Des lunettes glamour à partir de déchets plastiques trouvés en mer

Au détour d’une ruelle pittoresque du centre de Barcelone, dans un vieil immeuble aux larges fenêtres, un grand espace, un bureau aux allures de loft. C’est là que s’est installée Sea2see, la startup dont on parle au-delà des mers. Le projet d’un belge expatrié en terre catalane depuis 15 ans.

Audace et esprit d’entreprise… François van den Abeele n’en manquent pas. Lorsqu'au forum économique mondial de Davos, il découvre qu’il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans d’ici 2050, le sang de ce passionné de nature ne fait qu’un tour. Il faut agir. D’urgence.

Urgence

"8 à 12 millions de tonnes de déchets sont jetés chaque année en mer" explique-t-il."Ça fait 256 kilos de plastique déversés chaque seconde dans les océans. C’est énorme ! Il existe des projets de collecte des déchets, d’autres de recyclage, moi, j’avais envie d’agir autrement."

Pourquoi pas recycler et valoriser ces déchets plastique comme n’importe quelle autre matière première, se dit l’entrepreneur. Il s’associe à un gestionnaire de déchets et décide de produire un objet du quotidien qui interpellera le consommateur : des montures de lunettes.

D’abord intrigués par ce belge aux idées originales, les pêcheurs catalans se laissent vite convaincre."Le problème est gravissime !", témoigne Marc Martinez Serra, capitaine d’un bateau de pêcheur. "Tout ce qu’on voit et ramène dans nos filets du fond des mers est complètement dingue. Mais nous aussi, nous devons assumer nos responsabilités et changer nos habitudes de travail." Le sac plastique n’est en effet pas le détritus le plus présent dans l’océan. Filets, cordes et matériels de pêche usés, en nylon, sont négligemment rejetés en mer. Une pêche fantôme destructrice à laquelle François van den Abeele essaye, à son échelle, de mettre fin.

Economie circulaire

En 2 ans d’existence, Sea2see a placé une centaine de containers dans une trentaine de ports de pêche catalans. Les pêcheurs viennent y déposer tous les plastiques collectés en mer et leurs vieux filets. La startup récupère ainsi une tonne par jour. Triés puis nettoyés, 90% des déchets sont transformés en pellets, sortes de petites billes de plastique à partir desquelles sont élaborées des montures de lunette haut de gamme. Made in Italy. Un bel exemple d’économie circulaire.

Succès

Les premières lunettes Sea2see ont vu le jour fin 2016. Aujourd’hui, la gamme compte une soixantaine de modèles vendus en Belgique, en France, aux Pays-bas et en Espagne. La marque a reçu un soutien de poids, celui des acteurs espagnols Javier Bardem et Penelope Cruz, très connus pour leur engagement en matière d’écologie et de justice sociale.

"Car c’est d’engagement qu’il s’agit "assure François van den Abeele. "Le produit fini est important pour nous évidemment, mais le message l’est tout autant. Il explique :"porter cet accessoire, c’est déclarer : j’agis pour la planète, je me bats pour l’environnement, j’ai un impact positif sur les océans et le climat. Je pense à l’avenir et à celui de nos enfants." Le credo de François van den Abeele : "Porter ces lunettes de soleil ne changeront pas le monde, mais les gens qui les porteront, si. "

Toujours plus loin

Le créateur belge rêve plus loin. Préserver les océans, transformer le lien entre le pêcheur et la mer. Cette philosophie, il voudrait l’étendre au-delà de la méditerranée, en Afrique et en Asie.

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