Inflation: les prix à la consommation vont-ils augmenter en 2021 ?

Faut-il s'attendre à une augmentation des prix à la consommation en 2021 ?
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Faut-il s'attendre à une augmentation des prix à la consommation en 2021 ? - © Jonas Hamers / ImageGlobe - BELGAIMAGE

L’inflation ralentit : les prix n’ont que très peu progressé en 2020. Le taux d’inflation moyenne annuelle s’est élevé à 0,74% – presque deux fois moins que les 1,47% de 2019. Cela signifie concrètement que les prix continuent de progresser à la hausse, mais moins rapidement qu’il y a un an.

Statbel vient de publier ses dernières données sur l’évolution des prix à la consommation. L’occasion de faire le tour des hausses – et des baisses – les plus marquées. Et de répondre à la question qui vous hante sans doute : les prix vont-ils s’emballer l’année prochaine ?

Aliments en hausse

L’évolution du prix des légumes frais (+3% en un an), viande (+1,9%), et poissons et fruits de mer (+6,8%) ont tendance à confirmer le ressenti de nombreux consommateurs : côté alimentation, la hausse des prix est sensible depuis 12 mois. Les raisons sont multiples, et dépendent du produit concerné. Entre les cours des produits agricoles sur les marchés internationaux (qui ont leur logique propre) et des effets saisonniers, le bouleversement des habitudes de consommation a-t-il joué un rôle dans l’augmentation des prix ?

Les Belges ont été davantage faire des courses pour se préparer à manger chez eux.

Outre l’interdiction temporaire des promotions dans les supermarchés – mesure qui a eu un effet indéniable sur les prix constatés, Philippe Ledent, chef économiste chez ING répond par l’affirmative : "il y a sans doute eu une pression sur certains produits de consommation courante, alimentaire. Ce qui s’est traduit par une légère inflation – quelques petites pressions à la hausse".

"Il ne faut pas oublier que, compte tenu des restrictions, les Belges sont allés davantage faire des courses pour se préparer à manger chez eux. Parfois, ils auront été poussés à ne pas acheter leurs produits habituels, mais plutôt un produit de marque - le produit premier prix étant indisponible en rayon. Cela aussi est capté par l’inflation".

Energie en baisse

Les prix de l’énergie par contre, se sont effondrés ces derniers mois. Statbel détaille :

  • L’électricité coûte désormais 4,5% moins cher qu’il y a un an.
  • Le gaz naturel coûte 8,4% de moins en glissement annuel.
  • Le prix du gasoil de chauffage, lissé sur 12 mois, a reculé de 27,7% en l’espace d’un an.
  • Les carburants coûtent désormais 7,7% de moins qu’un an auparavant.

En période de chute d’activité, c’est très loin d’être une surprise, pour Philippe Ledent: "en avril dernier le prix du baril est tombé sous les 20 dollars. Le choc de la crise du Covid a engendré une chute de la demande de pétrole à travers la planète, ce qui s’est traduit par une chute des prix, in fine sur l’ensemble des prix énergétique – qui sont toujours, d’une manière ou d’une autre, corrélés aux prix du pétrole".

Et pour 2021 ?

Bon, et pour l'année prochaine? La relance économique espérée va-t-elle être synonyme d'emballement des prix? La banque Belfius table sur un premier semestre 2021 difficile pour l’économie de la zone euro. Et selon une récente note de prévision cela impliquerait, malgré les perspectives de vaccination et les budgets de relance, qu’il "faudra probablement attendre plusieurs années pour pouvoir rattraper le retard économique, ce qui risque de maintenir la pression inflationniste dans la zone euro à un faible niveau durant un certain temps encore".

Le principal moteur de pression inflationniste, c’est l’évolution des salaires. Et ce n’est pas en 2021 que les salaires vont fortement progresser.

Concrètement, la banque prévoit une inflation de 1%, puis de 1,3% en 2021 et 2022 dans la zone euro – ce qui est très loin d’être impressionnant.

Pas de pression inflationniste

La première réponse est donc "non", d’un point de vue économique. "Comme on s’attend à ce que l’économie reprenne l’an prochain, mais n’atteigne pas son niveau d’avant crise, cela veut dire qu’il devrait toujours y avoir un manque d’activité", explique Philippe Ledent. "Et quand on a un manque d’activité, normalement il y a peu de pression inflationniste. Le principal moteur de pression inflationniste, c’est l’évolution des salaires. Or, on imagine bien que ce n’est pas en 2021 que les salaires vont fortement progresser". Précisément en raison de ce manque d’activité économique.

Sauf de manière temporaire

Cela étant dit, l’économiste anticipe deux moments de "pression inflationniste temporaire". D’abord en avril 2021, "parce que précisément les cours du pétrole étaient au plus bas en avril 2020, un an plus tôt. Ils devraient probablement se situer entre 40 et 50 dollars en avril 2021. Cela veut dire que sur an, les prix du pétrole auront très fortement progressé.

"Et cela se traduira par une inflation subitement plus élevée en avril en raison de cette comparaison". Une inflation élevée qui ne serait en rien due à une augmentation soudaine des prix des carburants en avril, mais bien à leur niveau très faible de 2020.

Un peu plus d’inflation en 2021, mais rien de très fort.

Ensuite, poursuit Philippe Ledent, "quand viendra, on l’espère, le moment de délivrance par rapport au Covid, quand il n’y aura plus aucune restriction, on peut s’attendre à un boom de la consommation, qui générera sans doute une pression inflationniste temporaire, tout simplement parce que les commerçants et les restaurants ne pourront pas servir tout le monde. Donc oui, un peu plus d’inflation en 2021, mais rien de très fort".

On vous résume ? Les prix ne devraient pas s’emballer en 2021. Et attention aux effets statistiques qui pourraient laisser croire le contraire – des "augmentations" surtout dues à des statistiques 2020 abyssales.

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