Fermeture du supermarché en ligne Wink: coupable d'avoir eu raison trop tôt

Dernière semaine pour le supermarché en ligne Wink. Le site avait été lancé par les magasins Louis Delhaize, c’était il y a cinq ans maintenant, mais ça n’a pas fonctionné. Wink ferme son site samedi. Pourtant, le commerce électronique connaît une montée en puissance indéniable. Et c’est souvent l’une des raisons invoquées par les directions pour justifier des licenciements. Le constat est clair : le commerce électronique fonctionne bien, mais pas pour tout. Pas encore. 

Le paradoxe n’est qu’apparent. Le shopping en ligne fonctionne bien dans la vente de vêtements, de livres et tickets de concerts ou de vacances. Dans l’hôtellerie, la location de voiture, etc. Pour tous ces secteurs et bien d’autres, le modèle de la vente traditionnelle s’effrite.

Courses alimentaires: 1% du marché

Dans le secteur alimentaire, c’est tout autre chose. Du moins en Belgique où réserver ses courses de la semaine sur Internet et aller les chercher sur place ou se les faire livrer, ne représente que 1% de l’ensemble des courses faites en Belgique.

Déjà en l’an 2000…

Pour Christophe Sancy, spécialiste de la grande distribution et rédacteur en chef du magazine Gondola, il est clair que le marché n’est pas encore mûr, chez nous, pour l’e-commerce. Et en ce sens, le site Internet Wink, qui s’apprête à fermer, a sans doute démarré trop tôt. Et dans le commerce, il n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt. Déjà la chaîne belge GB en avait fait l’expérience avec son service "Ready.be". Le rachat de GB par Carrefour avait sonné le glas de ce service qui n’avait jamais atteint la rentabilité. C'était en l'an 2000.

L’exception belge ?

Selon Christophe Sancy, la réalité du marché belge est qu’aujourd’hui, "tout le monde pratique l’e-commerce alimentaire pour se rôder à la technique et essayer de comprendre les enjeux de ce canal de distribution, mais personne n’y gagne d’argent, au contraire. C’est donc tout le risque qu’il y a à se lancer sur des formules comme celle-là". 

Cette immaturité du marché se constate particulièrement en Belgique. En France ou au Royaume-Uni, le commerce électronique commercial atteint des parts de marché proches de 6% à 8% contre 1% chez nous.

Un maillage important de commerces alimentaires

La raison principale de cette exception belge réside dans la densité du réseau de magasins. Chez nous, Carrefour Express, Proxy Delhaize et autres se rencontrent pratiquement à tous les coins de rue. Et à la campagne, croiser un magasin sur le chemin du travail est pratiquement assuré. Il est alors souvent plus facile et plus rapide d’entrer dans un magasin que de se connecter sur un site de vente alimentaire en ligne.

Le gain de temps est donc moindre chez nous que chez nos voisins à la géographique plus étendue et à la densité de population moins concentrée, faisant de certaines régions des déserts commerciaux.

Une évolution écrite dans les astres

En attendant, toutes les chaînes de supermarchés belges disposent de leur site de courses en ligne qu’elles font connaître à coup de publicité. Peu de moyens y sont investis, mais pour ces enseignes, l’enjeu est de ne pas louper le coche le jour où le marché (la clientèle) sera prêt.

Amazon en ligne de mire

Aujourd’hui, analyse Christophe Sancy, "dans un marché peu actif, vous ne pouvez pas vous permettre d’abandonner du terrain. Vous vous devez d’être présent de manière à pouvoir embrayer le jour où, peut-être, l’e-commerce alimentaire démarrera lui aussi. Vous ne pouvez pas vous permettre de dire : "Je reste les bras croisés tant que je ne gagne pas d’argent, je n’investis pas, je n’essaie pas de comprendre quelles sont les attentes des clients’".

Ce jour où le commerce électronique fonctionnera sera peut-être celui de l’arrivée d’Amazon en Europe dans le domaine alimentaire. C’est un gros concurrent que les chaînes de supermarchés européennes guettent de loin.

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