L'expérience coopérative des ex-Lejaby pourrait s'arrêter: pourquoi cet échec?

La belle histoire des "Lejaby" n'aura pas duré très longtemps. Muriel Pernin, qui pilote Les Atelières, devrait déposer le bilan vendredi matin
La belle histoire des "Lejaby" n'aura pas duré très longtemps. Muriel Pernin, qui pilote Les Atelières, devrait déposer le bilan vendredi matin - © JEFF PACHOUD - BELGAIMAGE

Si elle n'obtient pas les fonds nécessaires d'ici vendredi matin, Muriel Pernin va déposer le bilan des Atelières, la coopérative qui rassemble une vingtaine de ex-salariées de Lejaby et qui est spécialisée dans la confection de lingeries haut de gamme. Dans de tels dossiers, la réussite est très rarement au bout du chemin.

A la fin de l'année 2011, l'entreprise française de lingerie haut de gamme Lejaby met la clé sous le paillasson. Quelques mois plus tard, une vingtaine d'ouvrières licenciées décident de relancer leur atelier sous forme de coopérative. Ce beau rêve est sur le point de se terminer.

Si elle n'obtient par les fonds derrière lesquels elle court depuis des mois, Muriel Pernin, qui pilote l'atelier, déposera définitivement le bilan vendredi matin : "C’est simple, j’ai donné jusqu’à vendredi 9h30 ! Si à ce moment-là il n’y a pas de nouvelle, je vais au Tribunal de Commerce et je demande la liquidation de l’entreprise. Je ne demande même pas de passer par une étape intermédiaire de redressement judiciaire. Je vais dire : cela suffit ! Si cet atelier n’intéresse personne, si les métiers et le savoir-faire, qui sont soi-disant formidables, n’intéressent personne, stoppons toutes ces hypocrisies, disons les vraies choses et nous on arrête. Point barre ! "

Au-delà du cas particulier des "Lejaby" comme on les appelle en France, c'est le principe même de la relance d'une entreprise par ses salariés qui est en cause. Dans les années septante, en prolongement de mai 68, il y eu des tentatives célèbres. Les montres Lipp en France. En Belgique aussi quelques cas emblématiques comme les Textiles d'ère près de Tournai, les Sablières de Wauthier Braine ou encore le Balai libéré de Louvain-la-Neuve. Une rallonge d'espoir à chaque fois, mais autant d'échecs en finale.

Des obstacles multiples

D'abord en Belgique, les syndicats ont souvent été très réticents à voir les salariés devenir actionnaires et les patrons peu enclins à céder leur entreprise à tous leurs salariés. Ensuite, il y a une question de confiance vis-à-vis des partenaires d'une entreprise déjà fragilisée. Jacques Defourny, professeur d'économie à l'Université de Liège et spécialiste des coopératives : " Vous avez ce passage psychologiquement difficile à la fois des clients, mais aussi des banquiers qui n’ont plus un patron interlocuteur unique mais un collectif. Parfois il en sorte une personnalité charismatique mais qui n’est quand même pas celle qui, à titre personnel, va offrir des garanties. La banque n’est pas habituée à ce qu’un ensemble de travailleurs proposent une garantie quasi collective. In fine, vers qui se retourner ? ".

Donc il n’est pas évident de trouver des capitaux alors qu'en interne la prise de responsabilité n'est pas plus simple. Une question de compétence souvent mais aussi la difficulté de voir sortir des rangs un ou une salariée comme les autres qui devient en quelque sorte le patron de ses collègues. Marier démocratie et gestion n'est pas nécessairement évident.

Aucun encouragement

Cela dit, en principe, rien n'empêche que cela fonctionne si ces obstacles sont franchis. Sauf qu'en Europe et surtout en Belgique rien n'est fait pour encourager le système. Alors qu'aux Etats-Unis, la reprise par les salariés est très encouragée. Marc Mathieu, secrétaire général de la Fédération européenne de l'actionnariat salarié : " Aux Etats-Unis, es entrepreneurs ont été encouragés à transmettre leurs entreprises à leurs salariés avec deux incitants fiscaux très important. D’abord le chef d’entreprise n’est pas taxé sur le prix de la cession aux salariés et ensuite les entreprises contrôlées par leurs salariés ne payent pas d’impôt sur leurs bénéfices ". Rien de cela en Europe et en Belgique! Donc c'est très difficile de réussir une opération du style Lejaby!

Michel Visart

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK