Emploi : Les jeunes, "trou noir de la protection sociale", risquent d’être les plus durement frappés par la crise

"Entre 2015 et 2019, l’emploi des jeunes a augmenté, le taux d’emploi aussi", c’est l’un des constats établis par l’institut de développement durable. La part des CDD (contrat à durée déterminée) a également légèrement diminué sur la même période, même si les jeunes représentent encore près de la moitié des contrats précaires, en intérim ou en CDD. De plus, les jeunes risquent de subir de plein fouet la crise du coronavirus. Ils sont en effet sur-représentés dans les quatre secteurs d’activité les plus impactés par la crise.

Les jeunes plus à risques face à la crise

Selon l’Institut de développement durable, les jeunes seront les premiers à être impactés sur le marché de l’emploi face à la crise économique liée au coronavirus, "comme ce fut le cas lors de la crise de 2008", indique l’économiste Philippe Defeyt pour qui le marché de l’emploi des jeunes est toujours le premier à subir une crise économique. Et, avec cette crise, l’impact pourrait bien être encore plus important qu’avec la crise de 2008. "On va perdre beaucoup plus d’emplois" dit-il.

Les jeunes sont plus nombreux à occuper des emplois précaires. Ils représentent "un peu moins de 50% des emplois en CDD et des emplois intérimaires", indique le rapport de l’institut de développement durable. Et même si entre 2017 et 2019, "le pourcentage de jeunes en CDD a légèrement baissé (de 25,4% à 23,1%), tout en représentant toujours près d’un quart de l’emploi salarié correspondant", ce sont ces types d’emplois qui seront les premiers supprimés par un employeur en cas de crise économique, explique Philippe Defeyt.


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A l’inverse, explique l’économiste, "les salariés âgés, expérimentés et qui coûtent très cher à licencier" devraient moins subir la crise économique.

Le trou noir de la protection sociale

Par ailleurs, dit-il, ces jeunes, parce qu’à peine ou pas encore sur le marché de l’emploi ne bénéficient d’aucun revenu. Dès lors, la contraction du marché de l’emploi risque d’avoir un impact encore plus virulent pour cette tranche d’âge.

Ils sont ce que l’économiste appelle "le trou noir de la protection sociale. Les jeunes ne bénéficient d’aucun revenu d’insertion, d’aucune allocation-chômage ou encore d’aucun revenu d’intégration". Et d’ajouter, "ce n’est pas digne d’une société comme la nôtre de laisser une situation pareille".

Néanmoins, "on ne peut parler de génération sacrifiée", nuance Philippe Defeyt. Il estime, en effet, que "les jeunes vont finir par trouver un emploi, mais cela va durer plus longtemps. Il y a le double problème de ceux qui vont perdre leur emploi et de ceux qui ne vont pas en trouver".


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Pourtant, avant le coronavirus la situation semblait s’améliorer. "Entre 2015 et 2019, "l’emploi des jeunes a augmenté ; le taux d’emploi aussi". En effet, "l’emploi des jeunes de 18 à 29 ans a augmenté de 4,4% contre 5,9% pour l’emploi global ; l’emploi indépendant chez les jeunes a lui augmenté de 10,9%".

Notons tout de même que l’emploi des jeunes pendant cette période a augmenté de façon moins importante que l’emploi global. "Le marché du travail des jeunes a bénéficié de la relative bonne conjoncture de même que les autres tranches d’âge", explique l’économiste de l’institut de développement durable.

Or, "cette belle tendance va se fracasser avec la crise", tranche ce dernier.

Les secteurs "jeunes" particulièrement touchés

L’activité de 50% des jeunes de moins de 30 ans se concentre dans cinq secteurs d’activité, à savoir "commerce de gros et de détail, Activités de services administratifs et de soutien (qui comprend l’Intérim), Enseignement, Activités médico-sociales et sociales et Administration publique".

De plus, les secteurs occupés principalement par les plus jeunes sont ceux qui risquent de subir de plein fouet la crise.

Quatre secteurs, représentant 35% de l’emploi des jeunes salariés, devraient être particulièrement impactés. Ce sont des secteurs tels que l’Horeca ou encore le secteur culturel, dans lesquels les jeunes se retrouvent soit en tant qu’étudiants, soit juste après leurs études, s’agissant d’emploi moins qualifié. On parle des secteurs du "commerce de gros et de détail, des activités de services administratifs et de soutien (qui comprend le secteur de l’Intérim), Hébergement et restauration et Arts, spectacles et activités récréatives", détaille le rapport.

Quid des emplois étudiants

Les emplois étudiants représentent une part importante de l’emploi en Belgique. "Le volume de travail qu’ils fournissent représente l’équivalent de 66.500 emplois salariés", indique le rapport. Les étudiants prestent "1,65% du total des heures de travail", estime l’institut de développement durable.

Ainsi, d’un côté, les emplois étudiants représentent une concurrence pour les emplois salariés. D’un autre côté, "pour certains employeurs vont décider de moins engager d’étudiants" et donc ils pourraient être aussi parmi les plus impactés avec la crise économique.

"Lorsqu’un employeur va se retrouver en difficulté il va d’abord supprimer les heures supplémentaires puis diminuer les contrats précaires. Pour l’employeur, par exemple, supprimer un emploi intérimaire, ça ne lui coûte rien. Si la crise continue, on ne remplace pas les CDD et seulement ensuite on commence à licencier les personnes salariées. Et lors de la reprise, on fait exactement l’inverse", détaille Philippe Defeyt. Autrement dit, le retour à l’emploi salarié devrait mettre plus de temps à revenir sur la table du marché de l’emploi.

Selon Philippe Defeyt, les effets de la crise sur les emplois étudiants devraient se faire sentir après l’été.

Tanguy de longue durée

Depuis la crise de 2008, les jeunes ont tendance à rester plus longtemps au domicile de leurs parents. L’institut de développement durable analyse ainsi que "la proportion de Tanguy’s a commencé à monter à partir de la crise de 2008 jusqu’en 2019, alors même que, depuis 2015, le taux d’emploi s’est amélioré et que la proportion d’étudiants n’a augmenté que modérément".

Selon ce rapport, 55,9% des 18-29 ans vivent encore chez leurs parents en 2019 contre 52,9% en 2008. Et ils sont encore 28% parmi les moins jeunes d’entre eux, les 25-29 ans en 2019.

Une tendance qui pourrait s’accroître avec la crise économique. C’est qu’analyse Philippe Defeyt : "les jeunes vont se retrouver avec beaucoup moins de possibilités d’emploi et n’auront le droit à aucun revenu. De plus, en période de crise économique, les jeunes peuvent faire le choix de prolonger leurs études", face à des conjonctures peu favorables. Tout cela pourrait donc accroître la part de "Tanguy", ces jeunes qui vivent chez leurs parents assez tard.

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