Fin de l'indexation ? Belges et Luxembourgeois sont contre

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Le Premier ministre Yves Leterme et son homologue luxembourgeois Jean-Claude Juncker ont écarté vendredi, à l'issue du sommet européen de Bruxelles, toute suppression de l'indexation des salaires, afin de soutenir la compétitivité en Europe, comme suggéré par Paris et Berlin.

Les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 devaient aborder une nouvelle fois vendredi le renforcement de la gouvernance économique, un thème devenu central depuis la crise de la zone euro. Plusieurs propositions sont sur la table depuis plusieurs mois, notamment des sanctions automatiques pour les pays dont les finances publiques dérapent ou dont la compétitivité s'érode.

Mais la chancelière Angela Merkel, qui cherche à reprendre la main dans les discussions après avoir été souvent accusée de passivité, a voulu inscrire à l'agenda une série de mesures additionnelles. Avant même le sommet, elle a donné une conférence de presse conjointe avec le président français Nicolas Sarkozy pour défendre son initiative.

Pour "assurer la prospérité des hommes et des femmes" du continent, "nous devons élever notre compétitivité", a-t-elle déclaré, plaidant pour que les Etats membres alignent leurs politiques sur celles des pays jugés les plus performants - notamment l'Allemagne elle-même.

Selon un document de source allemande, Berlin entendait mettre à l'agenda la suppression de l'indexation automatique des salaires, la reconnaissance mutuelle des qualification, l'harmonisation de l'impôt des sociétés, la liaison de l'âge de le retraite à l'espérance de vie et l'interdiction constitutionnelle des déficits.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a affirmé que la France et l'Allemagne n'avaient même pas formulé leurs propositions pendant la réunion. "Madame Merkel n'a fait aucune proposition concrète. Je sais que des papiers circulent, mais aucune proposition n'a été faite pendant la réunion", a-t-il dit.

Les 27 n'auraient selon lui "pas débattu sur le fond", mais se sont mis d'accord pour progresser d'ici mars sur un renforcement additionnel de la gouvernance économique "dans le respect des traités" - qui octroient à la Commission le monopole de l'initiative.

Dans ce contexte, ils ont convenu d'organiser un sommet spécial de la zone euro dans le courant du mois de mars, au cours duquel des mesures additionnelles seront discutées. D'ici là, Herman Van Rompuy consultera les Etats membres sur les compromis possibles, en concertation avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Yves Leterme : "Il faut respecter certaines spécificités nationales"

"Ce n'est pas quelque chose que l'Europe peut imposer comme cela, sans concertation avec les pays concernés", a martelé vendredi soir, lors d'une conférence de presse, le chef du gouvernement démissionnaire.

"Il faut respecter certaines spécificités nationales", a-t-il insisté, en écho à la proposition controversée de "pacte de compétitivité" avancé sans concertation européenne par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, et qui suggère implicitement d'abolir notamment les mécanismes d'indexation automatique, ou de relever l'âge de départ à la retraite.

"Nous avons eu une discussion très animée sur l'approfondissement de la convergence européenne", a d'ailleurs confié Yves Leterme.

"Je trouve dommage que le débat se soit déroulé de la manière dont il s'est déroulé. Le débat a été faussé, handicapé, par l'annonce précoce des collègues allemand et français", a ainsi déclaré Yves Leterme. Selon notre Premier ministre, pas moins de "18 ou 19 pays" sont intervenus vendredi soir pour dénoncer tant la méthode que le contenu des réformes préconisées par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. "Il y a quand même certaines règles (en Europe). Il faut tout de même respecter certaines pratiques politiques", a-t-il encore lancé à l'adresse de Berlin et Paris. Le chef du gouvernement s'est toutefois dit favorable à une plus grande convergence économique en Europe, notamment en matière d'harmonisation de la fiscalité des entreprises ou en "renforçant encore un peu les éléments de surveillance budgétaire", a-t-il conclu.

Jean-Claude Juncker est sur la même ligne

Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a, lui aussi, rejeté vendredi l'idée de supprimer l'indexation des salaires sur les prix. "Je ne trouve pas vraiment de raison pour dire qu'abolir l'indexation des salaires permettrait d'améliorer la compétitivité de mon pays ou de la zone euro", a déclaré à la presse le Luxembourgeois, également chef de file des ministres des Finances de la zone euro, à l'issue d'un sommet des dirigeants européens à Bruxelles.

L'Allemagne et la France ont proposé vendredi un "pacte de compétitivité et de convergence" visant à renforcer la discipline et la coordination au sein de la zone euro pour éviter de nouvelles crises de la dette, une initiative déjà critiquée.

Ce projet prévoit que les capitales poursuivent des objectifs communs en matière de retraite, avec un recul de l'âge de départ en retraite si nécessaire, de dette publique avec des plafonds contraignants, tel que l'Allemagne l'a inscrit dans sa Constitution en 2009, ou de politique salariale.

Dans ce domaine de la politique salariale, le "pacte" propose la suppression de l'indexation des salaires sur l'inflation dans les pays qui la pratiquent, comme la Belgique ou le Luxembourg.

 

 

 

 

HM avec Belga

 

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