Faux espionnage: Renault savait dès février selon un enregistrement interne

L'ombre des visiteurs du Salon automobile de Genève près du stand Renault le 2 mars 2011
L'ombre des visiteurs du Salon automobile de Genève près du stand Renault le 2 mars 2011 - © Fabrice Coffrini

Renault avait conscience dès février de s'être fourvoyée dans un faux scandale d'espionnage, selon un document révélé par L'Express.fr et France 2 ce lundi qui atteste de façon accablante que le groupe avait choisi de licencier sans preuves les cadres mis en cause dans l'affaire.

Le constructeur automobile français avait aussi délibérément opté pour masquer cette absence de preuves aux enquêteurs de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), alors qu'il doutait déjà de la source présumée du responsable de sa sécurité à l'origine des accusations, selon ce document.

Lors d'une réunion le 14 février, ce responsable, Dominique Gevrey, mis en examen et incarcéré depuis, se retrouve pressé de fournir des preuves tangibles par le directeur juridique de Renault, Christian Husson, atteste un enregistrement diffusé au journal de 20 heures de France 2.

"Donne-nous des pistes, aide-nous à trouver la solution!", lui déclare M. Husson, appuyé par l'avocat de Renault, Me Jean Reinhart, selon le verbatim de la réunion publié sur le site internet de L'Express.

Les deux hommes s'inquiètent manifestement de n'avoir aucune trace écrite qui prouvent l'existence des présumés comptes bancaires en Suisse et au Liechtenstein, sur lesquels les trois cadres licenciés en janvier par le groupe sont accusés par la source de M. Gevrey d'avoir touché des pots-de-vin.

"Si on regarde avec un peu de recul le dossier, tout tient en une personne qui nous a donné des renseignements extrêmement précis (...) Est-ce que cette personne nous a baladés ? (...) Le scénario catastrophe peut exister", constate Me Reinhart, dans les échanges retranscrits sur L'Express.fr.

Dominique Gevrey défend bec et ongles son informateur supposé, mais refuse de livrer son nom, tout comme le rapport écrit dont il assure disposer.

A plusieurs reprises, selon L'Express.fr, il accuse Renault d'avoir "voulu aller trop vite", ce que rejette fermement son directeur juridique, invoquant "le principe de précaution".

"Le plus important, c'est qu'on retombe sur nos pattes sur la matérialité de l'existence de ces comptes", martèle Christian Husson, dans les échanges retranscrits sur le site.

"Si jamais la DCRI apprenait avant nous qu'il n'y a pas la soudure (ndlr, la preuve matérielle), là c'est la fin des haricots pour la boîte, pour Ghosn, pour tout le monde. Ca part en couilles mais grave! C'est la bombe atomique", ajoute-t-il, toujours dans le même document.


AFP
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