Faut-il sortir du carcan budgétaire européen?

La Bureau fédéral du Plan a livré dernièrement son analyse chiffrée des priorités que lui ont soumises les partis politiques en vue des élections du 26 mai. Des priorités difficilement comparables mais les partis se retrouvent cependant sur un point : aucun ne respecte les critères du pacte de stabilité imposé par l’Union européenne. Alors, faut-il dire adieu à ce cap budgétaire européen ? Deux économistes s’affrontent.

Le Pacte européen de stabilité et de croissance a été mis en place pour que les états ne dérapent pas trop au niveau budgétaire… Ainsi, le déficit ne peut excéder (théoriquement) 3% du PIB et la dette publique, 60% du Produit Intérieur Brut. Mais pour Bruno Colmant, la réalité budgétaire s’impose et ces règles, désormais obsolètes, peuvent être flexibles au bénéfice d’investissements. "Il ne sera pas possible pour les états européens et pour la Belgique en particulier, avec 1% de croissance et des dépenses sociales qui augmentent notamment avec les pensions et les soins de santé, d’arriver à un équilibre budgétaire. Il faut réaliser que le contexte de Maastricht date d’il y a plus de 25 ans…" Bruno Colmant en veut pour preuve que la plupart des pays membres de l’Union ne parvient pas à respecter ces critères et à tendre vers l’équilibre budgétaire. "Le véritable risque c’est que si on s’en tient à cette rigueur, on va reporter sur l’emploi cette incapacité de pouvoir respecter l’ajustement", dit-il au micro de Soir première. Le problème selon l’économiste de la banque Degroof Petercam, c’est que dans ces fameux critères, toutes les dettes sont mises dans le même panier, alors que s’endetter pour investir, c’est de la "bonne dette" qui permet d’engranger de la croissance économique.

Pas si vite… et surtout pas à n’importe quel prix

Autre son de cloche du côté du chef économiste de d’Orcadia Asset Management. Pour Etienne de Callataÿ, il est possible de remettre en question certains dogmatismes budgétaires, mais à condition que ce soit pour de bonnes raisons.  "Et les bonnes raisons, c’est notamment le financement de la transition énergétique. En revanche si c’est pour augmenter le pouvoir d’achat, je pense que ce n’est pas une bonne idée" explique-t-il. Ce qui coince selon-lui, c’est que les investissements ont été comprimés dans le passé pour avoir un déficit conséquent mais pas pour favoriser les investissements… pour financer les dépenses courantes. "Nous avons utilisé ce seuil de 3% non pas pour investir pour les générations futures, mais pour bien vivre", une erreur selon l’économiste.  

"Donc oui a un investissement, mais un investissement tourné vers la transition, un investissement strict et l’approche européenne peut être ici utile : elle peut nous discipliner". Surtout pour Etienne de Callataÿ, il ne faut pas se faire d’illusions : il n’y aura pas plus globalement de pouvoir d’achat. Il pourrait être mieux réparti, mais c’est illusoire de la part des partis de promettre une hausse du pouvoir d’achat pour tous. "Avant de promettre plus de pouvoir d’achat aujourd’hui à la population, pensons aux générations futures", conclut l’économiste.   

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