Dexia: "Une opération très risquée mais qui pourrait s'avérer rentable"

On le sait les discussions sur la recapitalisation de Dexia se sont invitées à la table des négociations budgétaires. Le groupe franco-belge nécessitera en effet une injection de capital frais de l’ordre de cinq à six milliards d’euros.

Qu’est-ce qui se négocie actuellement entre la France et la Belgique ?

"Entre l’Etat français et l’Etat belge on cherche à déterminer la clef de participation à l’augmentation de capital de Dexia, sachant qu’il faut augmenter le niveau de fonds propres du groupe", d’un montant de l’ordre de cinq à six milliards d’euros, nous explique Georges Hübner, professeur de gestion financière à l’Université de Liège.

Pour rappel, la Belgique et la France sont actionnaires du groupe, à peu de choses près, à hauteur de 50% chacun.  L’argent qui sera investi aujourd’hui dans la recapitalisation, les gouvernements "n’en reverront pas la couleur avant de nombreuses années", précise notre interlocuteur.

Alors pourquoi faut-il recapitaliser? Et en quoi est-ce dans l’intérêt de l’Etat belge?

"Parce que le groupe Dexia est un groupe financier régulé et qui doit donc respecter des règles, dont notamment celle de solidité financière dont le respect garantit son accès au marché des capitaux" autrement dit de pouvoir emprunter de l’argent à des taux soutenables, indique le professeur de la Haute Ecole de Commerce (HEC). "D’autre part, le groupe Dexia doit respecter des contraintes imposées par la Banque nationale et les autorités européennes pour pouvoir poursuivre ses activités", rappelle-t-il.

Sans recapitalisation, Dexia ne sera, à terme, plus en mesure de rembourser ses dettes et sera de facto en défaut de paiement. "Ses actifs vont alors être liquidés, or la valeur de ces actifs est très faible aujourd’hui. Et donc une faillite de Dexia causerait un tort beaucoup plus conséquent que le montant qui est prévu pour la recapitalisation du groupe".

Autrement dit, on apporte un montant important aujourd’hui pour éviter de devoir faire face à un "scénario catastrophe" demain.

Quid des fameuses "garanties"?

Un scénario catastrophe comme le qualifie Georges Hübner, c’est "notamment mais pas seulement le fait que Dexia active les garanties" couvertes par l’Etat belge.

Pour rappel, la Belgique s’est engagée en 2011 à supporter à hauteur de 60,5% les garanties d’Etat de Dexia. Autrement dit, Dexia paie une commission à l’Etat belge, une sorte de prime d’assurance mais en contrepartie, en cas de défaut de paiement de Dexia, l’Etat belge devra payer 60,5% du montant garanti (90 milliards) des dettes non payées, autrement dit potentiellement plus de 54 milliards d’euros. Un sixième du PIB belge annuel.

"Il faut ajouter également une quinzaine de milliards pour les garanties préexistantes à 2011", rappelle l’économiste.

Et après cette recapitalisation, faudra-t-il remettre la main au portefeuille ?

"Il est trop tôt pour le dire car cela dépend fortement des marchés financiers" mais il est tout à fait possible qu’il faille encore recapitaliser à l’avenir, confirme cet expert.

"Le montant sur la table aujourd’hui est suffisant pour que Dexia puisse continuer à opérer sa cession d’actifs". "Si les choses évoluent d’une manière pas trop critique pour Dexia, cela peut s’avérer une opération rentable", "tant que le pire n’est pas arrivé, on se trouve dans une situation qui à terme peut être rentable mais c’est très risqué", analyse Georges Hübner.

La recapitalisation sur la table aujourd’hui pourrait donc être rentable mais, d’une part elle pourrait ne pas suffire, d’autre part, cela reste un investissement très risqué.

En l’état actuel des choses, tout ce que l’on peut donc dire de l’actionnariat belge dans Dexia c’est qu’il pourrait s’avérer une opération profitable à terme mais qu'il restera jusque là une épée de Damoclès suspendue au-dessus du budget de l'Etat du fait des garanties auxquelles celui-ci a souscrit.

Julien Vlassenbroek

Écoutez ci-contre ou en cliquant ici l'intégralité de l'interview de Georges Hübner

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