Discussions entre Delhaize et Ahold: "écœurement" des syndicats

"Ces discussions pourraient ou non résulter en une future transaction", souligne Delhaize dans un communiqué. Celui-ci affirme qu'il communiquera "toute information importante éventuelle conformément aux dispositions réglementaires".

"C'est l'écœurement", réagit Myriam Delmée, vice-présidente du syndicat socialiste SETCa. "La direction de Delhaize a diabolisé Ahold pendant toute la discussion autour de la restructuration avalisée en février dernier. Il y a deux mois et demi, nous avons conclu un accord social, et, alors que les premiers licenciements découlant de cette restructuration ont lieu, on apprend l'existence de ces discussions."

Lundi, le SETCa avait envoyé une lettre ouverte à la direction de Delhaize où elle réclamait de la clarté sur les informations faisant état d'un projet de fusion entre Delhaize et Ahold. "Le communiqué envoyé ce mardi matin par la direction est laconique", s'insurge Myriam Delmée. "Il ne répond en rien à notre lettre ouverte. Aujourd'hui, nous nous interrogeons: depuis quand ces discussions ont lieu? La restructuration n'était-elle qu'une étape dans un processus de fusion déjà engagé?", se demande la syndicaliste.

De son côté, Delphine Latawiec, secrétaire nationale du syndicat chrétien CNE-Commerce, qualifie de "déplorable" l'attitude de la direction de Delhaize. "Nous ne sommes pas contre une fusion en soi. Mais la manière dont c'est annoncé ne va pas rétablir la confiance. Nous veillerons à garantir le statut des travailleurs. Ceux-ci ont déjà fait assez d'efforts et ne doivent pas payer une deuxième fois la facture", ajoute-t-elle.

Un conseil d'entreprise est prévu lundi. "Nous y poserons toutes nos questions. D'ici là, nous informerons le personnel et resterons extrêmement vigilants", conclut Myriam Delmée. Son collègue néerlandophone, Jan De Weghe, a pour sa part indiqué que des actions spontanées n'étaient pas à exclure.

Un accord qui a du sens

L'action Delhaize a bondi de 14% lundi. Les discussions qui sont en cours entre Delhaize et Ahold ne sont pas étonnantes "dans la mesure où, de façon générale, le mouvement de mondialisation qui a été plus tardif dans la distribution que dans d’autres secteurs économiques. Maintenant, c’est clairement accéléré. Il y a une volonté de la part des grands distributeurs d’accroître leur marché sur lequel ils sont actifs", explique Bruno Bianchet, docteur à l'Université de Liège, interrogé par Françoise Gilain.

Il s'agit d'un accord qui a son sens. "Elle pourrait a priori avoir du sens dans la mesure où les deux sociétés sont implantées sur des territoires proches, mais différents, donc complémentaires, non seulement aux Pays-Bas et en Belgique, mais aussi à l’échelle européenne, voire également aux États-Unis. Donc, ça permettra évidemment d’assurer toute une série d’économies d’échelle en matière d’organisation, logistique, achats, etc.".

Cela peut donc être intéressant pour le management, mais beaucoup moins pour les troupes. "Effectivement, dans la mesure les contextes et les conditions sociales ne sont pas forcément les mêmes de part et d’autre, donc on ne sait pas dans quel sens pourrait avoir le nivellement", ajoute Bruno Blanchet.

"C’est la perte d’un label national, ça c’est évident, comme il y en a eu d’autres", point-t-il.

Les deux entreprises de distribution avaient déjà tenté un rapprochement en 2006-2007 mais les discussions n'avaient alors pas abouti.

RTBF

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