En Italie, la crise politique devient économique, y a-t-il un risque pour la zone euro?

En Italie, les deux partis anti-système à la manœuvre ne parviennent pas à former un nouveau gouvernement. La zone euro surveille la situation avec inquiétude, les marchés plongent ces derniers jours. 

En cause, une combinaison de plusieurs raisons, mais la principale est certainement l’ampleur de la dette italienne, qui est plus élevée qu’ailleurs : 2300 milliards d’euros, soit environ 130% du revenu national italien, c’est le double de l’Allemagne. En Belgique, on est très légèrement au-dessus de 100% de notre produit intérieur brut.

L’Italie est donc particulièrement endettée, la croissance est faible dans le pays. De manière générale, c’est une économie qui stagne depuis plusieurs années. Aujourd’hui, en plus de ça, il y a cette incertitude politique, l’absence de gouvernement, avec deux partis anti-système à la manœuvre : la Ligue et le Mouvement cinq étoiles.

Pour Florence Pisani, qui travaille au groupe d’investissements Candriam, leur programme ne va pas contribuer à redresser économiquement le pays : "Le programme économique inquiète, il n’est pas tout à fait compatible avec les règles d’une union monétaire et ce programme se traduit concrètement par une annonce d’une augmentation du déficit public d’à peu près 100 milliards de déficits en plus. Ce n’est évidemment absolument pas compatible avec les règles de fonctionnement d’une union monétaire".

Des investisseurs plus réticents

Et comme les investisseurs sont inquiets pour l’avenir, ils sont évidemment plus réticents à investir en Italie. L’Italie doit payer plus cher pour emprunter sur les marchés, et donc son taux d’intérêt explose ces derniers jours. Aujourd'hui, on est presque à 3% de taux d’intérêt, c’est quasiment le double d’il y a un mois, et c’est même monté à 3,2% mardi dernier.

C’est un cercle vicieux : plus le taux augmente, plus les investisseurs sont inquiets et moins ils prêtent facilement, plus les taux augmentent.

Un scénario à la grecque pour l’Italie ?

C’est le même genre de scénario, mais il y a quand même une grosse différence. Ici, on parle de la troisième économie européenne. En Grèce, tout le monde a mis la main à la poche, c’était un peu contraint et forcé, mais les partenaires ont renfloué les caisses.

En Italie, les caisses à renflouer sont beaucoup plus profondes qu’en Grèce. C’est quasiment impossible à renflouer. Et puis l’Italie est aussi beaucoup plus industrielle, elle est plus imbriquée dans l’économie européenne que la Grèce, qui est plus isolée. Il y a, par exemple, en Italie plus de commerce avec l’Allemagne et il y a aussi de grosses filiales françaises là-bas, donc les enjeux sont différents.

Quel risque pour la zone euro ? Un risque de contagion ?

On n’en est pas encore là. L’Espagne, qui est toujours fragile, a un peu réagi à la situation en Italie, mais pour le moment, pour Florence Pisani, il ne faut pas se faire trop d’inquiétude parce que les choses ont changé depuis la crise grecque : "On ne peut jamais rien exclure. Ça ne nous semble pas le plus probable, mais ce qu’il faut aussi voir en zone euro, c’est qu’on est dans une situation assez différente de 2011-2012, au moment de la crise de dette souveraine. On avait des économies qui étaient extrêmement déficitaires et on a aujourd’hui des économies européennes qui sont plus solides et on a surtout une économie européenne qui est repartie, donc on a de la croissance dans la zone euro et il nous semble que c’est une situation assez différente de celle qui prévalait en 2012".

Pas d’inquiétude donc pour le moment pour la zone euro, mais c’est sûr que, tant que la situation politique ne s’éclaircit pas en Italie (un nouveau gouvernement ou pas, est-ce qu’on va vers de nouvelles élections ou pas), les marchés risquent de continuer d’être nerveux, comme pour le moment.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK