Défaite de Boris Johnson ? Dans la presse anglaise, on parle d'un geste "hypocrite" de la "poule mouillée" Corbyn

Défaite de Boris Johnson? Dans la presse anglaise, on parle d'un geste "hypocrite" de la "poule mouillée" Corbyn
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Défaite de Boris Johnson? Dans la presse anglaise, on parle d'un geste "hypocrite" de la "poule mouillée" Corbyn - © Tous droits réservés

"Chicken Corbyn". Avec trois votes contre lui en deux jours (deux oui en faveur d’un délai au Brexit et le rejet d’un no deal, un non à des élections anticipées), le Premier ministre britannique Boris Johnson apparaît dans les revues de presse francophones comme le grand perdant de ces derniers jours.

Le Monde va même jusqu’à parler d'"humiliation" en une, tandis que chez nous "De Morgen" évoque carrément un "Premier ministre Zombie".

Mais la lecture n’est pas nécessairement la même outre-Manche, du moins dans les journaux conservateurs… qui sont largement les plus lus en ce qui concerne le Sun, le Mirror et le Daily Mail…

Dans ces journaux, le leader travailliste Jeremy Corbyn est rebaptisé "Chicken Corbyn", chicken ayant en anglais la signification de "poule mouillée", "trouillard".

C’est en effet la toute première fois que l’opposition refuse la tenue d’élections anticipées, pointe le tabloïd le plus lu du pays, The Sun, qui est allé jusqu’à faire un montage mettant le visage de Jeremy Corbyn sur un poulet, et pose la question : "Est-ce que CECI est la poule mouillée la plus dangereuse pour l’Angleterre ?".

Le journal souligne que le leader travailliste n’a même pas osé voter non à la proposition d’élections anticipées, mais a demandé à ses troupes de s’abstenir, rendant par là impossible à Boris Johnson de réunir une majorité des deux tiers.

Plus sobre, le Telegraph qualifie néanmoins Jeremy "Corbyn" d’hypocrite, car il "refuse l’élection qui permettrait de sortir de l’impasse".

Quant au Daily Express, il qualifie le refus de Corbyn d’élections "un acte de lâcheté extraordinaire" mais préfère mettre en une Boris Johnson souhaitant que le "pouvoir populaire" fasse pression pour imposer les élections.

Une bataille de plus en plus désespérée

Hors de ces journaux qui soutiennent les conservateurs, les autres quotidiens pointent comme chez nous la triple défaite de Boris Johnson, qui selon le Guardian et le Financial Times, met Johnson dans les cordes.

Traditionnellement plus mesuré, le Times déclare cependant que "Johnson est bloqué parce que les députés refusent l’appel à des élections anticipées" et affirme que le Premier ministre a subi "une nouvelle journée meurtrière à Westminster" et "fait face à une bataille de plus en plus désespérée pour imposer des élections".

The Mirror, qui n'a jamais été fan de Johnson, l'appelle "le plus mauvais Premier ministre de Grande-Bretagne (depuis le dernier)" - en précisant clairement à qui ils font référence avec une photo incrustée de Theresa May. Selon le journal, Johnson est devenu "le seul Premier ministre à avoir perdu ses trois premiers votes à la Chambre des communes, les députés ayant opposé son veto à sa stratégie risquée de non-accord".

Des élections redoutées par les milieux financiers

A noter que selon l’AFP, la perspective d’élections anticipées au Royaume-Uni effraie les milieux d’affaires britanniques car s’ils craignent un Brexit sans accord, ils redoutent aussi la possibilité d’un gouvernement travailliste mené par Jeremy Corbyn. Le chef du "Labour" promet un programme qui serait le plus à gauche depuis des décennies au Royaume-Uni, ancré autour d’une redistribution des richesses dans un pays où les inégalités se sont fortement creusées.

Le chef du parti travailliste veut nationaliser les chemins de fer, les secteurs de l’électricité et de la distribution d’eau ou encore Royal Mail, l’opérateur postal privatisé en 2013. Il veut relever le salaire horaire minimum à 10 livres (11,72 euros) à l’horizon 2020, contre 8,21 livres actuellement, et renforcer les droits des employés, ce qui entraînerait plus de contraintes pour les entreprises. Jeremy Corbyn promet aussi des investissements massifs dans les infrastructures, l’éducation, le système de santé public, les logements sociaux, les transports ou encore 30 milliards de livres pour le vénéré système d’assurance-maladie britannique, la National Health Service (NHS).

Les travaillistes envisagent de financer ces milliards de livres de dépenses par des hausses d’impôts sur les plus riches et sur les bénéfices des entreprises, ou encore de redistribuer 10% des actions des grandes entreprises aux employés. Une mesure qui, d’après le Financial Times, bible des milieux financiers, "confisquerait 300 milliards de livres d’actions" aux entreprises.

Le leader du parti travailliste a, par ailleurs, formulé de sérieux doutes sur l’opportunité pour le Royaume-Uni d’un accord de libre-échange avec le président américain, Donald Trump, à l’inverse du Premier ministre et chef des Conservateurs, Boris Johnson.

Beaucoup d’analystes et investisseurs estiment qu’un gouvernement Corbyn pourrait déclencher un exode de capitaux et d’entreprises étrangères, ainsi qu’une envolée de la dette publique et des impôts.

 

 

Sujet de notre journal télévisé de la mi-journée sur les événements à la Chambre des communes de ce mercredi:

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