Faut-il se méfier du géant chinois?

Près de 1,5 milliards de Chinois sont entrés dans l’année du cochon. 1,5 milliards de téléspectateurs potentiels pour suivre le traditionnel show télévisé diffusé par la télévision publique CCTV lundi soir. Musique, danse, chorégraphies et feux d’artifice étaient au programme. Un show qui donne aussi l’occasion à la Chine de montrer sa force, d’abord sa force humaine. Doit-on craindre la Chine, nous Occidentaux, nous Européens ?

Eclairage avec Pierre Defraigne, directeur exécutif du centre Madariaga-Collège d’Europe.

Face à la Chine,je ne sais pas si la crainte est une bonne façon de voir les choses ", estime Pierre Defraigne. " Quand on est confronté à des difficultés communes, comme sauver la planète, il est clair qu’il y a entre la Chine et nous beaucoup d’intérêts communs. Mais les difficultés vont grandissant, ajoute-t-il, elles sont de divers ordres et l’Occident ne réagit pas toujours de la même façon. "

Une si bonne croissance que ça?

L’économie se porte-t-elle réellement toujours aussi bien ? " On a une performance officielle qui dépasse les 6%, ce qui est tout à fait remarquable pour un pays de niveau moyen de développement ", explique Pierre Defraigne, ajoutant toutefois : " La réalité c’est qu’on n’est pas très sûr de ces chiffres ; ils sont contestés. Certains spécialistes disent que la Chine était quelque part en train de croître depuis un an à moins de 2%. C’est difficile à dire de l’extérieur. Ce qui est certain, c’est qu’elle subit le contre-choc des mesures commerciales américaines et à l’intérieur il y a une série de facteurs qui contribuent à réduire la croissance. "

Selon Pierre Defraigne, " il faut donc envisager une Chine qui va croître moins vite, mais en volume elle est tellement importante dorénavant — c’est la seconde économie du monde — que cette croissance, même ralentie, peut remorquer l’économie mondiale. Et de ce point de vue là, nous en avons aussi besoin. "

Face à Donald Trump

Un élément à ne pas mettre de côté : c’est la surprise de Xi Jinping face à Donald Trump. Le président chinois pensait se trouver face à un businessman, avec lequel on pourrait commercer. Il est finalement à l’opposé puisque Donald Trump est très protectionniste.

 " Je crois que Donald Trump veut simplement une chose, c’est-à-dire réduire le déficit et rapatrier des emplois en Amérique. C’est ça sa préoccupation première ", analyse Pierre Defraigne. " Mais il y en a une autre préoccupation derrière, ajoute-t-il, " qui est peut-être plus le fait de son administration, et qui s’inquiète de voir la Chine monter en puissance technologique, condition de sa puissance stratégique, et veut mettre le holà à toute une série de pratiques chinoises par lesquelles les Chinois arrivent à cette formidable expansion technologique. "

Espionnage industriel?

Huawei est dans l’œil du cyclone actuellement, parce qu’ils maîtrisent la technologie 5G et plusieurs pays occidentaux ont peur que le gouvernement chinois puisse les espionner via Huawei ou maîtriser leurs réseaux de télécommunications.

En conséquence, analyse Pierre Defraigne, " les Européens sont dans une position assez difficile parce que Huawei est un bon partenaire qui présente beaucoup d’intérêts au niveau de ses performances, au niveau de ses prix et de la fiabilité de sa technologie (…) il y a une inhibition dans le chef d’une série de pays européens. Du moment que les Américains mettent Huawei en accusation, ils rejoignent le troupeau et font comme eux. Mais est-ce que c’est vrai ? Franchement, moi je n’en sais rien. Je lis tout ce qu’il est possible de lire là-dessus et on peut faire des suppositions. Elles sont crédibles, mais pas certaines. "

Parce qu’au fond, pourquoi faire plus confiance à Google, Amazon ou Microsoft, et moins à Alibaba et Huawei ?

" Je pense qu’il y a chez nous un billet - en tout cas dans le chef des Européens - d’accepter que nous sommes soumis à une surveillance des grands Américains et de s’inquiéter tout de suite d’un risque possible du côté chinois ", estime Pierre Defraigne. " Nous sommes un peu asymétriques dans nos comportements et ça révèle aussi un manque de liberté intellectuelle dans notre chef ".

Mais quoi que l’on fasse - notamment sur le plan environnemental - on aura besoin de la Chine et des 1,5 milliards de Chinois.

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