États-Unis - Chine: la fin de la guerre commerciale ?

Les États-Unis et la Chine doivent signer ce mercredi à Washington un accord commercial dit de phase 1. Cela signifie-t-il la fin de la guerre commerciale entre les deux grandes puissances ?

Juste une trêve

Côté américain, le secrétaire d’État au Trésor, Steven Mnuchin, considère en tout cas que cet accord préliminaire de phase 1 est une grande victoire de Donald Trump. Il l’a dit il y a quelques jours sur la chaîne Fox News : "C’est vraiment une transaction historique. Maintenant, ce n’est pas tout. Comme nous l’avons dit, il y aura une phase 2, mais c’est la première fois que nous avons un accord global avec la Chine sur les questions technologiques, agricoles et sur les services financiers. Il y a aussi un véritable mécanisme d’application, c’est donc une grande victoire pour le président Trump".

La Chine se serait engagée à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains supplémentaires en deux ans, alors que de leur côté, pour l’essentiel, parce qu’il y a évidemment toujours des détails, les États-Unis ont pour l’essentiel renoncé à appliquer des droits de douane supplémentaires sur les biens chinois importés, sans supprimer les droits qui existaient déjà, mais en les réduisant un peu.

Match nul, alors ?

Que faut-il dès lors en déduire : qu’il n’y a pas de gagnant, pas de perdant à ce stade ? Pour Pierre Defraigne, le directeur du groupe de réflexion Madariaga, il n’y a que des perdants. La guerre commerciale lancée début 2018 par les États-Unis n’a donc fait que des perdants, même si l’économie chinoise a sans doute souffert plus que l’économie américaine. Pour autant, dit-il, l’accord qui sera signé ce mercredi est au mieux un cessez-le-feu temporaire entre les deux puissances. Pierre Defraigne : "C’est essentiellement un effet d’annonce vis-à-vis de la Bourse américaine pour soutenir son moral. Elle est au plus haut pour le moment et il était important que les opérateurs croient que la politique commerciale de Trump fonctionne".

C’est important parce que Donald Trump en est convaincu, l’envolée des grands indices boursiers américains est intimement liée à sa politique économique, en ce compris le fameux "America First". Et Donald Trump pense aussi que sa compétence en la matière, en matière économique et en matière commerciale est un de ses meilleurs atouts pour gagner la prochaine élection présidentielle.

A qui cette guerre commerciale va-t-elle finalement profiter ?

À long terme, on n’a évidemment pas de boule de cristal, mais pour Pierre Defraigne, il est probable que les États-Unis soient les grands perdants de ce conflit : "L’Amérique a cassé ses chaînes de valeurs qui intègrent les firmes chinoises. Je pense à Apple par exemple, on dit souvent "conçus en Californie, fabriqués en Chine". Ces boîtes tiraient une partie de leur compétitivité de leurs approvisionnements en Chine. Quand vous cassez les chaînes de production, vous vous faites du tort dans votre compétitivité de long terme. Là, je crois que les Américains sont perdants, parce qu’ils forcent aussi la Chine à compter de plus en plus sur elle-même, elle s’organise pour le faire et elle a des résultats". Car derrière ce conflit commercial, il y a surtout une lutte sans merci pour le leadership technologique et la volonté américaine de freiner l’essor chinois dans le milieu technologique pour au fond contenir la montée en puissance, stratégique cette fois, de la Chine.

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