De plus en plus de locataires: le Belge perd-il sa brique dans le ventre?

Les jeunes qui achètent un bien immobilier, le font plus tard qu’avant, plutôt au-delà de 30 ans qu’à 25 ans
Les jeunes qui achètent un bien immobilier, le font plus tard qu’avant, plutôt au-delà de 30 ans qu’à 25 ans - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

On connaît le dicton : le Belge a une brique dans le ventre. Il y a plus de propriétaires chez nous (72% selon Eurostat) qu’ailleurs en Europe (70% en moyenne, 52%, par exemple, chez nos voisins allemands). Pourtant, d’après l’Observatoire de l’immobilier de la banque CBC, le nombre de propriétaires va diminuer chez nous.

Plus avantageux qu’avant de louer

Il y a d’abord un constat d’ordre économique pour expliquer ce changement de comportement : Acheter coûte de plus en plus cher tandis que louer reste possible à des prix stables : « Il y a un découplage des deux marchés explique Xavier Falla, directeur général du marché des particuliers chez CBC. L’accession à la propriété est plus difficile qu’avant. Et donc, des jeunes candidats acheteurs préfèrent louer à des prix qui restent accessibles plutôt qu’acheter ».

D’autant que les conditions d’octroi d’un crédit hypothécaire auprès des banques sont plus sévères qu’avant, il faut plus de fonds propres, ce que les jeunes n’ont pas toujours : « Les jeunes se disent : "Je vais postposer mon achat, je vais louer puisque les loyers ne sont pas trop élevés. Et pendant ce temps-là je vais essayer de constituer les fonds propres qui me permettront d’acheter le bien dont je rêve" ».

Autre explication : le marché de l’investissement immobilier est en pleine croissance. Beaucoup d’immeubles à appartements modernes et confortables ont par exemple été construits. Dès lors que les loyers de la location restent stables et que les biens à louer sont plus confortables, de plus en plus de Belges choisissent de rester locataires.

Les jeunes achètent plus tard dans la vie

Et puis il y a des évolutions sociologiques, démographiques qui expliquent ces changements d’habitude. D’abord la réduction de la taille des ménages. Il y a plus de personnes isolées qu’avant (divorcés, célibataires, personnes âgées, ...) pour qui c’est plus compliqué de devenir propriétaire avec un seul revenu, ils sont contraints de rester locataires.

Mais plus de Belges font aussi le choix de louer. « C’est un vrai changement de paradigme analyse Yves Hanin, sociologue et urbaniste à l’UCLouvain. Au 20e siècle, les travailleurs voulaient prendre distance avec leur patron. Avoir sa propre maison c’était gagner son autonomie. Aujourd’hui, on est dans un système beaucoup plus libéral. Ne pas avoir sa maison sur le dos c’est avoir plus de liberté. En conséquence, de plus en plus de monde trouve qu’acheter, c’est un investissement conséquent qui va limiter la liberté de circuler, de déménager, de voyager, de trouver un emploi à l’étranger. Et puis, certains anticipent les embûches de la vie : les couples sont plus instables, on veut prendre des congés parentaux, des pauses carrière. Ça rend plus difficile d’imaginer un remboursement de crédit toute sa vie. Tout ça fait qu’on voit aujourd’hui, surtout en Flandre, une partie substantielle des jeunes qui font le choix de rester locataire ».

Conséquence de ces changements économiques et sociologiques : Les jeunes qui achètent un bien immobilier, le font plus tard qu’avant, plutôt au-delà de 30 ans qu’à 25 ans. La période de location entre le départ de chez les parents et le premier achat est donc plus longue, ce qui fait plus de locataires sur le marché.

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