Festivals: ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'envers (commercial) du décor

Nous sommes en plein dans la saison des festivals de musique. "Les Francofolies" commencent ce soir, vendredi ce sera "Tomorrowland", et puis il y a déjà eu "Dour", "Les Ardentes", "Werchter", ou "Couleur Café".

Il y a des dizaines de festivals en Belgique, et forcément ils doivent se partager les groupes en tournée, essayer d'attirer la plus belle tête d'affiche à un prix abordable pour leur budget.

Est-ce que c'est devenu un vrai marché concurrentiel?

Oui, il y a une offre, il y a une demande, il y a de la concurrence, il y a des négociations commerciales… Tout ce qu'il faut.

En discutant avec plusieurs programmateurs de festivals, on réalise qu'on est loin de l'époque où on organisait un festival avec des copains dans un champ, quand on branchait des fûts de bière et qu'on appelait quelques groupes de musique.

Aujourd'hui, élaborer une affiche de festival, c'est un vrai business, un vrai métier aussi. Dans les gros festivals c'est un travail à temps plein pour plusieurs personnes. Chacun spécialisé dans un style musical. 

Au "Brussels Summer Festival", c'est Denis Gerardy qui est le responsable de la programmation. Voici ce qu'il nous dit des coulisses des négociations avec les artistes.

Parfois nous négocions au centime près

"C'est vrai que parfois nous négocions au centime près, de manière très difficile, avec des arguments. C'est en effet une négociation entre un vendeur et un acheteur".

Cela veut-il dire que l'artiste se résume à la fin à une valeur commerciale?

"Je pense qu'il ne faut pas se leurrer, ce métier-là est un métier qui est un métier de commerçant", concède Denis Gérardy, "et à un moment donné on quitte le domaine purement culturel et artistique pour passer dans le domaine commercial".

Et au bout de ces négociations, combien coûte alors une grosse tête d'affiche? Dans le milieu, on n'aime pas tellement parler d'argent, en tous cas en public. Il y a des clauses de confidentialité, donc pas de chiffre précis, mais on peut donner des ordres de grandeur.

Au festival de Dour par exemple, on consacre autour de 100 000 euros pour le plus gros nom à l'affiche ("exceptionnellement, un peu plus"), sur un budget "artistes" total de deux millions d'euros. Au "Brussels Summer Festival", c'est maximum 150 000 euros pour la tête d'affiche, sur un budget d'un million, et puis à "Werchter" ou à "Pukklepop", là on est dans une autre catégorie: cela peut aller au-delà du million pour un concert d'une heure et demie. C'est clair, ces dernières années, les prix ont explosé.

Les cachets vont de 500 euros à un ou deux millions d'euros

"On peut passer d'un cachet de 500 euros à un ou deux millions d'euros. Ce sont des artistes qui font 40, 50, 60 000 personnes, et il en existe encore, ils sont peut-être une trentaine. Donc oui il y a des disproportions au niveau des cachets mais c'est parce que ces artistes-là ramènent énormément d'argent", confie Denis Gérardy.

Payer toute une équipe

Et c'est vrai qu'un artiste qui ramène 60 000 personnes, un Coldplay, un Metallica, un Foo Fighter, un Snoop Dogg ou un Jay-Z à 100 euros le billet d'entrée d'un jour dans les gros festivals, le calcul est vite fait. Cela dit, il faut quand même préciser que ces cachets aussi astronomiques soient-ils, cela ne va pas évidemment directement dans la poche de l'artiste, c'est pour l'ensemble de la prestation. Avec ça il faut payer toute l'équipe qui accompagne.

Comment est-ce que les prix sont fixés ?

D'abord on regarde le potentiel de public, est-ce que c'est plutôt un artiste qui remplit un stade ou un petit centre culturel ? Evidemment ce ne sera pas le même cachet, et puis ils discutent des caprices des artistes dans les loges, des exigences techniques du spectacle, et puis de l'exclusivité aussi, être le seul à avoir une Depeche Mode ou Paul McCartney sur son affiche cet été en Belgique, ça se paie. Pour les gros artistes, c’est des dizaines de techniciens, des semi-remorques de matériel, une équipe d’agent qui prend des commission. Un gros show musical, c’est une énorme logistqiue qu’il faut payer.

Tout se paie en fait, tout se discute, et pour les plus gros artistes, il faut d'ailleurs s'y prendre plus d'un an à l'avance. Au BSF, par exemple ils ont déjà des accords de principe pour au moins deux gros noms pour l'édition prochaine alors que celle de cette année n'a même pas encore eu lieu.

Et comment expliquer cette explosion des prix au cours de ces dernières années ?

C'est assez simple, c'est l'effondrement des ventes de CD, les artistes aujourd'hui mettent le paquet sur le live puisque c'est là qu'ils gagnent leur vie, et du coup ils font monter les enchères. Alors pour les programmateurs de festivals, il faut miser sur le bon cheval, d'abord celui qu'on aime évidemment. Parce qu'il n'y a pas que la donne commerciale évidemment, il y a les affinités artistiques, ça compte, mais au final il faut surtout miser sur celui qui représente le meilleur investissement.

Oui un festival, c'est une machine commerciale très bien huilée.

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