Embargo russe: la Fédération belge de la viande parle de licenciements

Embargo russe sur les produits agroalimentaires - "Cela conduira inévitablement à des licenciements"
Embargo russe sur les produits agroalimentaires - "Cela conduira inévitablement à des licenciements" - © Belga

L'embargo russe sur les produits agroalimentaires se fera particulièrement ressentir parmi les abattoirs belges. "C'est un coup très dur pour le secteur et cela conduira inévitablement à des licenciements", réagit l'administrateur délégué de la Febev, la Fédération belge de la viande, Thierry Smagghe. Il évalue à 500, sur 5000, le nombre d'emplois excédentaires. Une réunion se tiendra "dès la semaine prochaine" à l'échelle européenne après l'embargo imposé par Moscou aux produits agroalimentaires européens, a annoncé jeudi le ministre français de l'Agriculture Stéphane Le Foll.

Un embargo russe était déjà en vigueur depuis le début de l'année sur la viande de porc, après la découverte de cas de fièvre porcine africaine en Lituanie. "Nous pensions arriver à une solution d'ici septembre mais désormais l'embargo est confirmé pour une longue période. Nos membres devront tirer leurs conclusions", déplore Thierry Smagghe, évoquant une "guerre économique".

Les chambres froides des abattoirs sont déjà remplies de viande qui ne peut être vendue. Au sein des entreprises fortement dépendantes de la Russie, une partie du personnel se trouve déjà en chômage technique, selon la Febev. "Plusieurs vont devoir fermer leurs portes. Jusqu'à présent, nous avons pu continuer à stocker mais si cela dure encore longtemps, cela n'aura plus de sens".

L'embargo russe est désormais étendu à la viande bovine mais la Febev estime qu'il est possible de trouver d'autres marchés à l'exportation. Les exportations de viande bovine vers la Russie sont néanmoins beaucoup moins importante que celles de viandes de porc.

Au 31 juillet 2014, la Febev avait estimé que l'embargo russe sur la viande de porc avait déjà coûté 40 millions d'euros au secteur belge sur les six derniers mois. 

Baisse du prix du lait ?

De son côté, le secteur laitier craint une baisse du prix du lait. Les entreprises belges du secteur laitier ont exporté en 2013 pour quelque 20 millions d'euros à destination de la Fédération de Russie. "Ce n'est pas notre principal marché. Les exportations se sont montées à 500 millions d'euros et la Russie n'était que notre quatrième marché à l'exportation", souligne Renaat Debergh, de la CBL. Si des d'emplois ne sont pas directement menacés, le secteur craint les conséquences indirectes de la décision russe.

Un tier du formage et plus d'un quart du beurre européen est écoulé en Russie, souligne encore la CBL. Si les portes du marché russe se referment, une forte pression sur les prix pourrait s'en suivre alors que les quotas laitiers européens seront abolis au 1er avril 2015. "La Russie était un marché en croissance sur lequel nous fondions nos espoirs. Nous espérons donc rapidement qu'une solution puisse être trouvée au conflit en Ukraine", conclut Renaat Debergh.

Un impact de 25 millions d'euros sur les exportations wallonnes

"Dans un premier temps, l'embargo semblait concerner le bœuf, le porc, la volaille, le poisson, le fromage, le lait, les légumes et les fruits. En année complète, cela représente un manque à gagner de 10 à 12 millions d'euros pour les exportations de la Wallonie", explique Christian Verdin, directeur général commerce extérieur à l'Awex. "Mais il semble que l'embargo russe concerne également les produits alimentaires manufacturés. Si on ajoute la liste complète des préparations alimentaires, on pourrait alors arriver à un impact de 24 à 25 millions d'euros sur les exportations wallonnes".

"Ce sont des chiffres interpellants, l'impact n'est pas négligeable, mais la Russie n'est pas, et de loin, notre premier marché à l'exportation", nuance toutefois Christian Verdin. Concrètement, la Russie représentait en 2013 0,84% de l'ensemble des exportations wallonnes, soit un montant de 337,35 millions d'euros. "Et les produits alimentaires ne représentent que 7% de ces 0,84%".

Parmi les produits alimentaires, la rubrique la plus importante des exportations wallonnes vers la Russie est celle du lait et des produits dérivés (yaourt, fromage, etc.). Viennent ensuite la viande, les produits de la minoterie (farines), les préparations alimentaires et puis seulement les fruits et légumes.

S'agissant des exportations wallonnes en général vers la Russie, ce sont les produits des industries chimiques qui composent la plus grosse part (35%), suivis des machines et équipements mécaniques (18%), des métaux et ouvrages métalliques (17%), des matières plastiques et des caoutchoucs (8%).

Au total, en 2013, le montant des exportations wallonnes s'élevait à 40,3 milliards d'euros (excluant le gaz naturel), un résultat en hausse de 2% par rapport à 2012.

Réaction européenne

"Une réunion sera prévue à l'échelle européenne dès la semaine prochaine" et "si c'est nécessaire" on convoquera après un conseil informel des ministres de l'Agriculture, a indiqué le ministre sur la radio RTL, précisant avoir eu des "contacts" avec ses homologues allemand et polonais. "On va d'abord évaluer les choses, on va se concerter et on prendra des décisions dès qu'on aura bien évalué les conséquences de ces annonces par la Russie".

Selon le ministre, "il y a des conséquences et il y a des mesures à prendre avec la Commission", a-t-il assuré, évoquant "des décisions qui seront prises assez rapidement pour la pêche et la nectarine".

Ces deux productions sont déjà au coeur d'une âpre bataille de concurrence entre la France, l'Italie et l'Espagne: ce dernier pays exporte d'ordinaire quelque 100.000 tonnes de fruits vers la Russie.

On craint que les produits interdits sur le marché russe n'engorgent finalement le marché européen.


Belga

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