Economie allemande: le calme avant la tempête?

Professeur d'économie à l'université de Halle Wittenberg dans l'Est de l'Allemagne, Ulrich Blum constate que l'économie de la République fédérale fait comme toutes les autres: se battre sur les salaires. Une erreur stratégique à long terme.
Professeur d'économie à l'université de Halle Wittenberg dans l'Est de l'Allemagne, Ulrich Blum constate que l'économie de la République fédérale fait comme toutes les autres: se battre sur les salaires. Une erreur stratégique à long terme. - © Ulrich van Stipriaan

L'Allemagne sera-t-elle encore la locomotive de la croissance de la zone euro cette année et même au-delà? La réponse est oui, mais son haut niveau de performance cache peut-être un changement de structure très dangereux. En luttant sur le plan salarial, l'économie allemande serait en train de brader ses principaux atouts et de compromettre son avenir.

D’abord l’idée reçue: l'Allemagne profite à fond de l'euro faible qui rend ses entreprises plus concurrentielles sur les marchés étrangers. Si elle avait encore le mark, ce serait bien plus compliqué pour elle car le mark serait beaucoup trop cher. Le raisonnement juste est juste mais il faut remettre la situation actuelle en perspective. Avant l'instauration de l’euro, le mark était fort et économie allemande largement aussi performante.

Cherchez l'erreur

Ulrich Blum est professeur d'économie à l’Université de Halle Wittenberg dans l’Est de l'Allemagne. Il constate une évolution structurelle de l'économie allemande : " Auparavant, notre économie allemande n’était pas basée sur une monnaie sous-évaluée mais sur les investissements que les entreprises faisaient pour compenser la surévaluation du mark. C’est ainsi qu’elles étaient plus compétitives".

Dans le passé, les entreprises allemandes investissaient massivement en Allemagne pour être sans cesse plus productives et plus innovantes. Aujourd'hui, elles ont adopté la même stratégie que toutes les autres. Leur compétitivité se joue sur le coût salarial écrasé et sur les investissements à l'étranger

Une évolution destructrice ?

N'empêche que le système est efficace. L'économie allemande se porte très bien. C’est une évidence mais, dans le même temps elle se banalise et elle devient ainsi moins performante en elle-même. Pour Ulrich Blum, cette évolution est profitable à court terme mais destructrice à long terme : " Il y a actuellement un changement de régime. Historiquement nous étions très efficaces avec les investissements et maintenant on fait la caisse. On génère beaucoup d’argent mais à la longue, si nous n’investissons pas suffisamment, nous aurons des problèmes. Il y a d’autres économies, en Chine et aux Etats-Unis par exemple, qui sont en train de se réindustrialiser et de redevenir plus fortes. La situation actuelle semble très confortable, mais c’est le calme avant la tempête ".

La Pologne dans l’euro

Le calme avant la tempête, les mots sont forts! Cela veut-il dire que les Allemands sont prêts à retourner au mark pour renverser la vapeur? Certains le pensent en Allemagne, alors que d’autres proposent un autre scénario: revoir la liste des pays membres de la zone euro pour la rééquilibrer. Ils souhaitent notamment l’intégration rapide de la Pologne car elle constitue une grande économie incontournable. Autrement dit plus de nord et moins de sud. Qu’en pensent les Grecs pour qui l’euro est trop fort ?

Michel Visart

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