En achetant du Bitcoin, Tesla devient "un immense pollueur, émetteur de gaz à effet de serre et brûleur de charbon"

La furie du Bitcoin continue. Le cours de l’actif virtuel a dépassé mardi le cap symbolique des 50.000 dollars.

Et la semaine dernière, le constructeur américain de véhicules électrique Tesla a investi 1,5 milliard de dollars dans la cryptomonnaie. Ce qui a aussi largement contribué a faire bondir le cours du bitcoin. Cet achat de Tesla est un paradoxe.

Le Bitcoin consomme plus d’électricité que la Belgique

Quand le constructeur emblématique de véhicules électriques investit massivement dans le bitcoin, il y a de quoi froncer les sourcils. Parce que si le Bitcoin est virtuel, ses conséquences environnementales, sont bien réelles. La consommation énergétique liée au Bitcoin, est estimée à 120 Térawattheures (TWh) par an. C’est plus que l’électricité consommée par la Belgique dans son ensemble sur une année (cela vaut aussi pour les Pays-Bas et la Finlande). Et selon une estimation récente de l’Université de Cambridge, il n’y a que trente pays au monde qui consomment annuellement plus d’électricité que la cryptomonnaie.

En termes de dépense énergétique, acheter du Bitcoin, c’est la pire chose à faire. Pire que d’acheter des actions d’une société pétrolière

Comment cela est-il possible ? Le Bitcoin repose sur la technologie la Blockchain, et fonctionne comme un réseau décentralisé d’ordinateurs qui fait office de registre de transactions, avec, à chaque transaction, vérifications par une multitude de calculs informatiques. Tel qu'il est conçu pour l'instant, le Bitcoin repose en fait "sur une compétition entre les personnes chargées de l’administrer", explique Jean-Claude Englebert, chercheur indépendant, spécialisé dans les liens entre économie, technologies, et environnement. "La base du mécanisme de certification, c’est que les gens qui se mettent à la table des certificateurs potentiels du Bitcoin, prouvent qu’ils ont dépensé de l’énergie, pour réaliser des calculs informatiques parfaitement inutiles."

Une compétition énergivore et "inutile"

"C’est une compétition sur la dépense d’énergie en réalisant du calcul informatique. Donc, il ne s’agit pas d’énergie nécessaire au fonctionnement, il s’agit d’énergie qu’il faut voir comme un mécanisme d’enchères. Et cette dépense d’énergie est réalisée tout d’abord en Chine, là où l’énergie est la moins chère, c’est-à-dire en grande partie des charbons parmi les plus polluants, et elle se monte à des quantités absolument astronomiques."

Détenir du Bitcoin, c’est donc détenir de la dépense énergétique. L’existence même – et le cours actuel du Bitcoin - reposent sur de la dépense d’énergie – inutile techniquement pour le fonctionnement de la cryptomonnaie. C’est donc du gaspillage d’énergie, et  peu près 0,5% de la production d’électricité mondiale est consacrée à cette compétition entre opérateurs."

Comme une course de dragsters

"Et cette compétition, je la comprends comme une course de dragsters, c’est-à-dire ces voitures qui font des courses sur 400 mètres de distance sans aucune règle. Et vous avez donc des moteurs de 8000 chevaux, vous avez des pneus colossaux et il n’y a pas de règles. La seule règle, c’est de gagner. Le fonctionnement du Bitcoin, c’est la même chose", souligne Jean-Claude Englebert.

"Tesla devient un immense pollueur"

Que Tesla, en achetant 1,5 milliard de dollars de Bitcoin, ait fait un investissement ou posé un acte purement spéculatif (cela reste peu clair à ce stade), ne change rien à la conséquence pour Jean-Claude Englebert : "Tesla devient un immense pollueur."

Parce qu’à partir du moment où il détient une telle quantité de Bitcoins, poursuit le chercheur, "Tesla est un immense émetteur de gaz à effet de serre, brûleur de charbon de très mauvaise qualité. Plutôt que d’avoir cet argent sur un compte en banque ou investi de manière traditionnelle, on est allé au pire endroit. C’est le pire investissement possible. C’est pire que d’acheter des actions d’une société pétrolière. En termes de dépense énergétique, c’est la pire chose à faire."

Le groupe Tesla qui se targue d’être le parangon de l’avenir de la mobilité verte version Etats-Unis, Tesla qui vient de promettre 100 millions de dollars à tout qui développerait une technologie de capture de CO2 dans l’atmosphère. Tesla, vient de devenir, en un seul achat de Bitcoin, un gigantesque pollueur.

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