Etienne de Callatay: les mille milliards de Apple ne sont pas une garantie pour l'avenir

Etienne de Callatay: On ne peut pas dire qu’aujourd’hui la valorisation boursière d’Apple soit  démesurée. Ce n’est pas parce que l’on paye 50 ou 100 fois les bénéfices d’Apple que c’est outrageusement cher".
Etienne de Callatay: On ne peut pas dire qu’aujourd’hui la valorisation boursière d’Apple soit  démesurée. Ce n’est pas parce que l’on paye 50 ou 100 fois les bénéfices d’Apple que c’est outrageusement cher". - © Tous droits réservés

On l’a assez dit : Apple est la première entreprise à dépasser le seuil symbolique des 1000 milliards de capitalisation boursière. Plus exactement la première entreprise privée. Et donc la plus chère au monde. Est-ce démesuré par rapport à la valeur réelle de l’entreprise ?

Pour l’économiste Étienne de Callatay, il y a deux explications potentielles à une telle capitalisation. "La première est une folie boursière, et la deuxième serait la taille de l’entreprise, et en particulier de ses bénéfices. "Dans le cas d’Apple, l’économiste retient plutôt la seconde explication."On ne peut pas dire qu’aujourd’hui la valorisation boursière d’Apple soit  démesurée. Ce n’est pas parce que l’on paye 50 ou 100 fois les bénéfices d’Apple que c’est outrageusement cher".

Apple dans la moyenne de la Bourse américaine

Le poids financier de la société est représentatif de sa vraie valeur. "Aujourd’hui, Apple n’apparaît pas plus cher que la Bourse américaine dans sa moyenne. On ne peut pas dire que tous les investisseurs et les épargnants se précipitent pour acheter des actions Apple en faisant fi de toute considération de ce qu’on nomme la valorisation fondamentale de l’entreprise."

L’importance des bénéfices

Le premier facteur explicatif de cette valorisation est bien la taille des bénéfices de l’entreprise, constate Etienne de Callatay. "Et il y a un lien entre la taille des bénéfices et la taille du chiffre d’affaires de l’entreprise. Ce qui frappe le plus chez Apple, c’est l’importance des bénéfices."

Comme Nokia jadis

Et cela a un impact spécifique sur l’indice Nasdaq, qui est l’indice technologique de la Bourse de New York. "Le poids de l’action Apple est conséquent, ça a déjà donné lieu dans le passé — parce que ce n’est pas la première fois que cette problématique se pose — à des actions. En 2011, le poids d’Apple dépassait 20% de l’indice, et des mesures ont été prises pour le ramener à une bonne dizaine de pour cent. On est dans le même genre de circonstance aujourd’hui, mais ce n’est pas problématique en soi. Souvenons-nous d’un autre géant de la technologie, Nokia, qui à une époque faisait largement plus de la moitié de l’indice boursier. Bien sûr, c’était de la Bourse d’Helsinki en Finlande, donc une plus petite Bourse, mais le poids d’une action dans un indice, on ne cherche pas à ce qu’il soit le plus grand, mais ce n’est pas un problème sociétal si on a cet ordre de grandeur là. "

Le spectre de la concentration

L’énormité des montants pourrait en revanche faire naître des craintes à l’égard de Apple et des nouveaux géants du marché comme Google. Pour l’instant, analyse l’économiste, "c’est une véritable préoccupation et de nombreuses personnes, tout en étant des défenseurs de l’économie de marché, pointent du doigt le grand risque que ferait peser sur le fonctionnement de ces économies de marché cette tendance que l’on observe à la concentration aux mains de quelques entreprises dans différents secteurs." Et même d’une seule entreprise lorsque l’on pense à Google dont la position n’est rien moins que dominante en matière de recherche sur Internet.

Risques d’effets pervers

Pour Etienne de Callata, c’est problématique dans la mesure où cela n’est pas conforme au modèle de la concurrence. Avec le risque de mener à des effets tout à fait pervers, en particulier du point de vue du consommateur : " À partir du moment où vous êtes le seul à fournir un bien ou un service, vous pouvez vous permettre de fournir un bien ou un service de piètre qualité à un prix astronomique. Dans le cas d’Apple, c’est peut-être moins préoccupant que pour une situation comme Facebook ou comme Google, parce qu’Apple a des concurrents directs — qui ne sont pas hyper nombreux — dans la production de smartphones notamment, beaucoup plus, par exemple, que Google n’a de concurrents effectifs dans la recherche sur Internet. ". Une illustration en est donnée par le cas du constructeur chinois Huawei qui vient de devenir le deuxième vendeur de smartphones dans le monde, reléguant Apple à la 3ème place.
 

Mais le poids financier ne garantit jamais l’avenir, commente Étienne de Callatay : "On a vu des entreprises extrêmement riches du point de vue de la  capitalisation boursière connaître des jours malheureux. Je citais l'exemple de Nokia (ndlr : qui a manqué le passage du GSM au smartphone). Si, demain, les consommateurs choisissaient d’acheter autre chose parce que la mode aurait changé ou à cause de développements technologiques plus favorables chez d’autres acteurs, Apple pourrait aller mal. Pour une entreprise, une capitalisation boursière élevée est plutôt un avantage qu’un handicap, mais ça ne la met pas du tout à l’abri d’une évolution réglementaire — mais je ne la sens pas venir — ni d’une évolution dans l’humeur des consommateurs et dans la technologie. "
 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK