Fabrice Brion, patron de l'entreprise belge de l'année: "Il faut un triple équilibre entre l'économie, l'humain et l'environnement"

Ce lundi, l’entreprise montoise I-Care a reçu le prix de l’Entreprise de l’année. Cette distinction, la plus prestigieuse pour une firme belge, a été remise par le Premier ministre Alexander De Croo. Le patron d’I-Care, Fabrice Brion, a partagé son expérience et sa vision de l’avenir de l’économie wallonne au micro de Thomas Gadisseux.  

Définie comme le Doctor House” de la maintenance industrielle, I-Care est spécialisée dans la gestion de l’état de santé des machines industrielles. 16 ans après sa fondation, Fabrice Brion, est loin de se considérer “un médecin” de l’industrie. “Je n’ai pas la prétention de faire ce que les soignants ont fait pour l’humain ces six derniers mois qui est absolument fantastique, mais à notre niveau, on intervient sur les industries pour faire en sorte que l'équipement soit plus sûr, plus productif et plus respectueux de l'environnement". 

La crise, cet accélérateur d'innovation

D’origine polonaise, Fabrice Brion a fondé son entreprise en 2004: elle fait partie du pôle MecaTech créé par le plan Marshall. Aujourd’hui, l’entreprise montoise est active dans 12 pays aux quatre coins du monde. Cette longue expérience lui a fait acquérir un regard spécifique sur les perspectives du secteur économique wallon. La crise du coronavirus a révélé un besoin de pouvoir changer de paradigme. Elle a montré que les technologies étaient bel et bien présentes, mais elles n'étaient peut-être pas encore adaptées à cause d'anciennes habitudes qu'il fallait changer. La crise a été donc un véritable accélérateur de l’adaptation aux nouvelles technologies”.

Lors que son entreprise se base sur l’intelligence artificielle, Fabrice Brion estime que celle-ci ne remplacera jamais l’humain, qui, au contraire, devient de plus en plus important aujourd’hui. “Tout d’abord, je préfère parler d’intelligence augmentée, ce qui est différent d’intelligence artificielle, puisque l’humain doit rester au centre. L’intelligence augmentée donne simplement à l'humain des outils plus performants pour prendre la bonne décision”. Pour l’entrepreneur, on est donc loin de remplacer l’homme par les robots, malgré l’existence de réelles craintes vis-à-vis du développement des technologies: “Je me battrai pour que l’homme ne soit pas remplacé par des machines”, affirme-t-il C’est toujours l’homme qui doit avoir le dernier mot. Qui plus est, la crise sanitaire a montré que les entreprises ne peuvent pas se concentrer uniquement sur l'économie mais qu'elles doivent investir aussi dans l’humain et l’environnement”.  


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Pour l’entrepreneur, c’est justement l’équilibre entre économie, humain et durabilité qui va permettre de rebondir. “Il est important de garder à l'esprit ce triple équilibre, puisqu’il faut faire de l’argent pour le réinvestir dans l’environnement et dans l’humain et son bien-être, que ce soit au travail ou en dehors de celui-ci. Alors que depuis quelques années, plusieurs voix se lèvent pour demander de changer le modèle économique traditionnel, tous, du moins en Wallonie, ne sont pas prêt sà le faire. “On doit être prêt, parce que, que ce soit des fonds d’investissements, des banques ou des fonds souverains des Etats, de plus en plus d'investisseurs accordent de l'importance à la responsabilité sociétale, c'est-à-dire à l’impact humain et environnemental de l'activité économique. Celui qui n’est pas prêt n’a pas de moyens à sa disposition à l'avenir”, détaille l’entrepreneur. 

La durabilité comme clé de l'économie du futur

S’il exprime cette conviction, c’est que ses voyages d’affaires aux quatre coins du monde confirment ce constat. “Quand j’ai été à Houston, aux Etats-Unis, pour visiter nos bureaux, j’ai pris conscience que aucune banque n’investit plus dans le secteur du pétrole et qu’on donne de plus en plus de place aux start-up avec une vision sociétale et à long terme, alors que la ville de Houston est dans l'imaginaire collectif liée au pétrole”. En Europe, ce basculement est en cours et pour la Wallonie, il ne faut pas perdre espoir, considère le patron. “En Wallonie, on a tendance à se sous-estimer, alors qu’on n’a pas à rougir des entreprises qu’on a et qu'on doit y croire et s'investir”.  

“On doit rêver, mais sans prendre la grosse tête”

Ce qui manque à la Wallonie, pour rebondir, peut s'exprimer par une métaphore que le patron définit comme celle des “racines et des ailes : “Il ne faut pas avoir peur d'avoir des ambitions, qui sont des ailes de la croissance de l'entreprise wallonne, mais aussi rester humble et garder les pieds sur terre et voir de là où on part”. Autrement dit, “on doit rêver, mais sans prendre la grosse tête”.  

Ainsi, selon Fabrice Brion, les entreprises, aidées par les politiques, qui fixent le cadre et donnent confiance aux ménages et aux investisseurs privées, peuvent évoluer. La clé ? La confiance. “Très difficile à instaurer et très facile à casser”, selon l’entrepreneur. Aujourd’hui, et notamment par temps de crise, “nous avons tous ont un rôle à jouer pour l’instaurer : les décideurs politiques, les médias, les entreprises.  

 


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A l’heure où bon nombre d’entreprises wallonnes doivent exporter et sortir rapidement du marché domestique, cette expérience est également une chance qui, selon le patron, permet d'acquérir de l’expérience et rester compétitif. Pour inverser la tendance et inclure l'environnement dans l'économie, il faut changer de cap. “Quand toutes les décisions sont prises sur base de l’économie, il est normal de délocaliser, alors que si on prend en compte l’impact humain et environnemental, la relocalisation est une évidence”, analyse Fabrice Brion. Sans compter que "dans un monde digital, le marché est désormais étendu au monde entier".

Quant au monde d’après coronavirus, Fabrice Brion voit un avenir prometteur: “je suis un éternel optimiste et si cet optimisme sert à restaurer la confiance, ce sera tout cela de gagné".

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