Des salaires "réels" belges en baisse entre 2014 et 2018, selon une étude de l'OCDE: comment l'expliquer?

En Belgique, les salaires "réels" ont baissé entre 2014 et 2018 : leur évolution est la pire de celle des pays de l’OCDE
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En Belgique, les salaires "réels" ont baissé entre 2014 et 2018 : leur évolution est la pire de celle des pays de l’OCDE - © Tous droits réservés

Alors qu’on assiste à une véritable guerre des chiffres sur le nombre d’emplois réellement créés par le gouvernement fédéral actuel, voilà qui pourrait apparaître comme une nouvelle tuile pour les partis de la Suédoise : une nouvelle étude explique en effet que ce qu’on appelle les « salaires réels » ont en fait baissé en Belgique entre 2014 et 2018.

Et c’est un organisme tout ce qu’il y a de plus officiel qui le dit puisqu’il s’agit de la dernière étude de l’OCDE, parue cette semaine, sur les comparaisons des indicateurs de productivité et de croissance dans les pays de l’OCDE.

Pis : la Belgique figure même à la dernière place de ce classement particulier. Une lanterne rouge qui peut étonner alors que le gouvernement se targue d’avoir augmenté les salaires et donc le pouvoir d’achat.

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Ce qu’on appelle « salaire réel » est en fait le revenu moyen par travailleur (contributions sociales incluses), en brut, pondéré par l’évolution des prix à la consommation.

Cela signifie donc que les allocations sociales ou les revenus mobiliers ne font pas partie de ce calcul.

Et que pour qu’il y ait une hausse de ce salaire réel, il faut non seulement que les salaires payés par l'employeur aient augmenté, mais aussi qu’ils aient augmenté plus que l’index, calculé sur base du panier de la ménagère.

Bref, cette évolution des « salaires réels » donne donc l'apparence d'une mesure du pouvoir d’achat des travailleurs. Qui semble donc, en première lecture, avoir baissé entre 2014 et 2018.

Comment expliquer cette baisse des salaires réels ?

En fait, cette baisse n’est pas surprenante en soi. L’an dernier, l’Institut européen des syndicats soulignait d’ailleurs que comme en 2016, malgré le retour de la croissance, le travailleur belge devait enregistrer, pour 2017, une baisse du salaire réel de 0,8%.

Une conséquence somme toute logique d’une série de décisions du gouvernement, dans sa volonté de doper l’emploi :

  • la volonté d’une modération salariale, de façon à ce que nos entreprises soient plus compétitives. Une modération salariale, qui est notamment passée par le fameux saut d’index, qui a justement empêché de faire correspondre l’évolution des salaires à celle du coût de la vie.
  • une politique fiscale qui fait gagner de l’argent aux citoyens, sans toucher aux coûts des entreprises : le fameux Tax Shift, par lequel les travailleurs gagnent effectivement plus d’argent… mais parce qu’ils paient au final moins d’impôts. Ce qui est payé par l'entreprise n'a donc pas augmenté, mais le revenu disponible du travailleur, lui, oui. Une mesure qui n’a fait pleinement sentir ses effets que tout récemment.

Côté gouvernement, on préfère donc parler du salaire net : les indexations et le tax shift auraient permis une augmentation de celui-ci de plus de 12,5% depuis 2010. Tout en réduisant ce que l’on appelle le « handicap salarial », c’est-à-dire la différence de niveau de salaire en Belgique par rapport aux autres pays…

La statistique "brute" de l'OCDE ne tient pas compte de cette augmentation du salaire "poche" via le Tax shift, ce qui explique l'apparente contradiction entre les annonces du gouvernement et la froideur des chiffres...

 

EDIT: cet article a été modifié le vendredi 3 mai à 19h20 pour bien faire ressortir que les conclusions que l'on pourrait tirer à première vue des statistiques brutes de l'OCDE doivent être affinées en fonction du mécanisme même du Tax shift.

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