L'Estonie, pays le plus branché d'Europe, est né avec internet

L'Estonie est l'un des pays les plus connectés au monde. Et c'est une force de frappe économique.
L'Estonie est l'un des pays les plus connectés au monde. Et c'est une force de frappe économique. - © RTBF

Les technologies de l'information et de la communication (TIC) forment aujourd'hui, sous diverses formes, les principales exportations du pays le plus septentrional d'Europe. Une succes story qui traverse toute la société estonienne, où le taux de connexion est l'un des plus élevés au monde. Regardez notre reportage dans l'onglet vidéo ci-contre

Lorsque les pays baltes ont pris leur indépendance en 1991 précipitant le démantèlement de l’URSS, tout était à construire, à commencer par la législation d'un Etat de droit moderne. En Estonie, le plus nordique des trois Etats baltes, il n’y avait pas grand chose sur lequel appuyer le développement du pays. Mais l'intuition de la jeune classe dirigeante qui avait pris les choses en main au sortir du communisme a été la bonne. Ils ont décidé de fonder leur futur sur ce qui semblait être l’horizon le plus prometteur: l’économie numérique.

En quinze années à peine, le “Tigre de la Baltique” est passé d’une économie complètement aux mains de l’Etat à une économie de marché performante, en menant une politique d’ouverture résolument libérale. Jusqu’en 2008, le succès a été au rendez-vous. L’Estonie affichait un taux de croissance à deux chiffres, avant de chuter brutalement de son piédestal à la faveur de la crise financière de 2008, qui provoquera une sévère récession et le quasi-doublement du taux de chômage en une année à peine.

Mais l'Estonie avait eu le temps de se forger une image d’Etat en pointe dans le domaine des nouvelles technologies. Des succès internationaux comme Skype ou Kazaa en témoignent. Autour des ces produits phares, toute une constellation de PME s’est créée, dopée par la volonté des autorités de renforcer cette dimension stratégique.

Le pays de l’e-gouvernance

Un premier maillon de ce positionnement a consisté à faire d’internet un “bien commun”, au même titre que l’eau ou l’électricité. A Tallinn, on peut rester branché sans problème, quel que soit l’endroit où l'on se trouve: au café, dans l’administration, au cinéma... La plupart du temps, les accès wifi sont gratuits.

Et comme internet est facilement accessible partout, le services en ligne ont évidemment connu une expansion à nulle autre pareille. En Estonie, voter à domicile avec sa carte d’identité électronique est devenu banal, comme  remplir sa déclaration d’impôts en ligne en cinq minutes, ou de commander des documents officiels... En 2011, 94% des déclarations d’impôts ont été rentrées par internet.

La gamme des services d’e-gouvernment s’élargit sans cesse. D’autant que le modèle estonien s’appuie sur des principes favorisant leur développement: l’interconnectivité entre les systèmes, la connexion des banques de données, l’ouverture à tous... Le système favorise la transparence des autorités qui, d'ailleurs, montrent l'exemple: les travaux du parlement et du gouvernement sont immédiatement disponibles en ligne et chaque citoyen peut s'en emparer.

Cette politique a porté ses fruits: l’Estonie est le pays du monde où la carte d’identité électronique est la plus utilisée, avec toute une série d’applications comme le vote électronique à domicile, par exemple. Ou encore la transmission des dossiers médicaux sans devoir les déplacer. Les écoles, les organisations, le public en général bénéficient de grandes campagnes de formation à l’utilisation d’internet et des services associés. Pour eux, les services numériques sont déjà d’une affligeante banalité... Et les Estoniens sont passés à la vitesse supérieure: le numérique se nomadise et les smartphones comme les tablettes sont le support privilégié de cette nouvelle évolution.

Big brother

Mais il n’y a pas que l’e-government: le secteur des TIC estoniens s’emploie à développer une large gamme de services qui facilitent la vie: gestion complète des immeubles à distance, bornes interactives, systèmes intelligents de contrôle d’accès, etc.

Reste que derrière ce foisonnement de nouvelles techniques, se pose, en arrière plan, la question des limites. Ethiques, démocratiques...  Quelles sont les garanties dont le citoyen dispose pour éviter que sa vie soit passée au crible de ceux qui manipulent les immenses banques de données ? Elles sont encore faibles, d’autant que les techniques évoluent sans cesse. Mais les Estoniens semblent peu s'en soucier. Ils ne reviendront pas en arrière.

L'autre danger, c'est la relative fragilité d'un secteur qui, malgré ses prouesses, reste soumis à la rude concurrence des pays émergents, au premier rang desquels figure l'Inde, et d'autres Etats européens -comme la Pologne- ou de la proche périphérie -comme l'Ukraine. Les entreprises estoniennes ont compris qu'elles avaient tout intérêt à garder une taille réduite et à favoriser les synergies avec les entreprises des pays dans lesquels elles soumissionnent. Sans état d'âme: la lutte est féroce et celui qui vient à disparaître n'avait sans doute aucune raison de survivre. Car dans cette contrée où l'ultra-libéralisme est déjà quasiment religion d'Etat, le message des entrepreneurs à l'Europe tient en une seule supplique: de grâce, baissez les charges et laissez-nous faire ce que bon nous semble...

Thomas Nagant

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