Etre une femme dans le business, ce n'est pas (encore?) un cadeau

Indépendante de caractère et de profession Valérie Kinoo a lancé l'espace de coworking "Les Galeries" au cœur de Bruxelles. C'est elle qui le dit, être une femme ne facilite pas les choses, notamment avec les banques.
Indépendante de caractère et de profession Valérie Kinoo a lancé l'espace de coworking "Les Galeries" au cœur de Bruxelles. C'est elle qui le dit, être une femme ne facilite pas les choses, notamment avec les banques. - © Tous droits réservés

Combiner boulot et vie de famille reste encore plus compliqué pour une femme que pour un homme. Et c'est encore plus vrai pour les femmes qui choisissent d'être indépendantes ou qui deviennent patronnes d'une entreprise car les freins restent nombreux

C'est pour les soutenir que deux ministres, Willy Borsu et Maggie De Block ont présenté un plan pour l'entreprenariat féminin. Avec deux mesures phares: d’une part porter le congé de maternité de huit à douze semaines, avec la possibilité de le prendre à mi-temps et, d’autre part, exonérer du paiement des cotisations sociales avec maintien des droits pour les trois mois après l'accouchement. Des mesures qui coûteront 12 millions d’euros par an à l’Etat.

De telles dispositions sont certainement très utiles, mais elles ne vont pas régler le fond des problèmes car les freins restent multiples et il faut du temps, beaucoup de temps pour les effacer.

Stressants les enfants

Quand Fabienne Delvigne décide de se lancer à son compte comme modiste, la famille freine.

Pourquoi ce risque après des études garantissant une voie ? Elle saute le pas, mais c'est la vie de famille qui la rattrape : " Quand vous avez un stress vraiment important, un deadline très précis avec un enfant malade à ce moment-là, vous êtes face à une situation difficile. Vous essayez d’être multifonction malgré tout et de pouvoir tout fait. Mais on a assez souvent des frustrations de ne pas pouvoir être encore plus disponible à sa famille parce que l’on voudrait toujours donner plus ".

Toujours donner plus... à ses enfants bien sûr et c'est là que cela coince. Dans la tête parfois, en pratique souvent parce que le partage des tâches n'est pas toujours une réalité.

Stop à la culpabilité

A 21 ans, Fabienne Golinvaux n'a pas le choix, elle reprend l'entreprise familiale dans le secteur très machiste de la construction. Elle réussit, elle est aujourd'hui présidente de la Confédération Construction. Voilà ce qu'elle retient comme enseignement par rapport à la famille : " Ce qui est très important à l’intérieur d’une famille et d’un couple, c’est que le conjoint vous aime comme vous êtes, qu’il accepte ce partage entre le côté professionnel et le côté familial. C’est aussi que l’on dédramatise le problème par rapport aux enfants. Quand j’étais très jeune, je me culpabilisais beaucoup par rapport à l’éducation que j’allais donner à mes enfants mais j’ai constaté qu’au contraire mes enfants, qui ont toujours vu une maman dynamique, ont des capacités d’organiser, de créer des rêves et de les concrétiser et ont donc reçu plein de positif également ".

Moins de crédit

Un message encourageant, mais il n'y a pas que la famille. Valérie Kinoo a lancé l'espace de coworking " Les Galeries ", au coeur de Bruxelles. Le regard des partenaires, notamment les banques, est-il identique pour les femmes et les hommes? Voilà sa réponse : " Non, je ne pense pas. Je pense que c’est toujours un désavantage d’être une femme et d’ailleurs les chiffres le montrent, il y a beaucoup moins de femmes qui obtiennent des prêts que les hommes. Pour moi, cela a été très compliqué. Beaucoup de banques ont refusé ". Et on vous a dit que c’est parce que vous êtes une femme ? " Non, je ne pense pas que c’est quelque chose qui puisse se dire ".

Les préjugés, le poids des décennies, des habitudes, de la cooptation masculine, tout cela est encore très lourd et bien ancré dans nos mentalités. Des deux côtés ! A l’entrée de la conférence de presse des ministres Borsus et De Block sur l’entreprenariat féminin, j’ai été accueilli ainsi par une des participantes : " Vous êtes là ? C’est un sujet qui vous intéresse ? ". Mais oui, chère Madame ! Journaliste, ce n’est ni masculin, ni féminin…

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