Faut-il réduire le temps de travail pour augmenter le taux d'emploi? Et comment le financer?

Faut-il réduire le temps de travail pour augmenter le taux d'emploi? Et comment le financer?
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La réduction du temps de travail est-elle une solution, voire un passage obligé pour réformer le marché du travail ? C'est le paradoxe belge : à la fois un faible taux d’emploi, inférieur à la moyenne européenne, et énormément de postes vacants qui ne trouvent pas preneurs.

Premier constat, il y a aujourd’hui une polarisation du marché du travail. Les différences en matière d’emploi se creusent, avec en plus, pour Marc De Vos, fellow partner à l’Institut Itinera, un ascenseur social en panne : "Je crois que l’enjeu principal est de reconnaître qu’il y a des différences énormes au sein de la population. Il y a des inégalités qui se creusent entre groupes, entre régions, entre les villes et la campagne. La protection sociale classique ne réussit pas à amener les gens vers un processus, vers une trajectoire d’escalator qui permet la progression au sein d’une vie, même à travers des générations ; une tendance qui est déjà présente pendant plusieurs décennies dans notre pays, mais qui, comme les élections les plus récentes le démontrent, risque à un moment donné de tout bloquer. Ajoutez à cela une différenciation de l’emploi, qui fait que l’offre, ce qui est disponible sur le marché de l’emploi, risque encore d’aggraver les inégalités".

Parce qu’il y a de plus en plus de demandes en emplois très hautement qualifiés d’un côté, stables et rémunérateurs, et de moins en moins qualifiés de l’autre.

Comment fait-on alors pour réformer le marché du travail et pour réduire ces fameuses inégalités?

La question était au centre d’une conférence mardi avec plusieurs économistes de différentes tendances, plusieurs idées émises aussi, dont une, à la fois d’actualité et loin de faire l’unanimité : la réduction du temps de travail. On en parle souvent. Mais côté patronal, on considère toujours que c’est infinançable aujourd’hui : historiquement, les réductions du temps de travail ont été largement financées par des gains de productivité dans une économie industrielle.

Nous sommes aujourd’hui dans une économie plutôt tertiaire, où ces gains de productivité sont beaucoup plus limités. Mais pour Bernard Conter, chargé de recherche à l’Iweps, d’autres sources de financement sont tout à fait envisageables : "Globalement, on doit d’abord constater que notre économie est très riche ; le PIB a doublé au cours des 25 dernières années. Dans cette richesse, le partage entre salaires et profits, la part salariale a tendance à diminuer. Il y a donc sans doute à chercher une manière de financer la réduction du temps de travail. On pourrait peut-être aussi rediriger ou réutiliser des moyens financiers que l’on dégage dans des politiques actuelles, comme la modération salariale, plutôt que de penser qu’elle peut être simplement utile au développement de l’emploi. La conditionner à des créations d’emplois associées à la réduction du temps de travail pourrait être une piste intéressante".

Mais cette réduction du temps de travail aurait un coût pour la collectivité, ne serait-ce que parce qu’elle serait mécaniquement associée à une diminution des cotisations sociales, et en même temps, cette réduction entraîne aussi des effets retour par la diminution du chômage — plus d’impôts perçus, moins de dépenses sociales.

En France, par exemple, le passage aux 35 heures/semaine il y a 20 ans fait partie de cet historique de réduction du temps de travail. La mesure reste aujourd’hui encore en travers de la gorge du banc patronal, mais la mesure a créé 350.000 emplois au prix de 9000 euros par emploi créé, ce qui peut en fait être considéré comme tout à fait raisonnable.

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