Delvaux bientôt chinois... et le reste de l'Europe ?

Des paquets de yuans
Des paquets de yuans - © EPA

La célèbre marque belge de maroquinerie Delvaux a signé un accord d'exclusivité avec un groupe de Hong Kong. Ce qui pourrait donc permettre à un groupe chinois de la contrôler. C'est un orteil de plus que l'Empire du milieu poserait en Europe. Une présence salvatrice pour certains, mais inquiétante pour d'autres...

Delvaux, célèbre maroquinerie bruxelloise, symbole du luxe belge, fournisseur officiel de la Cour depuis 120 ans, pourrait être contrôlée majoritairement par une société chinoise de Hong-Kong. La famille Schwennicke, qui avait racheté en 1933 la maison Delvaux et imposé ses créations sur le marché du luxe, conserverait une participation minoritaire. Le groupe a en effet signé un accord d'exclusivité avec le groupe de Hong Kong, Fung Brands Limited.

Il y a un an, le groupe Delvaux, 18 millions de chiffres d'affaire, avait expliqué qu'il cherchait un partenaire industriel qui puisse l'aider à se développer sur la scène internationale, c'est-à-dire lui apporter son expérience mais aussi les moyens financiers et humains.

Le partenaire pourrait donc être chinois. Encore une fois. Au point que l’hebdomadaire Courrier International titrait en Une la semaine dernière : "Si la Chine rachète l’Europe…"

Il est vrai que la Chine fait son petit bout de chemin dans l'économie européenne. Quelques exemples : à l’époque de l’affaire Fortis, l’Etat belge était suspendu aux lèvres de l’assureur chinois Ping An, actionnaire important de la banque belge. En 2010, le constructeur Volvo, alors aux mains de l’Américain Ford, est racheté par le Chinois Geely. En 2011, des entreprises chinoises ont annoncé être prêtes à investir dans des terres agricoles, louées ou achetées, en Bulgarie, selon Mediapool, cité par le Courrier International. Egalement en 2011, China National Chemical Corporation a racheté Elkem, un producteur norvégien de polysilicium, qui entre dans la composition des panneaux solaires.

Trois catégories d'investissements chinois

En fait, selon The Economist, les investissements chinois en Europe sont à classer en trois catégories :

  • Les investissements financiers de l’Etat chinois lui-même, via son fonds souverain China Investment Corporation (CIC) ou de la State Administration of Foreign Exchange (Safe). Ainsi, la Chine a aidé à garder à flots la zone euro dans la crise qu’elle traverse. Selon Stephen Jen, du fonds spéculatif, SLJ Macro, cité par The Economist, les Chinois auraient acheté autant d’obligations émises par les pays en crise que la Banque centrale européenne. Le Financial Times révélait en mai 2010 que l’Etat chinois détenait 630 milliards de dollars d'obligations de la zone euro, soit l'équivalent d'environ 13% de sa dette souveraine.
  • Les investissements privés de riches chinois
  • Les entreprises chinoises

Mais pourquoi un tel intérêt de la Chine pour l’Europe ? D’abord parce que Pékin possède trop d’actifs en dollars et souhaite se diversifier. Et qu’aider la zone euro ne peut lui être que bénéfique. Comme l’expliquait un économiste chinois, repris par Le Courrier International, "la stabilité de l’économie européenne est primordiale pour les exportations, et même pour la croissance économique de la Chine".

Ensuite, parce qu’investir en Europe lui offre des débouchés supplémentaires pour ses produits. Ainsi, selon le journal grec To Ethnos, les Chinois sont intéressés par la compagnie nationale de chemin de fer grecque, que le gouvernement doit privatiser suite au plan de sauvtage UE-FMI. Le but ? Développer le réseau grec pour revitaliser le transport de marchandises. Un nouveau fil dans la toile d'araignée puisque l’entreprise Cosco, premier armateur chinois, a racheté en 2008 le terminal 2 du port du Pirée.

Et enfin, les investissements de la Chine dans des entreprises européennes lui donne accès à leurs technologies. Ce qui ne manque pas de soulever des inquiétudes. Ainsi, fin décembre 2010, le commissaire européen à l’Indistrie Antonio Tajani proposait "la mise en place d’une autorité chargée d’examiner les investissements étrangers en Europe".

Une présence encore discrète

Mais peut-on pour autant affirmer que la Chine rachète l’Europe ? Il faut relativiser. En 2009, les investissements chinois en Europe ne représentaient qu’une petite part des investissements étrangers. Mais ils augmentent chaque année.

Et ce qui effraie le plus, c’est le lien entre les entreprises "privées" chinoises et le pouvoir central. "Contrairement à ce qui s'est passé dans les anciens pays socialistes de l'URSS ou de l'Europe de l'Est, l'Etat ne s'est pas retiré de l'économie chinoise. Il a certes changé son mode d'action, mais il est resté l'acteur dominant, via le contrôle du capital des grandes entreprises du pays et une politique industrielle volontariste", explique le directeur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine cité par L’Expansion.

La Chine acquiert ainsi des leviers et moyens de pression sur l’Europe.

En outre, les groupes chinois sont généreusement subventionnés, contrairement à leurs homologues européens, qui doivent respecter la concurrence du marché unique. Et comme ces groupes chinois acquièrent des technologies européennes en prenant des parts dans les entreprises du vieux continent, ils commencent à faire peur...

La Chine restera-t-elle indéfiniment le sauveur de l'Europe ?

J.C.

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