Faillites : une "bonne petite crise" pour nettoyer l'économie ?

"Les économies ont de temps à autre besoin d’une vague d’assainissements ". Une bonne petite crise pour nettoyer tout ça ? Des propos de Marc Raisière, patron de Belfius font polémique. Au point de susciter des appels au boycott de la part de certains acteurs de l’Horeca. Le CEO a entre-temps présenté ses excuses par voie de communiqué. Mais a-t-il vraiment tort ?

La question des faillites n'est pas une question de principe, c'est une question de quantité.

Qu’a-t-il affirmé ? En substance, que les faillites qui vont arriver dans l’Horeca ne sont en somme, pas si grave que cela pour l’économie. Dans Trends/tendances, à la question de savoir s’il craint une vague de faillites cette année, quand les mécanismes d’aides prendront fin, le CEO de Belfius répond ceci :

D’autres naîtront sur leurs cendres

"Bien sûr qu’il y aura des faillites ! Mais n’avions-nous pas trop de cafés et de restaurants en Belgique ? Etaient-ils tous rentables ? Etaient-ils tous viables, sans avoir recours au noir ? Les économies ont de temps à autre besoin d’une vague d’assainissements. Est-ce grave? Pour leur propriétaire et leur personnel, certainement, mais pas pour l’économie. D’autres naîtront sur leurs cendres. De nouvelles activités se créeront ".

30% de faillites en moins en 2020

La question n’est pas de savoir s’il y aura des faillites cette année. Pour rappel en 2020, c’est 30% de faillites en moins qui ont été prononcées qu’en 2019. Les secteurs ont été mis sous cloche, et le sont parfois encore. Les faillites vont arriver, "c’est inéluctable", pour Xavier Dupret, économiste à la fondation Joseph Jacquemotte.

Faillites inéluctables

"La question n'est pas une question de principe, c'est une question de quantité. Les faillites font partie de la vie normale d'une économie de marché. Il existe un cycle des affaires dans lequel il y a des faillites, des entreprises qui se créent. Et globalement, c'est un mouvement de création-destruction perpétuel. C'est comme ça que fonctionne l'économie".

Vers un rétrécissement du crédit?

Mais se limiter à cela, en temps de crise sanitaire et économique majeure, "c'est un peu léger", prévient-il. "Il faut se rendre compte que si le niveau des faillites est trop important, c'est l'ensemble de notre économie qui sera mis en péril. Si vous avez une vague de défauts de paiements importante de la part des entreprises, vous allez observer ce qu'on avait observé durant la crise financière de 2007-2008 : un rétrécissement du crédit, ce qui signifie moins de prêts aux ménages pour consommer, moins de prêts aux entreprises pour produire et dès lors, un taux de croissance fortement anémié".

"Assainissement économique" ?

Or, nous ne savons pas encore quels dégâts, temporaires ou définitifs seront infligés au tissu économique belge. Mais peut-on vraiment parler d’"assainissement économique" avec des faillites - est-ce que forcément de nouvelles activités vont se créer là où d’autres auront disparu, en particulier dans l'Horeca, dont certains affirment que les établissement sont trop nombreux en Belgique ? 

Il n'est pas dans la responsabilité d'un banquier de définir une politique économique des entreprises

La conviction des faillites qui renforcent

La conviction, ici évoquée dans les propos de Marc Raisière - et il n'est pas le seul, c'est que laisser tomber en faillite certaines entreprises en grandes difficultés, déjà au bord de la faillite, cela libérerait du capital et des travailleurs pour d’autres entreprises plus efficacesCette conviction est qu'en définitive, certaines faillites contribuent à renforcer plus qu'à déforcer le tissu économique. Xavier Dupret tient à la nuancer.

Une économie ne peut pas tourner uniquement avec des secteurs de pointe.

D'abord, parce que selon lui, avec les faibles taux de croissance en Europe depuis 10 ans, toutes les entreprises qui disparaissent ne seront pas remplacées. Ensuite parce que de nombreuses entreprises même fortement endettées subsistent malgré tout. "Il est très clair que l’Horeca n’est pas un secteur à très forte valeur ajoutée. Mais une économie ne peut pas tourner uniquement avec des secteurs de pointe".

Marc Raisière a énoncé une vérité

"Il faut se rendre compte que ces entreprises offraient un profil de rentabilité, qui n'était effectivement pas un taux de return à deux chiffres avant la crise du coronavirus, mais elles s'en sortaient. Ces toutes petites entreprises donnaient du travail à deux, parfois trois salariés, et permettaient à un patron d'en vivre". Faut-il dès lors tenter d'éviter coûte que coûte, toutes les faillites, en ce compris dans l'Horeca?

La responsabilité du politique

"Je pense que Marc Raisière a énoncé une vérité. On sait qu'il y aura des faillites. Je crois qu'il n'est pas dans la responsabilité d'un banquier, fût-il brillant, de définir ce qui doit être une politique économique à l'égard des petites et moyennes entreprises. Ça, c'est une responsabilité du politique et la dimension financière n'est pas la seule qui doit intervenir pour justifier une action des pouvoirs publics. Il y a des critères de stabilité macroéconomique et il y a des critères sociaux aussi. Et ça, c'est la responsabilité du politique".

Pour répondre aux questions suivantes :  faut-il utiliser de l’argent public pour maintenir en vie toutes les activités économiques ?

Et si oui, combien d’argent public pour quelles activités ? Et si non, que prévoit-on pour soutenir les personnes concernées, et ne pas éluder la dimension sociale intimement liée à celle des faillites. Il s'agit bien de questions politiques.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK