Fermeture des cafés à Bruxelles : "Et on ne fait rien contre les soirées clandestines", interroge l'Horeca bruxellois

Les cafés doivent fermer pendant un mois à Bruxelles.
Les cafés doivent fermer pendant un mois à Bruxelles. - © HATIM KAGHAT - BELGA

Le secteur de l’Horeca est sous le choc et en colère, après l’annonce, ce mercredi, de la fermeture totale des cafés et des buvettes pendant un mois en région bruxelloise. La décision a été rendue publique par le ministre-président Rudi Vervoort (PS), à l’issue d’une réunion de la cellule de crise provinciale. Objectif : ralentir la propagation du coronavirus dans les 19 communes, où la situation sanitaire est préoccupante.

On ferme les lieux où il y a des mesures

Pour Fabian Hermans, administrateur et trésorier de la Fédération Horeca Bruxelles, la mesure, qui démarre jeudi, est jugée radicale. Car, selon lui, "on ferme les lieux où il y a des mesures" qui sont prises en termes de gestes barrières et où une fermeture a été imposée dès 23 h. A l’inverse, juste Fabien Hermans, "on ne fait rien contre les soirées clandestines, les soirées privées. Il suffit d’aller sur les réseaux sociaux pour constater que beaucoup sont organisées. Ce mardi, Horeca Bruxelles a repéré 17 soirées clandestines organisées sur le territoire de la région."

Pour le secteur, mettre la clé sous le paillasson pendant quatre semaines est un drame économique. "Les pertes financières peuvent être considérables en fonction de la taille du café, de sa localisation… Les rentrées ne sont pas les mêmes que l’on soit cafetiers à Flagey ou dans une petite rue d’Etterbeek. Ceci étant, la question pour le patron sera toujours la même : qui va payer mes charges, mon loyer, mes redevances ? Certaines charges ont été reportées mais on va devoir les payer de toute manière. Mais comment, si on n’a pas de rentrées ?"

Le droit passerelle est encore garanti jusqu’à ce mois-ci. "Mais après ? Nous avons perdu beaucoup pendant le lockdown. Nous perdons encore avec le télétravail, sur le temps de midi, puisque nous accueillons beaucoup moins de monde. Désormais, ce sera encore plus compliqué."

Bruxelles passe de la règle de 4 à la règle de zéro

Le secteur marque également son étonnement au niveau de la communication politique, "entre les dernières annonces de Sophie Wilmès, celle du nouveau Premier ministre et puis celle, dès le lendemain, de la Région bruxelloise. "Rien n’est cohérent dans ces différentes communications. Le ministre de la Santé parle de la règle de 4. Et le lendemain, Bruxelles passe de la règle de 4 à la règle de zéro !"

L’Horeca n’admet pas non plus que les bars et cafés puissent être considérés comme des lieux de propagation du virus. "Les transports en commun sont bondés. OK, les voyageurs portent un masque mais la transmission de la maladie se fait par les mains courantes, par l’air, les gens sont collés les uns aux autres…" Sans oublier les écoles, qui restent ouvertes, soulève encore M. Hermans.

"Je comprends les mesures sanitaires. Mais où sont les contrôles, notamment, je le répète, pour les soirées privées. Où est la police ? Où sont les sanctions ?"

La fédération Horeca Bruxelles réclame une rencontre avec les ministres fédéraux de la Santé et des Classes moyennes, Frank Vandenbroucke (sp.a) et David Clarinval (MR).

C’est bizarre que cette mesure arrive si tard

"C’est peut-être la bonne solution. C’est peut-être bizarre qu’elle arrive si tard", réagit pour sa part à chaud ce client bruxellois. "Ces prises de décision sont bizarres. Ici, la décision est plus sévère." Voire radicale estime son ami. "Mais si c’est pour le bien de la communauté, c’est comme ça. On profite une dernière fois."

"C’est beaucoup et cela ne paraît pas assez", jugent encore Victor et Robin citant l’exception pour les restaurants. "Tant mieux pour eux. Mais on ne comprend pas toujours."

Totalement discriminatoire

Ce patron de café situé à Ixelles ne comprend pas du tout. Il juge la décision "totalement discriminatoire". Dans son établissement, "mes clients sont soumis aux mêmes règles" que dans les restaurants. "On fait la police depuis début juin, on a la même distanciation pour les tables…"

Cette fermeture pour un mois est pour lui "complètement exagérée". "Moi, mes voisins sont à 15 chez eux à la maison parce qu’ils doivent rentrer après 22h30 et quitter les établissements", raconte-t-il encore. "C’est donc totalement absurde. Alors pourquoi les cafés et pas les restaurants" qui selon ce tenancier acceptent désormais, pour certains, de ne servir qu’à boire. "Moi, je m’attendais à ce qu’on ne rouvre pas à nouveau jusqu’à 1 h mais à ce qu’on rétablisse la balance avec les restaurants, qu’ils ferment aussi à 23h."

On imagine qu’on sera les suivants

Dans cette pizzeria de la rue du Bailli, à Ixelles, Marcel, l’un des gérants, pas concerné par la fermeture totale, déplore néanmoins le sort réservé dès jeudi aux cafés et bars. "Pour deux raisons. D’abord, on ne comprend pas réellement la teneur des décisions. Cela manque de clarté et de communication. Ensuite, si on prend l’exemple d’un jeudi, jour de vernissage pour certaines galeries d’art où il y aura 50 à 100 personnes, où ça va profiter et déguster, là aucune contrainte."

Plus que jamais, ce restaurateur appelle à la solidarité avec les cafetiers. "On imagine qu’on sera les suivants."

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