Dumoulin Aero : "Il y a une insouciance incroyable, la crise est devant nous et elle sera redoutable"

180.000. Voilà le nombre d’emplois qui pourraient être perdus dans le secteur privé cette année, en Belgique. C’est la dernière estimation de l’Economic Risk Management Group. Parmi les secteurs les plus touchés, l’industrie – qui pourrait perdre 7% de ses salariés – ce qui correspond à l’évaluation moyenne tous secteurs confondus. En 2020, 35.000 emplois pourraient être perdus dans l’industrie belge.

Ces chiffres, considérables, ne sont pourtant pas une surprise. Les évaluations de perte de Produit Intérieur Brut en Belgique tournent autour de
10% pour 2020. -10%, Cela fait plus de 50 milliards d’euros de richesse " évaporés ". Derrière des grandeurs parfois abstraites, il y a la réalité très concrète des entreprises. Un exemple ? Dumoulin Aero. Pour la PME industrielle basée à Alleur, et qui fabrique des pièces de précision pour l’aéronautique, l’année 2020 s’annonçait initialement très bonne.

De 25% de croissance à -60% de chiffre d’affaires

"Une croissance à deux chiffres, pour 2020, cela allait représenter 25% de croissance", estime Geoffroy Cammermans, fondateur et Administrateur délégué de Dumoulin Aero, "nous tablons aujourd’hui sur base d’éléments qui doivent encore être confirmés, sur une décroissance de 50 à 60% de notre chiffre d’affaires – pour cette année et l’année prochaine".

"Rien de particulier, les circonstances", pour le CEO qui pointe du doigt les avions cloués au sol. Les compagnies aériennes – et celles de leasing d’avions sont pour l’instant privées de revenus. Ce qui implique, que même quand des avions sont produits, personne n’en prend livraison. Les reports de commandes deviennent légion, et les délais sont "plus qu’importants".

La crise est devant nous et elle va être redoutable.

Résultat, l’entreprise tourne aujourd’hui avec une seule équipe au lieu de trois, à 20% de sa capacité normale. Et il est très clair pour Geoffroy Cammermans que le plus dur reste à venir : "J’ai clairement le sentiment qu’il y a une insouciance assez incroyable aujourd’hui – au travers des gens que je rencontre, en tout cas. Et quand je regarde les médias télévisés et que ces dernières semaines je ne vois que "pourra-t-on partir en vacances ?" ou "pourra-t-on aller en Espagne ?", et que l’on ne parle pas de la crise, je suis assez inquiet".


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Difficile en tout cas pour le dirigeant d’entreprise d’entendre parler de "retour à la vie normale": "Parce que la crise est devant nous et elle va être redoutable. Les premiers signaux de cette crise commencent à apparaître. On vient de voir Renault licencier 15.000 personnes, Rolls Royce Motor 9000 personnes, et honnêtement, je pense que ce n’est qu’un début".

Licencier du personnel, une catastrophe

Pour l’instant, grâce au chômage temporaire, et au soutien bancaire l’espoir chez Dumoulin Aero est de pouvoir traverser la crise, sans licencier de personnel – ce qui serait une catastrophe tant les difficultés à recruter du personnel qualifié sont déjà aiguës en temps normal :"Parce que la reprise viendra à un moment et nous aurons à nouveau besoin de ces gens – une équipe soudée et compétente (une cinquantaine de personnes, NDR). Donc, si on ne les a plus, nous allons au-devant de graves problèmes pour respecter les délais de livraison et fournir nos clients en temps et en heure. Donc, l’idée est vraiment de garder tout notre personnel".

Produire pour de nouveaux modèles

Une touche d’optimisme tout de même : la modification à l’œuvre dans les flottes d’avions de la part des compagnies aériennes qui se dirigent vers des nouveaux modèles moins énergivores, et donc plus rentables. "L’Airbus A380 va disparaître avec le temps, et le contrat que nous avions sur ce modèle van lui aussi être annulé. Mais au profit d’autres modèles. Nous allons devoir produire plus", conclut Geoffroy Cammermans, qui veut rester optimiste.

Ce qui pourrait signifier à terme une augmentation de la cadence, une augmentation du rythme de production, notamment pour le nouvel Airbus A220, en train de monter en puissance. Et donc compenser, dans les années qui viennent, peut-être, en partie, les pertes actuelles.