Echec de la formation du gouvernement en Italie: le véto du président Mattarella est-il un déni de démocratie?

Photo fournie par le FMI de Carlo Cottarelli,  le 16 avril 2013 à Washington
Photo fournie par le FMI de Carlo Cottarelli, le 16 avril 2013 à Washington - © HANDOUT

La crise politique semble sans issue ce matin en Italie. Giuseppe Conte renonce à former un gouvernement. Il est en désaccord avec le président, Sergio Mattarella, qui ne veut pas entendre parler de celui qu’il voulait nommer au ministère de l’Économie et des Finances, l’eurosceptique Paolo Savona. Le point avec Valérie Dupont, notre correspondante en Italie.

Giuseppe Conte était LE candidat indépendant choisi par les leaders de la Ligue et du Mouvement cinq étoiles, grands gagnants des élections du mois de mars en Italie.  Luigi Di Maio, le chef de file du Mouvement cinq étoiles est furieux: "Nous étions prêts à gouverner et on nous a dit non. Pourquoi non ? Parce que le problème est que les agences de notation dans toute l’Europe étaient préoccupées par un homme qui devait être ministre de l’Économie. C’est ça le problème. Alors, dites-le ! Disons-le dans ce pays que c’est inutile que nous allions voter puisque le gouvernement, ce sont les agences de notation et les lobbys financiers et bancaires qui en décident. Ce sont toujours les mêmes, même quand le peuple, à plus de 50%, désigne deux forces politiques qui veulent le changement, à la fin on trouve toujours une façon de les bloquer".

Ce véto de Sergio Mattarella, est-il réellement un déni de démocratie ?

Constitutionnellement, non: le président de la République a utilisé l’espace prévu pour lui par la Constitution italienne, qui lui donne son rôle de garant pour la tenue des institutions, et il a jugé incompatible avec la situation économique le nom de cet économiste.

Et parler d’impeachment est un bien grand mot. L’article 90 de la Constitution prévoit bien une procédure d’empêchement pour haute trahison pour ne pas avoir respecté la Constitution, mais dans ce cas, peu de partis suivront Luigi Di Maio sur cette voie.

Que va-t-il se donc passer maintenant?

C’est lundi que Carlo Cotarelli va monter au palais présidentiel et recevoir sans doute la charge de former un gouvernement.

Pourquoi Cotarelli ?

Tout simplement pour rassurer les marchés et les partenaires européens. Cet homme a travaillé 25 ans au Fonds monétaire international, et surtout, ces dernières années, il a été surnommé "monsieur ciseaux", car c’est lui qui avait été chargé de débusquer les gaspillages des dépenses publiques. Il sait donc où trouver de l’argent pour réduire la dette et cela devrait calmer les marchés.

Voilà pourquoi le président l’a sans doute convoqué. Mais ce gouvernement du président ne durera sans doute que quelques mois, le temps de préparer et de retourner aux urnes.

Et si l’Italie se profile vers une nouvelle campagne électorale, comment vont s’en sortir justement la Ligue et le Mouvement cinq étoiles ? Est-ce qu’ils seront encore un peu plus renforcés ?

C’est une possibilité selon les sondages. Luigi Di Maio et Matteo Salvini vont clairement faire campagne en prenant pour cible le président, celui qui aura empêché la mise en place de ce fameux gouvernement du changement et qui n’aurait pas écouté les citoyens, selon eux.

Mais il faudra aussi voir le rôle que jouera Silvio Berlusconi, de retour sur scène, et peut-être un changement de la loi électorale. Mais il est clair que l’Italie vit la plus grave crise institutionnelle de son histoire depuis la naissance de la République.
 

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