Dexia: huit ans après, autopsie sans concession d'un naufrage non assumé

En 2006, Pierre Richard et Axel Miller, respectivement président et CEO de Dexia, avaient encore le sourire. Mais deux ans plus tard, la crise financière allait mettre en pleine lumière les failles abyssales de la banque franco-belge.
En 2006, Pierre Richard et Axel Miller, respectivement président et CEO de Dexia, avaient encore le sourire. Mais deux ans plus tard, la crise financière allait mettre en pleine lumière les failles abyssales de la banque franco-belge. - © MARK RENDERS - BELGA

Huit ans après l'éclatement de la crise financière qui allait mener nos banques au bord du précipice, a-t-on tiré tous les enseignements de la chute de Dexia?
C'est la question que pose un documentaire coproduit par la RTBF. Avec un titre qui y répond en partie: "Dexia, la faute à personne".

La journaliste française Catherine Le Gall et le réalisateur belge Alain de Halleux ont patiemment rassemblé les morceaux du puzzle Dexia avec l'intention de comprendre, mais aussi d'interpeller.

Le documentaire s'adresse directement aux deux principaux protagonistes du désastre, Pierre Richard et Axel Miller: "Qu'avez-vous fait?" Aucun des deux n'acceptera de répondre devant caméra, seul Axel Miller rencontrera hors champ les réalisateurs. Mais de nombreux seconds couteaux ou experts sont là pour raconter la catastrophe.

"Dexia la faute à personne", le documentaire de Catherine Le Gall et Alain de Halleux sera diffusé mercredi 14 septembre sur La Une à 22h14 et en direct sur Auvio, via le lien ci-dessous:

Le ver dans la corbeille

Dexia est née en 1996 du rapprochement du Crédit Communal avec le Crédit Local de France. Mais à partir de quel moment les difficultés ont-elles commencé? En réalité, le ver était dans la corbeille de mariage. Deux banques apparemment complémentaires, mais avec des objectifs différents et des cultures d'entreprise incompatibles. Une alliance 50/50 sans leader unique cela ne pouvait fonctionner selon Catherine Le Gall: "Une des questions pour lesquelles la banque a chuté, c'est le problème de la gouvernance. Chacun a voulu garder son pré carré et ils n'ont pas eu l'intelligence de vraiment fusionner et d'avoir une vision commune qui aurait permis à la banque de grandir dans une sorte de collégialité. Cette situation a permis que des risques s’immiscent sans que personne ne s'en rende compte".

Des risques sans que personne ne s'en rende compte, c'est quand même énorme mais c'est exactement ce qui s'est passé. D'abord, et le documentaire le relève, ni Pierre Richard, ni Axel Miller, CEO à partir de 2003, ne sont banquiers. Puis surtout, ce sera très vite la guerre des tranchées entre la Belgique et la France. Quand la crise financière explose en septembre 2008, Dexia s'effondre aussitôt.

Des garanties iniques

Les deux Etats n'ont alors d'autre choix que de casquer pour sauver la banque. Un sauvetage coûteux: 6,4 milliards d'euros et des garanties d'Etat à hauteur de 150 milliards. La France impose à la Belgique d'assumer 65 % de ces garanties. Catherine Le Gall: "Cette proportion ne correspond à rien! Elle ne correspond pas à l'actionnariat, ni aux tailles des deux pays, ni aux enjeux économiques respectifs. On peut donc considérer que cette clé de répartition est inique mais le problème des Belges étaient d'être dans une mauvaise posture par rapport à l'Etat français parce qu'en Belgique la banque servait les particuliers. Ils avaient peur du bankrun et donc ils étaient obligés d'accepter les conditions imposées par les Français"

Ces garanties restent une très lourde épée de Damoclès pour les finances publiques et ce pour des décennies. Au total un dossier calamiteux. La journaliste estime qu'on est très loin d'en avoir tiré toutes les leçons: "Ce serait l'heure de pouvoir rendre des comptes. Ce n'est pas fait pourtant c'est l'argent du contribuable qui a été mobilisé. Aujourd'hui encore nous pouvons interroger la responsabilité collective, les dirigeants, les Etats mais également nous interroger nous-mêmes. La faute à personne, est-ce que cela ne veut pas dire la faute à tout le monde finalement?".

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