre un prix variable. C’est vrai qu’il évolue à la hausse en hiver. Mais à partir du printemps et en été, il va être à un niveau de prix beaucoup plus bas. Ce que vous devez en tout cas toujours faire, c’est comparer où vous êtes entre le produit le moins cher du marché et le plus cher, et pour ça, vous pouvez utiliser le CREG Scan."

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On parle aussi beaucoup d’achats groupés. Est-ce que ça peut être aussi important à faire?

"Les achats groupés ont le mérite de mobiliser des consommateurs qui n’auraient pas changé de fournisseur s’il n’y avait pas eu d’achats groupés. Mais ce n’est malheureusement pas via un achat groupé qu’on peut avoir le prix le moins cher. Ce sont certains fournisseurs qui remettent prix, pas tous, et on voit sur les comparateurs tarifaires qu’il est possible de faire encore de plus grandes économies."

Comment le marché va-t-il évoluer ? Est-ce que notre consommation d’électricité va finalement augmenter ? C’est vrai que tout le monde a chez lui une tablette à recharger, un téléphone, on parle de la voiture électrique, est-ce qu’on va avoir une consommation qui va vraiment exploser dans les années à venir ?

"Ce qu’on constate jusqu’ici en Belgique, c’est que la consommation d’électricité est relativement stable. Pour vous donner un chiffre : 85 térawattheures par an. À l’horizon 2025, même si on met en œuvre le pacte énergétique, on va arriver à une consommation de 88 térawattheures. Autrement dit, pas grand-chose en plus, et cela malgré une efficacité énergétique qui va faire réduire la consommation. On peut parler d’appareils moins énergivores."

Ils vont moins consommer

"Voilà. Ça nous pousse la consommation vers le bas et c’est compensé par de plus en plus d’appareils qui fonctionnent à l’électricité, les pompes à chaleur notamment et les voitures électriques. Et on peut dire que la somme des deux — économies d’un côté et augmentation de la consommation de l’autre — donne un résultat pratiquement nul et qui garantit une certaine stabilité de la consommation."

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