En Belgique, "2017 a été dans le top 3 des meilleures années de l'automobile"

Le Salon de l'Auto édition 2018 se tiendra du 12 au 21 janvier à Brussels Expo. A quelques jours de l'ouverture au grand public, Xavier Daffe, rédacteur en chef du Moniteur Automobile, était l'invité de Jour Première.

Voit-on encore beaucoup des voitures neuves en Belgique ?

"Oui, en 2017, 546.000 voitures ont été immatriculées neuves en Belgique. C'est 1,3 % de plus qu'en 2016, donc effectivement 2017 a été dans le top 3 des meilleures années de l’automobile depuis le début des statistiques."

Comment expliquez-vous le succès de la voiture, qui visiblement ne se dément pas, alors qu'on n'arrête pas de dire que la voiture n'est plus forcément synonyme de mobilité, qu'elle pollue, qu'elle tue parfois aussi ?

"La voiture n'a plus très bonne presse, et pourtant on constate que le Belge reste plus que jamais attaché à sa voiture. Peut-être est-ce par manque d'alternatives valables, crédibles, accessibles et fiables. On connaît le sous-investissement chronique dont la SNCB et les transports en commun d'une manière générale font l'objet. J'ai aussi envie de pointer un peu des mesures politiques qui se contredisent ou s'annulent l'une l'autre."

Par exemple ?

"Par exemple, le gouvernement wallon a annoncé son intention d'interdire le diesel en Wallonie en 2030. On pourrait se dire que ça va être un bon incitant pour se tourner vers les véhicules, par exemple, hybrides rechargeables. Or, dans le même temps, le gouvernement fédéral vient de prendre une série de mesures pour rendre moins attractives fiscalement ces mêmes voitures hybrides rechargeables. Donc là, les gouvernements régionaux et fédéraux se marchent un peu sur les pieds. C'est incompréhensible."

Vous parlez de sous-investissement dans les transports en commun, en disant que c'est peut-être ça qui fait que le Belge continue à rouler en voiture et à acheter des voitures. C'est vrai que ça peut prendre du temps d'utiliser les transports en commun. Mais quand on voit les bouchons, ça prend aussi beaucoup de temps de prendre sa voiture tout seul pour aller travailler le matin.

"Ça prend beaucoup de temps effectivement. Mais entre le fait d'être bloqué dans sa voiture dans un bouchon, bien au chaud, dans son environnement familier, avec sa musique, au calme, au chaud et au sec, et le fait d'attendre un train hypothétique sur un quai de gare froid et humide, la nuit au petit matin, je pense que la plupart des gens aujourd'hui ont fait le choix. On peut le regretter évidemment. Je suis sûr qu'il y a une part non négligeable de navetteurs automobilistes qui se tournent vers la voiture par défaut, mais qui seraient sans doute bien contents de pouvoir la laisser à la maison le matin s'il y avait un moyen de transport alternatif tout aussi confortable, rapide et accessible."

C'est ça la solution selon vous ? Ce sont de meilleurs transports en commun pour que ça roule à nouveau sur nos routes ?

"Je pense que c'est une partie de la solution. On parle de ce RER depuis une trentaine d'années. Ça devient un serpent de mer absolument ridicule. Il serait temps qu'il soit enfin sur les rails, sans mauvais jeu de mots. Après, c'est vrai que l'automobile doit aussi évoluer. Et elle est en train d'évoluer. On parle d'elle comme un élément extrêmement polluant, mais savez-vous, par exemple aujourd'hui, qu'une voiture diesel pollue 100 fois moins qu'une même voiture diesel équivalente d'il y a 25 ans. Donc, les progrès ont été considérables là-dedans."

Est-ce que l'avenir n'est pas la voiture partagée ? Parce qu'on sait que la plupart des voitures du parc automobile en Belgique sont à l'arrêt, je pense, à peu près 90 % du temps.

"Il y a un ensemble de mesures à prendre pour améliorer la mobilité au sens large. On parlait des transports en commun, mais effectivement on voit le succès naissant - c'est encore frémissant à ce stade - des flottes de voitures partagées dans les centres urbains. Pour l'instant, ces flottes de voitures partagées sont déjà dans les villes et ne permettent pas aux navetteurs de partir de chez lui le matin avec cette voiture partagée et de se rendre à son boulot. Donc, il faut vraiment habiter dans les centres urbains pour utiliser ce parc de voitures partagées, quel qu'il soit. Mais c'est un début de solution et on constate effectivement que les jeunes générations, les 18-25/30 ans, commencent maintenant à se détourner de l'achat proprement dit de la voiture pour se tourner vers l'utilisation de la voiture en fonction des besoins du moment."

L'une des grandes questions qui agitent le monde automobile pour l'instant, c'est la question du carburant. La Région bruxelloise vient de mettre en place la zone de basse émission avec des amendes pour les vieux diesels. Le gouvernement wallon veut une Wallonie sans diesel en 2030. Le diesel sera mort dans quelques années ?

"Il y a un diesel bashing pour l'instant. Effectivement, le diesel n'est pas la panacée. Il a des inconvénients, mais il a aussi des avantages. Un diesel aujourd'hui ne pollue pas beaucoup plus qu'un moteur à essence moderne. Le niveau de pollution est différent. Il rejette des polluants différents. Mais le diesel est intéressant pour abaisser le niveau d'émission de CO2 puisqu'un moteur diesel consomme moins qu'un moteur à essence traditionnel. Il émet moins de CO2, c'est mathématique, et dans la lutte contre le réchauffement climatique, on sait que l'abaissement des rejets de CO2 est crucial."

Ce que vous dites, c'est que contrairement à ce qu'on pense et à ce qu'on dit souvent aujourd'hui, le diesel ne pollue pas plus que l'essence ?

"Non, il émet moins de CO2. C'est une bonne chose pour lutter contre le réchauffement climatique. Par contre, c'est vrai qu'il émet un peu plus d'oxyde d'azote, qui lui est directement toxique pour la santé. À l'inverse, le moteur à essence moderne émet plus de CO2, puisqu'il consomme 'fractionnellement' plus qu'un moteur diesel, mais par contre il émet moins d'oxyde d'azote, qui lui est directement dangereux pour la santé, et moins de particules fines également. Donc, le bilan s'équilibre quelque part."

Ça veut dire qu'on se trompe quand on lutte contre le diesel et qu'on est en train de l'interdire un peu partout ?

"Je pense qu'on est en train de se tromper. Il y a un écrémage qui se fait, notamment dans les petites voitures diesel, qui n'avait pas lieu d'être. Mais on a encouragé pendant des décennies le carburant diesel par des accises plus faibles et par des primes à l'achat qui favorisaient outrageusement les modèles diesel. Tout ça aujourd'hui est fini et on constate un rééquilibrage du marché entre essence et diesel. Il est idiot d'acheter un diesel si vous faites uniquement des petits trajets de 5-10 kilomètres en milieu urbain. (Dans ce cas) le diesel n'a aucun sens. Mais pour quelqu'un qui fait 25.000-35.000 kilomètres sur l'année sur de longues distances, le diesel reste malgré tout incontournable."

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