Selon un de ses collaborateurs, Engie Electrabel a laissé ses centrales nucléaires se dégrader, la société dément

Engie Electrabel a laissé ses centrales nucléaires se dégrader, selon un de leurs collaborateurs.
Engie Electrabel a laissé ses centrales nucléaires se dégrader, selon un de leurs collaborateurs. - © RICARDO SMIT - BELGA

"C'est une vaste blague", voilà la réaction d'un des collaborateurs d'Engie Electrabel lorsqu'il apprend que le béton des bunkers de sécurité de Tihange 2 et Doel 4 s'est "soudainement" dégradé "Il ne faut pas venir me faire croire qu'un béton se dégrade en quelques jours. Un béton met des années à se dégrader, (...) il faut que les fissures se fassent, que la vapeur arrive aux barres à béton, que les barres se corrodent."

La Belgique va peut-être faire face à un blackout, à partir de la mi-novembre, alors que l'hiver est à nos portes. Un seul réacteur nucléaire sera opérationnel, et Elia, le gestionnaire du réseau de transport électrique, avance les chiffres de 1000MW manquant pour le mois de novembre.

Pourquoi six des sept réacteurs sont-ils hors service ? Deux réacteurs, Doel 1 et Doel 2, sont à l'arrêt pour cause de fuite, et ne devraient par rouvrir avant décembre, dans le meilleur des cas. Le 19 septembre, Engie-Electrabel annonce la fermeture de Doel 4 et Tihange 2, pour cause de dégradations dans le béton... Des problèmes déjà détectés sur Tihange 3 et Doel 3, où un plafond s'était effondré. Le premier est toujours en travaux, le dernier a été redémarré fin juillet. Actuellement, ce sont donc Tihange 1 et Doel 3 qui sont opérationnels, mais Tihange 1 va entrer en révision à partir du 20 octobre, un arrêt qui durera normalement jusqu'au 28 novembre. Seul Doel 3 assurera l'approvisionnement en électricité durant le mois de novembre, donc.

"On a décidé de postposer les investissements de maintenance"

Une dégradation du béton est donc responsable de la fermeture de quatre centrales. Afin d'expliquer cette dégradation, il faut remonter plusieurs années en arrière, selon notre collaborateur d'Engie Electrabel, qui souhaite garder l'anonymat. Et de pointer la responsabilité du groupe français Suez, aux commandes d'Electrabel depuis 1998.

"Les bétons sont surveillés régulièrement dans ces centrales. Il y a toujours eu un suivi. Malgré des rapports de plus en plus alarmistes, on a décidé de ne rien faire à partir du milieu des années 90, ce qui correspond à la prise de contrôle d'Electrabel par Suez. Le profit est vraiment devenu la priorité numéro 1 et on a décidé de postposer les investissements de maintenance le plus possible, et à les reporter d'exercices en exercices, tant que l'on n'est pas devant une situation catastrophique."

Jusqu'à ce qu'un plafond de Doel 3 ne s'effondre, et que le réacteur ne soit à l'arrêt durant plusieurs mois. L'AFCN, l'agence de contrôle nucléaire, avait d'ailleurs souligné un manque d'entretien du béton du bunker. "On a repoussé le tas de poussière devant, jusqu'à ce moment où c'est devenu catastrophique, où le plafond est tombé et on marchait sur les blocs de béton par terre à Doel 3."

Suite à cet événement, des inspections ont été réalisées sur les autres centrales, et des problèmes similaires ont été détectés sur Tihange 2, 3 et Doel 4. "On s'est sans doute dit, devant la catastrophe de Doel 3, que l'on était face à des défaillances, et qu'il fallait apporter plus d'attention à la situation dans ces centrales. On est sans doute en train de faire des inspections, les carottages dont Electrabel parlait, et il y aura sans doute des centrales sur lesquels il convient d'intervenir avant d'arriver à la même situation que Doel 3."

Concernant Doel 3, le collaborateur estime que l'on était arrivé "en phase terminale". "Un cancer des os, avec rupture des os. On en est vraiment là. Et quand on sait le manque à gagner d'une journée d'arrêt d'une unité à 1000MW, je ne comprends pas. Plus d'un million par jour... Ça me dépasse..."

Une situation confirmée par deux autres sources anonymes qui ne souhaitaient pas s'exprimer d'avantage.

De quoi contredire les propos de l'expert en énergie Damien Ernst, sur les ondes de la RTBF, qui assurait qu'Engie-Electrabel avait bien géré son parc nucléaire.

Contactés ce matin, à Engie-Electrabel, on se dit "particulièrement étonnés" de ce témoignage anonyme: "Quand on dit qu'Engie n'investit pas dans nos centrales, c'est complètement inacceptable, on investit depuis le premier jour de leur exploitation un budget de l'ordre de 230 millions d'euros par an. Notre priorité est la sûreté de nos installations. Nous avons par le passé procédé à des réparations quand cela était nécessaire, nous entretenons nos centrales de façon régulière. Electrabel entretient de la façon la plus professionnelle qui soit l'entièreté de ses unités."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK