Drones civils: le big business des avions sans pilote

2016 sera l’année de tous les drones. Après les jouets et les drones militaires, place à l’"agridrone", au drone cartographe et au drone " e-vigilent ". Un business très prometteur, loin de terrains de jeux et des champs de bataille.

La véritable croissance de ce secteur viendra peut-être moins des drones tueurs que de leurs homologues civils. La part de ces derniers va progresser jusqu’à atteindre les 20% d’ici 2021, contre environ 3% aujourd’hui.

Au cours des 10 années qui viennent (2015-25), le marché américain des drones civils pèsera 80 milliards de dollars. Les USA seront d’ailleurs le principal consommateur de drones civils avec 77% des achats durant les cinq prochaines années. Le principal fabricant de drones civils est par contre la France, avec un chiffres d’affaires de 300 millions d’euros cette année. Le nombre d’emplois créés sera de 5000 à 7000 d’ici 2018. Et ce pourrait être 10 fois plus outre-Atlantique.

Quant à la Belgique, il s'y vend entre 1000 à 2000 drones de moins de 800 euros par mois. Sans tenir compte des ventes réalisées sur les sites en ligne.

Qui sont les principaux fabricants?

Trois noms dominent le marché du drone de loisir. Et tous s’orientent peu à peu vers le drone civil professionnel. C’est le cas du chinois DJI, le leader du secteur. Il est suivi par le français Parrot. Un nom déjà plus connu grâce à son premier drone jouet lancé en 2010. Parrot, le premier vendeur de drones grand public de moins de 500 grammes (dans les 300 euros pièces tout de même), a déjà écoulé plus d’1,5 million de drones aux petits et grands enfants. Le troisième est l'Américain 3D Robotics.

Mais un quatrième acteur, connu lui aussi, pourrait faire son entrée dans le secteur: GoPro. DJI et 3D Robotics sont déjà partenaires de GoPro pour ses caméras embarquées.

L’avenir du drone n’est pas dans le jouet mais dans l’UAV

Le jouet n’est que la partie visible de l’iceberg. Le vrai business est dans les UAV, (véhicules aériens sans pilote), la dénomination officielle des drones "utiles". On les retrouve dans trois domaines principaux : l’agriculture de précision (le drone paysan), la cartographie 3D et la surveillance. Parrot a d’ailleurs acquis des sociétés spécialisées dans ces domaines: senseFly, (des ailes volantes pour la cartographie) Airinov et EOS innovation.

Dans l’agriculture, on appelle les appelle les "agridroniste". Des appareils volants capables d’analyser 3 ha par minute au centimètre près. L’analyse des données permet d’évaluer précisément le niveau de fertilisation, le taux d’humidité et de floraison, les dégâts climatiques, etc.

Enfin viennent les drones spécialisés dans la sécurité. On parle cette fois de ‘e-vigilance’ automatisées dans les entrepôts et les sites sensibles. Le drone embarque alors des caméras jour/nuit et thermiques. En cas d’intrusion supposée, il se met en vol pour identifier l’individu, donner l’alarme ou retourner sur son socle de charge pour poursuivre sa mission de veille.

Les drones destructeurs de drones

La "e-vigilance" passive qui remplace les veilleurs de nuit peut déboucher sur une fonction de défense active, avec destruction de drones intrus. C’est ce qu’a lancé une société française (JCPX) sous le nom d’Uwas. Une manière de réagir aux nombreuses incursions de drones au-dessus des centrales, des sites militaires et même du palais de l’Elysée.

Signe des temps, le dernier salon du Bourget accueillait des dizaines de drones civils et militaires. Cette fois, il ne s’agit plus de donner l’alarme, mais de repérer les drones intrus, de vérifier leur identité, voire de les neutraliser par une charge magnétique.

Ce dispositif comprend un radar pour détecter les engins volants, des caméras pour vérifier leur identité. Des leurres magnétiques peuvent perturber les repères GPS de l’appareil ennemi. De même, la télécommande de l’opérateur masqué peut être neutralisée. On est très loin du drone de loisirs.

Plusieurs pays, dont les Etats-Unis, la Chine et l’Allemagne ont développé des lasers destructeurs de drones d’une portée proche de deux kilomètres. Mais cette destruction est inimaginable dans des régions habitées.

Le marché semble pourtant porteur : selon l’association de l’aviation internationale (IATA), il devrait se vendre deux millions de drones de protection d’ici 5 ans

Restent des usages plus marginaux, mais rentables tels que la communication et les médias (télévision, cinéma, publicité), les usages environnementaux (météorologie) et les services de livraison. DHL a mis en place un projet de livraison par UAV. Et voici quelques mois, Geopost, société de distribution de colis de La Poste en France a testé l’usage de drone avec succès, mais dans un contexte expérimental.

Des législations très hétéroclites

A l’inverse de la France qui a légiféré dès 2012, de nombreux pays interdisent les vols de drones civils. Aux Etats-Unis, la Federal Aviation Administration, a délivré des autorisations ponctuelles.

La Belgique s’est réveillée en avril dernier pour devenir le 20ème pays européen à légiférer en matière de drones civils, le droit belge permettra de faire voler un drone en surplomb de terrains privés jusqu’à une altitude de 30 mètres. L’autorisation du propriétaire du ou des terrain(s) doit être obtenue.

Les professionnels peuvent atteindre une altitude de 90 mètres. Mais pour cela, il faut obtenir un permis de pilotage, conditionné à la réussite de tests théoriques pratiques et médicaux. Il faut également disposer d'une autorisation pour survoler une zone urbaine ou une foule. Un drone de 5 kg en perdition peut faire de gros dégâts. En Angleterre, en revanche, la liberté est totale.

Cette multitude des législations nationales explique la prochaine mise en œuvre d’une législation au niveau européen attendue pour 2016. La commissaire aux transports envisage de proposer une directive pour réglementer le vol des drones de plus de 25 kg ainsi que le vol en haute altitude. Car l’ambition est double : éviter l’anarchie dans le ciel, mais permettre à un secteur prometteur de se développer. D’autant que l'Europe serait actuellement le premier fabricant de drones.

@jcverset

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