Enquête pour corruption et blanchiment: le côté obscur d'Airbus

Airbus a sa part d'ombre.
Airbus a sa part d'ombre. - © PATRIK STOLLARZ - AFP

Airbus a son côté obscur, sa face sombre. L'avionneur européen est sous le coup de plusieurs enquêtes en France et au Royaume-Uni sur des faits éventuels de corruption. 

Corruption d'agents publics à l'étranger, blanchiment d'argent, abus de biens sociaux, faux et usage de faux… Ces soupçons concernent des contrats pour des avions civils vendus en Turquie, en Indonésie ou encore en Chine. Le plus piquant, dans cette affaire, est qu'officiellement, la justice des deux pays a été alertée par les dirigeants d'Airbus eux-mêmes en avril 2016. Mais une enquête fouillée du journal Le Monde publiée samedi montre que les dirigeants d'Airbus ont peut-être été un peu poussés dans le dos par la crainte que la justice américaine s'empare, elle aussi, de l'affaire.

Une aubaine pour Boeing

Cette suspicion américaine vient de la conception très large qu’a la justice US de son champ de compétences en matière de corruption. Le simple fait que des contrats de vente Airbus soient libellés en dollars suffirait à inciter un juge américain à se déclarer compétent pour traiter des cas de corruption supposée, dans le chef d'Airbus, à la demande, par exemple, de Boeing, le grand concurrent d'Airbus. Car dans ce marché en forme de duopole, tous les coups sont permis.

Tom Enders, l'actuel patron allemand d'Airbus, et Jean Pierson, qui fut administrateur gérant d'Airbus de 1085 à 1998 faisaient des déclarations intéressantes dans un documentaire produit en 2015, " Airbus/Boeing, l'étoffe des ego ". Le premier affirmait: " Il ne faut rien lâcher. C'est une course de fond. Ce n'est pas une concurrence comme les autres, c'est un combat très rude. " Ce à quoi Jean Pierson ajoutait : " Je n'ai jamais été au pays du bison, ni avant, ni pendant, ni après. "

Le risque d’une amende de 1 à 3 milliards d’euros

L’analyse qui circule est qu’Airbus a préféré dénoncer ses propres manquements à la justice en France et au Royaume-Uni pour éviter que la justice américaine, s'en mêle. Les lois anti-corruption en France et au Royaume-Uni permettent à une entreprise qui se dénonce elle-même et qui coopère avec la justice d'éviter un procès, et surtout une condamnation qui lui interdirait l'accès aux marchés publics. Mais au bout du chemin, il risque tout de même d'y avoir une amende très salée, sans doute 1 à 3 milliards d'euros pour Airbus, dont le chiffre d'affaires annuel, était de 67 milliards d'euros en 2016 avec 134 000 salariés.

À ce stade, cette affaire n’a pas d’impact notable sur la valeur boursière de l'avionneur européen. La valeur de l'action Airbus a dépassé les 82 euros au début de ce mois, un saut de 30 % depuis le début de l'année. Depuis ce sommet du 4 octobre, la valeur du titre reflue un peu, mais cette diminution n'est pas anormale après une telle progression. Impossible de dire, aujourd'hui, si cela a vraiment un rapport avec les turbulences qu'Airbus traverse pour l'instant.

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