Etats-Unis: la création du 1er syndicat d’Amazon aux Etats-Unis se joue en Alabama

Une pièce majeure du droit du travail se joue en Alabama, aux Etats Unis. Les 5800 salariés du site Amazon de la petite ville de Bessemer vont décider s’ils seront représentés par le puissant syndicat de la distribution RWDSU, le Retail Wholesale and Department Store Union. Si le "yes" l’emporte, ce sera la première fois que des travailleurs d’Amazon seront représentés par un syndicat aux Etats-Unis, une révolution chez le géant mondial de la vente en ligne. Mais bien malin qui peut prédire l’issue de la consultation.

Un parcours du combattant

Le referendum, un vote par correspondance, s’achève ce 29 mars, après plusieurs mois de campagne pendant laquelle les militants du grand syndicat américain de la distribution se sont mobilisés. Ils ont d’abord dû obtenir les signatures de 30% des salariés afin d’organiser un referendum sur la présence d’un syndicat sur le site. Le nombre de signatures a été atteint et un referendum convoqué par correspondance.

La question posée aux travailleurs de Bessemer peut étonner de ce côté-ci de l’Atlantique, mais on oublie que l’Europe et singulièrement la Belgique et l’Autriche sont des paradis vers lesquels les syndicats américains lorgnent ; des pays où les conventions collectives de travail sont légion et où le taux de syndicalisation des travailleurs est important.

10,3% des travailleurs syndiqués aux Etats-Unis

En Belgique, 1 travailleur sur 2 est syndiqué. Rien de tout cela aux Etats-Unis où le taux de syndicalisation était évalué à 10,3% en 2019. Pourtant, selon l’institut de sondage américain Gallup, la même année, 64% des Américains avaient une opinion favorable des syndicats. Les freins sont considérables.

"C’est un moment important pour les travailleurs d’Amazon Bessemer", analyse le secrétaire confédéral de la Confédération européenne des syndicats, Ludovic Voet, "car la direction d’Amazon fait tout pour empêcher l’émergence d’un syndicat dans ses murs en utilisant des pratiques antisyndicales. Des vidéos vantant les conditions de travail ont été réalisées, des affiches apposées… jusque sur les murs des toilettes ! La direction d’Amazon Bessemer a même demandé aux autorités locales de réduire le temps d’attente au feu rouge située sur la voirie en face de son parking, pour empêcher les militants de RWDSU de s’adresser aux automobilistes quand ils attendaient que le feu passe au vert."

Bessemer fait avancer la cause syndicale

Le climat en dit long sur l’enjeu. Un résultat favorable permettrait non seulement de mettre en place un interlocuteur social sur le site de distribution Amazon en Alabama, mais il pourrait aussi pousser d’autres sites américains, voire d’autres entreprises, à prendre le même chemin. Un cauchemar pour le patron du géant du commerce en ligne Jeff Bezos qui emploie 1.200.000 personnes dans le monde, dont 800.000 rien qu’aux Etats-Unis. Amazon est le deuxième plus gros employeur du privé aux Etats-Unis, juste derrière Walmart.

"Le rapport de force entre le géant Amazon et un travailleur n’est pas difficile à comprendre", explique la spécialiste du droit du travail à l’Université de Liège Fabienne Kéfer, "s’il n’y a pas de syndicats, il n’y a pas de négociations collectives de travail. La représentation syndicale va donc changer ce rapport de force". Mais rien n’est acquis à ce stade, ce qui ne rend pas Ludovic Voet de la CES plus pessimiste pour autant : "Même si le 'non' l’emporte, le combat des travailleurs d’Amazon Bessemer fait avancer le fait syndical. C’est un pas en avant. Amazon a engrangé des bénéfices plantureux avec la pandémie et les changements dans les habitudes de consommation, il serait normal que les salariés de l’entreprise en profitent aussi."

Les dindons de la farce?

Or, de nombreux salariés d’Amazon ont plutôt le sentiment contraire aux Etats-Unis où les travailleurs ne sont pas représentés, mais aussi en Europe où les syndicats existent. La différence, c’est que là, l’effet levier est plus important avec des actions menées comme cette semaine en Allemagne où 2000 salariés ont entamé une grève de 4 jours pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail.

La fermeture d’une grande partie du commerce de détail en magasins pendant la crise du Covid-19 a fait exploser le volume des commandes en ligne chez Amazon et "ce sont les collègues qui trinquent", selon Orhan Akman, responsable de la branche commerce du syndicat Verdi ayant appelé à la grève.

Sweet Home Alabama

Des enjeux politiques spécifiques aux Etats-Unis se greffent à ces enjeux sociaux et syndicaux et expliquent que la syndicalisation du site de Bessemer en Alabama soit devenue un enjeu national. Ainsi, la majorité des employés sont afro-américains ou hispaniques et leur combat peut se comprendre comme une continuité de leur longue lutte pour les droits civiques.

Ils ont reçu le soutien du mouvement Black Lives Matter… et du président américain Joe Biden qui a récemment rappelé via Twitter, sans citer explicitement Amazon, que "Les travailleurs de l’Alabama – et de toute l’Amérique – votent sur l’opportunité d’organiser un syndicat sur leur lieu de travail. C’est un choix d’une importance vitale. Il ne devrait y avoir aucune intimidation, aucune coercition, aucune menace, aucune propagande antisyndicale". Après avoir conquis l’électorat de la Géorgie et de la Virginie lors de la dernière élection présidentielle, Joe Biden veut s’imposer comme un président proche du Sud… et du Cotton State.

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