En Belgique, le cash résiste encore aux paiements électroniques

Les Belges se connectent en moyenne 22 fois par mois à leur application bancaire mobile, ressort-il des statistiques de Febelfin. Quatre Belges sur cinq en utilisent et, parmi eux, 76% se disent satisfaits de leur convivialité et des possibilités qu’elles leur offrent, à en croire un sondage de la fédération du secteur financier réalisé auprès de 1.000 personnes.

La banque en ligne continue de croître d’année en année. A la fin de l’an dernier, on notait pas moins de 12,9 millions d’abonnements, contre 1,8 million en 2003. La croissance des services bancaires mobiles est encore plus spectaculaire, d’après Febelfin. Si en 2011, le nombre d’abonnements était de 140.000, il dépasse à présent les 7 millions et a augmenté d’1,1 million rien qu’entre fin 2017 et décembre dernier.

En moyenne, les Belges utilisent leur application de banque mobile environ 22 fois par mois et effectuent des opérations bancaires par PC en moyenne trois fois mensuellement. Les virements se font désormais majoritairement par internet : à 53% via un ordinateur et à 40% avec une application mobile (contre 3% à peine en 2013). Seuls 7% se font encore auprès d’un guichet de self-banking.

« Le Belge reste toutefois très attaché à l’argent en cash », analyse Febelfin.

L’an dernier, il en a retiré 23 fois en moyenne, pour un montant moyen de 145,7 euros. Un nombre en recul régulier depuis plusieurs années.

Pourquoi cet attachement ?

Pas seulement une question de génération

Plus jeune on est, moins on utilise le liquide.

« Je vous propose mon propre cas qui est sans doute symbolique de ce qui se passe dans les familles », indique Karel Van Eetvelt, l’administrateur-délégué de Febelfin. « Mes parents octogénaires paient en liquide. Moi-même, 52 ans, j’en manipule encore, mais moins. Mes enfants d’une vingtaine d’années n’utilisent quasiment que les cartes de débit ou de crédit. »

Ce n’est pas qu’une question de génération…

L’arrivée de l’Euro en 2002 (monnaie unique dans 19 pays) a probablement maintenu à flot pièces et billets plus longtemps que prévu. Dans certains commerces, notamment l’horeca, sur des marchés, le cash est encore l’unique moyen de paiement, avec un maximum légal de 3.000 Euros par opération… limite qui n’est pas imposée aux particuliers, sauf pour des transactions immobilières.

Le nombre de guichets automatiques suit logiquement cette évolution mais il en existait encore 7.827 fin 2018. Par rapport à il y a 10 ans, le nombre de distributeurs de billets est même plus élevé aujourd’hui, relève la fédération.

Des distributeurs accessibles

Avec 724 de ces appareils par million d’habitants, cela situe la Belgique non loin de la moyenne européenne (776) et à mi-chemin entre le nord de l’Europe, déjà très adeptes des technologies numériques et où ces guichets automatiques sont rares, et le sud du continent, plus traditionnel.

La disponibilité de ces distributeurs reste cependant importante pour le consommateur belge, comme l’a illustré la polémique suscitée il y a quelques semaines après la volonté de Bpost de rendre payants les retraits pour certains de ses clients. Garder un tel service gratuit à l’avenir est-il dès lors économiquement tenable ?

« Cela dépendra du modèle d’affaires des banques », répond Karel Van Eetvelt, administrateur délégué de Febelfin. La Belgique se caractérise en outre par un grand nombre d’acteurs dans le secteur. « Sur le service en cash dans son ensemble, les banques perdent énormément d’argent. Cela coûte bien plus que ce qui est comptabilisé dans les abonnements de base », explique-t-il.

Par le passé, certaines institutions tiraient des taux d’intérêt mais, avec les niveaux bas actuels, c’est devenu impossible, souligne-t-il. Le patron de la fédération estime que la situation évoluera vers des coûts qui seront adaptés.

Prélèvements gratuits ou payants

A ce propos, ce dernier rappelle que les abonnements pour les services bancaires sont très bon marché en Belgique. En Espagne, retirer de l’argent revient en effet à 2 euros et les services de base coûtent trois fois plus cher en France, et même six fois plus en Espagne. Dans ces pays, le prix est répercuté sur le consommateur. « Jusqu’à nouvel ordre, ce n’est pas le cas chez nous », assure Karel Van Eetvelt.

Un protocole datant de 2004 prévoit que le consommateur doit pouvoir aller chercher gratuitement de l’argent à un distributeur 24 fois par an. « Cela date d’il y a 15 ans. Il est bon que des accords aient été conclus dans le contexte de la protection des consommateurs mais vous devez oser l’examiner à nouveau. Je suppose que cela se produira lors de la prochaine législature », a encore glissé l’administrateur délégué.

 

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