Fed: vers une baisse des taux pour prolonger la croissance américaine, une mesure préventive

La Réserve fédérale américaine, la Fed termine ce mercredi une réunion monétaire, sans doute la plus attendue de l’année sur la planète finance. La Fed s’apprête à baisser ses taux d’intérêt, une première depuis plus de 10 ans aux États-Unis.

Les marchés, eux, parient massivement sur une baisse. Seule son ampleur est incertaine.

Paradoxe : l’économie américaine n’a pas forcément besoin de cette baisse, car elle se porte bien, comme le rappelle Bernard Keppenne, le chef économiste de CBC Banque.

"Si on prend les principaux indicateurs économiques, on peut effectivement se poser la question de la pertinence de cette intervention de la banque centrale américaine. Il y a deux ou trois indicateurs : le premier est un taux de chômage qui est le niveau le plus bas depuis 1969 et le deuxième indicateur est que les indicateurs de confiance restent encore à des niveaux relativement élevés."

Le troisième indicateur est que la croissance économique reste très solide aux États-Unis : + 2,1% pour le PIB au deuxième trimestre.

Le commerce international patine

Les marchés financiers, ainsi que le président américain Trump, réclament une baisse des taux d’intérêt essentiellement à cause d’une inflation jugée un peu faible et surtout à cause du contexte économique mondial.

Le commerce international patine et la croissance économique mondiale ralentit. Une baisse des taux serait donc une mesure préventive pour essayer de prolonger encore la croissance de l’économie américaine, une façon aussi au passage de faire baisser le dollar.

"Il s’agit très clairement de faire baisser le dollar. Trump l’a encore twitté en s’en prenant d’une part à la Banque centrale européenne et d’autre part à la Banque du Japon, en disant qu’ils vont effectivement baisser leurs taux, ce qui va affaiblir leur devise, et donc il faut que la banque centrale américaine fasse de même pour faire baisser le dollar. Il ne le dit pas directement, mais c’est vraiment le message qu’il veut faire passer. Et on sent bien, vu ses interventions, qu’il y a une volonté très claire de faire baisser le dollar, comme on l’a déjà fait à une certaine époque", précise Bernard Keppenne

Un dollar trop fort pourrait avoir un impact négatif sur les exportations des entreprises américaines en les rendant plus chères que les exportations de leurs concurrentes européennes, chinoises ou japonaises.

On a effectivement un dollar qui s’est légèrement renforcé

Le niveau de la devise est donc un enjeu clé, d’autant que le dollar est sans doute un peu surévalué aujourd’hui par rapport aux autres grandes devises du monde, mais ce n’est pas non plus un hasard.

"Globalement, si on prend par rapport à un panier général de devises, on a effectivement un dollar qui s’est légèrement renforcé. Et le FMI avait déterminé qu’on avait une petite surévaluation du dollar par rapport à l’euro par exemple, mais par rapport à d’autres devises aussi. Il y a donc un peu cet élément-là, mais qui est évidemment justifié par le contexte économique — des taux de croissance qui sont largement supérieurs aux États-Unis par rapport aux autres pays — et par un différentiel de taux, qui justifie effectivement cette fermeté du dollar."

En cas de déception, ça pourrait swinguer très fort sur les marchés financiers américains ce mercredi soir, avec des répercussions éventuelles en Asie dans la nuit, puis en Europe jeudi matin.

Bien sûr, on n’en est pas encore là. Les analystes vont d’abord écouter religieusement le discours ce soir de Jerome Powell, le patron de la Réserve fédérale américaine, parce qu’au-delà de la décision sur les taux, c’est ce qui pourrait se passer dans les mois qui suivent — d’autres baisses de taux — qui va vraiment intéresser les analystes financiers dans la planète finance.

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