"Et si les salariés se révoltaient?", un livre sur les dérives du capitalisme

"Et si les salariés se révoltaient ?" est un livre que viennent de publier la journaliste Marie-Paule Virard et Patrick Artus, le chef économiste de la banque française Natixis. Un livre qui fait pas mal de bruit en France, notamment parce que ses auteurs soulignent les dérives du capitalisme contemporain.

Patrick Artus est pourtant loin d'être un crypto-communiste. Simplement, il considère que le système capitaliste perd en efficacité, et dans une interview à nos confrères de France Info, il évoque en particulier l'avidité de certains actionnaires : "Dans le capitalisme financier, ce qui compte, c'est le rendement pour l'actionnaire, et comme le rendement pour l'actionnaire est exigé très élevé, très stable dans le temps, ceci force en fait à déformer le partage de revenus au détriment des salariés, donc les salaires augmentent peu. Ce n’est pas vrai en France, ceci c'est vrai aux Etats-Unis, en Allemagne, au Japon. Les contraintes du capitalisme, on les a depuis longtemps. Elles deviennent de plus en plus excessives ; aujourd'hui aux Etats-Unis, les actionnaires réclament 15% de rendement de leurs fonds propres. L'état américain s'endette à moins de 3%. C'est complètement illégitime d'avoir 12 points de rendement des fonds propres au-dessus des taux d'intérêt".

Et pour dégager de tels rendements, c'est inévitable, les entreprises doivent comprimer les salaires.

"L'obsession du court terme et des dividendes"

Patrick Artus n'est pas le seul à critiquer les excès du capitalisme actuel, même le patron de BlackRock, le plus gros gestionnaire d'actifs au monde (6000 milliards de dollars), critique depuis plusieurs années ce qu'il appelle "l'obsession du court terme et des dividendes".

Que cette politique des entreprises, surtout américaines, gène un fonds d'investissement qui, a priori, devrait être plutôt heureux de voir les dividendes augmenter, peut paraître paradoxal, mais ça ne l'est pas tant que ça.

En réalité, une redistribution excessive de cash aux actionnaires risque de se faire au détriment des investissements et de l'innovation de l'entreprise. Et donc, à long terme, risque de menacer la capacité de l'entreprise à générer durablement du rendement, et ça, ça redevient un problème, un danger pour les fonds d'investissement, du moins ceux qui investissent à long terme.

Des salariés indirectement touchés

C'est un danger aussi, à plus long terme, pour les salariés de ces entreprises qui rémunèrent exagérément leurs actionnaires. Parce qu'ils pourraient perdre leur emploi simplement si des plans de restructuration devaient être décidés. Surtout que, dans le même temps, Patrick Artus constate lui "une dégradation de la qualité des emplois proposés aux travailleurs avec le progrès technologique, la digitalisation, l'uberisation du travail".

"Cette évolution", dit-il, "ne fait pas forcément apparaître du chômage, mais elle transforme des emplois, par exemple des emplois industriels, en des emplois moins productifs et moins bien payés", et pour Patrick Artus, cette "descente en gamme des emplois", elle est vraiment "impressionnante".

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