Faut-il faire augmenter le taux d'inflation?

La Banque centrale européenne (BCE) tient ce jeudi une réunion attendue de politique monétaire. L’institution, basée à Francfort, maintient ses objectifs d’inflation à presque 2%, mais nous en sommes très loin pour l’instant, puisque l’inflation en zone euro n’était que de 1,3% au mois de juin. Certains économistes sont absolument convaincus qu'il faut que les prix augmentent, au risque de froisser le consommateur. Ils ne sont pas convaincus de la nécessité d’une inflation galopante, mais plutôt autour de 2% d’augmentation globale des prix par an. Éric Dor est directeur des études économiques à l’école de commerce IÉSEG et, pour lui, cette conviction de la nécessité de prix qui augmentent est alimentée par une crainte : la crainte que sans inflation les revenus n’augmentent pas et que les emprunteurs — entreprises, États ou particuliers — aient alors des difficultés à rembourser leurs dettes. "Pour donner un exemple, on peut supposer que votre ménage ait un remboursement hypothécaire — pour un emprunt pour acheter une maison — de 1000 euros par mois. Dans le temps, avec l’inflation qui était assez forte et les salaires indexés sur l’inflation, ces 1000 euros par mois devenaient très vite une part de plus en plus faible des revenus de votre ménage. C’était donc de plus en plus facile à assumer. Par contre, si les salaires n’augmentent plus parce que les prix n’augmentent plus, ou pire encore, si les salaires devaient commencer à baisser parce que les prix eux-mêmes baissent, la charge de cette dette deviendrait très difficile".

Et il en va de même pour les recettes fiscales des États, qui augmentent ou non en fonction de l’inflation qu’il y a ou non. Voilà pourquoi la plupart des banques centrales pensent qu’il faut insuffler un peu d’inflation dans l’économie.

Du côté des consommateurs, par contre, c’est clair, il n’y a aucun intérêt à voir de l’inflation, puisqu’elle est très clairement défavorable au pouvoir d’achat. Cette question de l’inflation comme un objectif à rechercher ne fait pas du tout consensus entre économistes. Il y en a qui sont absolument convaincus qu’il ne faut surtout pas lutter contre une baisse des prix et qui prennent en guise d’exemple des périodes passées, à la fois de prospérité et de baisse des prix.

Le paradoxe de l'inflation

Ce n’est donc pas l’avis de la Banque centrale européenne, pour qui il faut une augmentation de ces prix. Mais aujourd'hui ce n'est pas facile de créer de l’inflation, estime Eric Dor parce que, selon lui, si l’inflation est basse actuellement, c’est pour des raisons qui échappent au contrôle de la Banque centrale européenne : "Pourquoi est-ce que l’inflation est très basse actuellement ? C’est un peu aussi le résultat des politiques que nous avons voulues. On a voulu par exemple en Europe intensifier la concurrence pour avoir des meilleurs prix, des prix plus bas pour les consommateurs. On voit la transformation du commerce avec le commerce électronique, les plateformes comme Amazon, comme Airbnb, comme Uber. Tout ça a tendance à faire baisser les prix dans ces différents secteurs. On a voulu internationaliser le commerce mondial, donc nous importons énormément de pays à très bas salaires, et ça, ça ne va pas changer, quoi que fasse la Banque centrale européenne. Les banques centrales aujourd’hui ont donc beaucoup moins de leviers d’action sur les prix".

Il y a là un paradoxe de l’inflation. D’un côté, une politique de concurrence internationale a réussi à faire baisser les prix, très bonne nouvelle pour le consommateur, mais de l’autre, la Banque centrale européenne voudrait une inflation, une augmentation des prix plus soutenue qu’aujourd’hui, sans en avoir réellement les moyens.

Il est indéniable que la politique monétaire de la BCE a soutenu l’économie de la zone euro ces dernières années et c’est même sans doute le seul facteur à avoir réellement été efficace ces dernières années, mais le risque à rechercher une inflation qui ne vient pas, à maintenir trop longtemps trop bas des taux d’intérêt, c’est que l’on crée des bulles immobilières ou financières par exemple, et donc aussi une certaine forme d’instabilité financière.

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