"En Belgique on ne fait rien pour limiter la rémunération des grands patrons"

Nabil Sheikh Hassan (CNE)
Nabil Sheikh Hassan (CNE) - © RTBF

Le 8 janvier c’était le "CEO Jackpot Day", le jour où les grands patrons des entreprises du Bel20 ont gagné l’équivalent de ce qu’un salarié belge gagne en une année. C’est ce que montre un calcul réalisé par la CNE, le syndicat chrétien: "Si on prend le salaire médian des patrons du BEL20 - 2.8 millions d’euros - et qu’on le compare avec le salaire médian d’un belge - 45.000 euros - on remarque qu’après 5 jours et demi (il faut considérer les jours fériés), un grand patron gagne autant qu’un salarié belge", explique Nabil Sheikh Hassan, économiste au sein du service d'études de la CNE.

Un écart qui se creuse

La disproportion salariale entre les patrons des entreprises privées telles Colruyt, ABInBev ou Solvay et le travailleur belge ne fait d’ailleurs qu’augmenter. En 2016, le salaire médian annuel de ces managers privés était 46 fois supérieur à celui du belge. Alors qu’en 2015, les patrons du Bel20 gagnaient "seulement" 38 fois plus qu’un salarié belge normal. Pour Nabil Sheikh Hassan: "Ce qui me choque c'est qu'on puisse, d'une année à l'autre, augmenter de 26 % un patron du BEL20 alors que pour le belge c'est 0 % d'augmentation". L’économiste souligne également que l’écart est en réalité plus important car ce calcul ne considère pas les petits indépendants travaillant pour des entreprises comme Deliveroo, par exemple.

Selon Nabil Sheikh Hassan, la raison de cet écart salarial est à chercher dans la liberté accordée aux grands patrons: "En Belgique, ainsi qu’en Europe, on ne fait rien pour limiter leur rémunération". Ceux-ci peuvent donc fixer leurs salaires sans encadrement alors que le salarié normal subit la loi de 1996 sur la compétitivité.

Le prix de l'augmentation salariale

Ce 9 janvier, Charles Michel a affirmé au micro de la RTBF que le pouvoir d’achat et le salaire net du belge ont augmenté ces dernières années. Si Mr Hassan estime que le Premier Ministre a raison dans les faits, il nuance malgré tout ces propos : "Ce que Charles Michel oublie de dire c’est où il compte aller chercher les 4,7 milliards servant à financer le taxe shift. Il n’ira pas imposer le capital ou les grosses fortunes, il ira les chercher soit dans la sécurité sociale, soit dans des services publics. Il faut donc aussi considérer le coût de la vie, l'inflation, le fait que le prix du pain augmente. "

Lorsqu’on lui demande si l’on a les moyens de légiférer sur les salaires des grands patrons, Nabil Sheikh Hassan conclut: "S'il est possible de légiférer pour brider le salaire de 7 millions de personnes, je suppose qu'on a les moyens de légiférer pour brider le salaire de 20 personnes".

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